Escroquerie internationale : Seeboo Dhananjaye accusé de vendre des terrains fictifs sur les Chagos

ByRédaction

December 24, 2025
  • Une victime raconte « On avait l’impression d’être face à une opportunité qui ne se présenterait qu’une fois dans une vie. »

C’était une promesse d’exception. Des terres vierges, baignées par un lagon turquoise, au cœur de l’océan Indien. Un investissement rare, presque secret. Pour plusieurs ressortissants belges et français, le rêve avait un nom : les îles Chagos. La réalité, elle, portait un autre visage. Celui d’une escroquerie soigneusement mise en scène, au centre de laquelle se trouve Seeboo Dhananjaye, 57 ans, Mauricien originaire de Plaine Magnien.

Aujourd’hui, cet homme est soupçonné d’avoir vendu des portions fictives de terrains sur un archipel juridiquement inaliénable, soutirant à ses victimes des dizaines de milliers d’euros, parfois jusqu’à 60 000 euros. Selon des sources concordantes, la police belge le recherche activement, dans le cadre d’une enquête transfrontalière.

Le rêve comme appât

Tout commence par un discours séduisant, presque romanesque. Seeboo Dhananjaye se présente comme le détenteur de droits fonciers exceptionnels sur les Chagos, un territoire méconnu du grand public, auréolé de mystère, rarement évoqué dans les brochures touristiques. À ses interlocuteurs européens, il parle de décisions historiques, de négociations secrètes, de terres bientôt ouvertes à l’investissement privé.

Pour donner corps à son récit, il sort l’arme absolue : une prétendue lettre signée par la reine Elizabeth II, lui attribuant la propriété de vastes portions de l’archipel. Documents à l’appui, cachets officiels, signatures soigneusement reproduites. Le décor est planté.

« Il connaissait parfaitement le dossier des Chagos, le contentieux international, la monarchie britannique. Tout semblait cohérent », raconte un religieux, un Belge aujourd’hui convaincu d’avoir été floué. « Il parlait comme quelqu’un qui maîtrisait son sujet. On avait l’impression d’être face à une opportunité qui ne se présenterait qu’une fois dans une vie. »

La mécanique de l’arnaque

Une fois la confiance installée, le piège se referme. Les terrains sont présentés comme rares. D’autres acheteurs seraient déjà intéressés. Il faut se positionner vite. Un dépôt est exigé pour “bloquer” la parcelle, en attendant la finalisation administrative.

Les montants donnent la mesure de la manœuvre : 30 000 euros, 45 000 euros, parfois 60 000 euros, versés comme acomptes. Marc, lui, a transféré 45 000 euros. « C’était mes économies. Il parlait de semaines, puis de quelques mois. Après, les réponses sont devenues floues. Puis il a cessé de répondre. »

C’est seulement plus tard que le doute s’installe. Quelques recherches suffisent à faire tomber le masque : les Chagos ne sont pas à vendre. Elles ne l’ont jamais été.

Un mensonge juridiquement impossible

Les autorités sont formelles : aucune vente privée de terrains sur l’archipel des Chagos n’est légalement possible. Le territoire fait l’objet d’un contentieux international majeur et ne relève d’aucune propriété individuelle. Toute transaction privée est juridiquement nulle.

« Il s’agit d’une escroquerie fondée sur un mensonge absolu », confie une source proche de l’enquête. « Il a exploité l’aura de la monarchie britannique pour donner un vernis de crédibilité à une fiction totale. »

Un passé qui interroge

Seeboo Dhananjaye n’est pas un inconnu des services de police. Son casier judiciaire fait état de plusieurs condamnations : escroquerie, agressions, vol, possession de biens volés, détournement de fonds. Une peine de prison a déjà été prononcée contre lui par le passé.

Ce parcours dessine le profil d’un homme rompu à l’art de la manipulation, capable de construire des récits complexes, d’inspirer confiance et d’exploiter les angles morts juridiques ou émotionnels de ses victimes.

Selon plusieurs sources, il aurait également tenté d’approcher des institutions religieuses, se présentant comme un mécène prêt à financer des projets humanitaires ou de développement lié aux îles. Une autre facette du même procédé : toucher la corde sensible pour ouvrir les portefeuilles.

Une enquête qui s’élargit

À ce stade, aucune arrestation n’a encore été annoncée, mais les investigations se poursuivent. Les enquêteurs Belges cherchent à identifier l’ensemble des victimes, en Europe. Le préjudice total pourrait être bien supérieur aux montants déjà connus.

Derrière les promesses de lagons et de titres royaux, cette affaire révèle une vérité plus brutale : même les rêves les plus exotiques peuvent devenir les pièges les plus coûteux.