Né à Maréchal, Rodrigues, Éric Milazar a grandi loin des pistes officielles mais au cœur d’une vie simple où le football improvisé, la musique traditionnelle et les danses spontanées rythmaient ses journées. Fier de ses racines, il puise encore aujourd’hui sa force dans cette enfance modeste. Et au centre de cette inspiration, une figure majeure : sa mère. Sportive déterminée dans un contexte où les filles en short étaient mal vues, elle s’entraînait en secret, allant jusqu’à partager ses trophées pour ne pas attirer l’attention. Un courage discret qui a façonné le rêve du petit Éric… celui de porter un jour, lui aussi, le survêtement rodriguais.
Le rêve d’un survêtement rodriguais
Très tôt, le jeune Éric excelle dans toutes les activités physiques : chant, danse, sac race, course à l’œuf… Il remporte tout. As du sport au primaire, il garde un souvenir tendre de cette période, malgré les difficultés matérielles : aller à l’école pieds nus, porter des « tennis à tétons » jusqu’à ce qu’elles soient trouées. Une enfance rude, mais heureuse.
Au secondaire, Milazar se distingue en athlétisme et observe avec envie ses camarades sélectionnés pour des compétitions à Maurice. Voir ces jeunes arborer fièrement les survêtements de Rodrigues nourrit son ambition. Pour financer ses trajets entre Maréchal et Port-Mathurin, il garde précieusement son argent du tiffin. Les talents sont nombreux à Rodrigues, mais il sait qu’il devra travailler plus dur que les autres pour percer.
Sa chance arrive en 1992 lorsque Jacques Dudal, DTN, détecte son potentiel. On lui offre alors une bourse sports-études à Maurice. À 16 ans, Éric quitte son île, accueilli d’abord par une famille à Grand-Bois, tout en étudiant au Mauritius College et en s’entraînant quotidiennement à Réduit. Un rythme compliqué, faute de transport fiable.
Une rencontre qui change tout
Lors d’un séjour à Rodrigues, une rencontre fortuite avec un Mauricien, M. Pallawan, change radicalement sa vie. Informé des difficultés logistiques du jeune athlète, celui-ci propose spontanément de l’héberger.
De retour à Maurice, Éric appelle le numéro laissé par son oncle depuis une cabine téléphonique du stade Maryse Justin. Aussitôt, la petite mini rouge de Pallawan arrive. Direction Rose-Hill, puis Grand-Bois pour récupérer ses affaires.
Cette hospitalité transforme l’avenir du jeune Rodriguais : il peut enfin s’entraîner sans contrainte et trouve une famille de cœur. Un geste qu’il n’oubliera jamais.
Les débuts internationaux et l’ascension fulgurante
Sa première sélection nationale tombe en 1993 : il intègre l’équipe réserve du relais aux JIOI. Tout s’enchaîne ensuite très vite.En 1994, il participe aux Jeux de la Francophonie, puis bat le record de Maurice à Singapour. Il enchaîne avec les Jeux d’Afrique, avant de réaliser l’un de ses plus grands rêves : participer aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996 et côtoyer ses idoles, dont Carl Lewis.
L’ouverture du centre de perfectionnement de Dakar marque une étape clé dans sa carrière. En s’entraînant avec l’élite africaine, Milazar progresse à vitesse grand V, améliorant à plusieurs reprises le record national.
La consécration : finaliste des Mondiaux 2001
Après avoir brillé dans un club français (où il décroche même un podium national), Milazar vit son « déclic » en 2001 lorsqu’il se qualifie pour la finale des Championnats du monde à Edmonton. Il entre définitivement dans la cour des grands. Les sponsors affluent, les voyages en car ou en train disparaissent, l’avion devient la norme. Il raconte notamment sa surprise lorsqu’un fabricant de lunettes sportives lui propose d’en choisir une paire… dans une valise remplie. Un luxe qu’il accepte avec gratitude et humilité, toujours ancré dans son histoire.
Transmettre après avoir brillé
À mesure que sa carrière approche de son crépuscule, Éric prépare l’avenir. En 2012, une bourse en Hongrie lui permet d’obtenir son diplôme de coach. Peu après, il rejoint le ministère des Sports en tant qu’Advisor Coach. Cette nouvelle mission lui offre la possibilité de contribuer à la relève sportive mauricienne. Sur le plan personnel, il fonde une famille. Ses deux enfants, âgés de 17 et 14 ans, sont eux aussi sportifs sans toutefois suivre, pour l’instant, la voie paternelle.
« Le sport moderne n’est plus amateur : il exige un encadrement professionnel »
Pour Milazar, le constat est clair : les temps ont changé. Aujourd’hui, un athlète talentueux ne peut plus progresser sans un encadrement rigoureux, des infrastructures adaptées et une approche professionnelle.Sans cela, Maurice risque de passer à côté de nombreux talents.Interrogé sur les fléaux qui touchent la jeunesse, il met en garde contre la dépendance aux distractions modernes. Parents et éducateurs doivent s’interroger sur les mécanismes qui rendent les jeunes « accros », affirme-t-il. Selon lui, la technologie joue un rôle majeur. L’encadrement sportif doit désormais composer avec cette réalité.

