Édito :  Paul Bérenger, entre stratégie politique et urgence nationale

ByRédaction

January 12, 2026

Les urgences s’accumulent. Pouvoir d’achat en berne, jeunesse inquiète, sécurité fragilisée, dette publique lourde, compétitivité économique sous pression, institutions à réformer. Et pendant que le pays cherche de la stabilité et des réponses, la politique semble parfois préférer l’oscillation à la direction, le mouvement à la cohérence, le signal à la solution.L’épisode Bérenger de ces derniers jours en est l’illustration la plus troublante.

Il y a à peine deux mois, Paul Bérenger affirmait solennellement qu’il resterait au sein de l’Alliance du Changement. Message clair, censé rassurer les marchés, les partenaires, les électeurs, et même son propre camp. Cette semaine pourtant, selon des sources concordantes, le Premier ministre adjoint aurait annoncé qu’il participait à son dernier Conseil des ministres. Entre-temps, une rencontre discrète mais lourde de sens aurait eu lieu avec le chef du gouvernement, au cours de laquelle le leader des Mauves aurait exprimé son profond mécontentement face aux agissements du fameux « Club de Cinq » au PMO, et à la manière dont sont gérés des dossiers aussi sensibles qu’Air Mauritius et l’Economic Development Board.

Encore une fois : un pas en avant, deux pas en arrière.

Personne ne conteste le droit ni même le devoir  de Paul Bérenger d’alerter sur des dérives, de questionner des méthodes, d’exiger plus de transparence et de collégialité. Son expérience, sa mémoire politique et sa connaissance de l’État font de lui un acteur dont la parole compte. Mais ce qui interroge profondément, c’est la forme, le rythme et surtout la cohérence de son positionnement.

Quand un vice-Premier ministre affirme rester dans une alliance, puis menace de s’en retirer, puis pose un ultimatum, puis laisse filtrer l’idée d’un départ imminent, ce n’est plus une stratégie politique : c’est une instabilité narrative. Et dans un pays aussi sensible aux signaux politiques que Maurice, cette instabilité a un coût.

Le plus préoccupant est ailleurs : la nation a besoin aujourd’hui de concentration nationale, pas de concentration médiatique. Le pays a besoin de clarté, pas de séquences de « on / off », de messages contradictoires, de bras de fer à huis clos qui éclaboussent la scène publique. L’heure n’est plus à la dramaturgie politique, mais à la gouvernance structurée.

Car pendant que les dirigeants s’envoient des ultimatums, les Mauriciens, eux, affrontent la réalité : l’érosion du pouvoir d’achat, la peur de l’insécurité, les incertitudes sur l’emploi, l’inquiétude face à l’avenir économique, la lassitude devant des institutions qui semblent parfois tourner sur elles-mêmes. Le pays ne peut pas se permettre d’être pris en otage par des calculs internes ou des frustrations de salon.

Paul Bérenger connaît mieux que quiconque l’histoire politique de notre pays . Il sait que les grandes ruptures ne se font ni dans la confusion, ni dans l’ambiguïté, encore moins par épisodes successifs de déclarations contradictoires. Un leader ne construit pas sa crédibilité dans l’oscillation, mais dans la constance.

S’il estime que la gouvernance actuelle viole les principes de collégialité, s’il considère que certaines décisions au PMO mettent en danger l’intérêt national, alors il lui appartient d’agir avec la même rigueur qu’il a toujours revendiquée : soit en imposant une réforme claire de l’intérieur, soit en tirant les conséquences de ses désaccords. Mais le pays ne peut plus vivre au rythme de menaces flottantes et de demi-décisions.

On n’a pas besoin d’un feuilleton politique. Le peuple a besoin d’un cap. Et dans cette période critique, les responsables publics, à commencer par les plus expérimentés, ont le devoir de remplacer la politique du contretemps par la politique de la cohérence.