« La jeune fille et la mort » : Me Negar Haeri fait résonner la voix de Shaïna dans un livre poignant

ByRédaction

October 7, 2025

En 2019, la France est secouée par un drame d’une brutalité inouïe : l’assassinat de Shaïna Hansye, adolescente franco-mauricienne de 15 ans. Brûlée vive par son ex-petit ami, son destin tragique devient le symbole des violences faites aux jeunes filles et révèle les profondes insuffisances du système judiciaire. Six ans plus tard, l’avocate Negar Haeri publie La jeune fille et la mort, un livre qui redonne voix à la victime et dénonce les failles de la justice française.

Une adolescente brisée par la violence

Shaïna Hansye, née en France de parents mauriciens, grandit dans un environnement marqué par les difficultés sociales. Dès l’âge de 13 ans, sa vie bascule : elle est victime d’un viol en réunion commis par trois jeunes hommes. Loin de trouver soutien et protection, elle devient la cible de chantages et de passages à tabac, notamment de la part de son ex-petit ami.
Les signaux d’alerte sont pourtant multiples. Shaïna dépose plainte, sollicite de l’aide. Mais la justice, lente et désordonnée, échoue à la protéger. Dans certaines audiences, son comportement est même remis en question, comme si la victime devenait, en filigrane, responsable de son propre sort.

Le drame du 25 octobre 2019

Ce jour-là, Shaïna est attirée par son ex-petit ami dans un cabanon désaffecté à Creil, dans l’Oise. Informé de la grossesse de la jeune fille et de son refus d’avorter, il passe à l’acte : il la poignarde à une quinzaine de reprises, l’asperge d’essence et y met le feu.
Le corps de Shaïna est retrouvé carbonisé. L’autopsie confirme l’horreur : elle était encore vivante lorsqu’elle a été incendiée. L’assassinat, d’une violence extrême, suscite une onde de choc dans tout le pays. Marches blanches, indignation médiatique et mobilisation associative marquent les mois qui suivent. La jeune fille devient un symbole tragique des féminicides en France.

Le procès de son ex-petit ami, mineur au moment des faits, se tient plusieurs années plus tard. Il est condamné à 18 ans de réclusion criminelle. Pour la famille de Shaïna et de nombreuses associations féministes, la peine est insuffisante. « Dix-huit ans pour une telle barbarie, ce n’est pas assez », déplore sa mère.
Cette décision illustre aux yeux de beaucoup la difficulté persistante de la justice à reconnaître pleinement la gravité des violences sexistes et sexuelles. Pour l’avocate Negar Haeri, qui défend la famille de la victime, l’affaire reflète un système judiciaire incapable de protéger et de rendre justice de manière équitable.

La justice mise en accusation

Negar Haeri, figure du barreau de Paris, avait jusque-là surtout défendu des accusés dans de graves affaires criminelles. Avec Shaïna, elle franchit un cap. Pour la première fois, elle se place du côté des parties civiles, défendant la mémoire d’une victime.
Elle raconte ce basculement comme une expérience marquante : « J’avais parfois l’impression de défendre non plus une victime, mais une accusée », confie-t-elle. Cette impression traduit le traitement souvent humiliant réservé aux victimes de violences sexuelles, qui se voient questionnées, jugées, voire stigmatisées, au lieu d’être protégées.

À travers son livre La jeune fille et la mort, Negar Haeri met en lumière les failles d’un système. Les procédures pour viol et violences aggravées, engagées avant le meurtre, n’ont pas été correctement articulées avec le dossier criminel. Résultat : une dispersion des affaires, un manque de cohérence et une perte de temps dramatique.
Plus grave encore, la jeune fille a parfois été réduite à des clichés dévalorisants : une « ado provocatrice », une « jeune fille à problèmes ». Cette déshumanisation a contribué à l’inaction judiciaire. « Mon objectif était de réhabiliter la parole de Shaïna, de la restaurer en tant que sujet », explique l’avocate.

Une mémoire vivante

Aujourd’hui encore, la famille de Shaïna, soutenue par des associations, mène un combat de mémoire. À Creil, un jardin commémoratif a été aménagé à l’endroit où son corps a été retrouvé. Marches blanches, témoignages et mobilisations rappellent que son histoire dépasse le cadre individuel.
Shaïna est devenue le visage d’un combat collectif : celui de toutes les victimes de violences sexistes et sexuelles. Pour Negar Haeri, écrire ce livre est un acte de justice, un outil pour que plus jamais une victime ne soit réduite au silence par le système qui devrait la protéger.

L’histoire de Shaïna Hansye ne concerne pas seulement la France. Elle résonne aussi à Maurice, où sa famille a des racines, et plus largement dans le monde entier. Elle incarne la nécessité d’une justice attentive, humaine et protectrice.