Il ne voit plus le monde qui l’entoure, mais il le fait danser, vibrer et chanter. À 38 ans, père de deux filles et résident de Blue Bay, David Parsad alias DJ Blind Mauritius a transformé sa cécité en énergie créative. Depuis plus de vingt ans, la musique est sa boussole, son moteur, sa liberté, démontrant que les barrières les plus solides sont souvent celles que l’on construit soi-même.
Une enfance qui tourne autour des disques
Dès son plus jeune âge, David est plongé dans un environnement sonore riche, « Mon père avait des vinyles partout, je pouvais rester des heures à les écouter, à ressentir les vibrations et à plonger dans les sons », confie-t-il. Très tôt, il s’attache aux platines et à l’art du mixage. Il ne naît pas aveugle, mais sa vue se dégrade progressivement. À six ans, une lourde myopie l’oblige à porter des lunettes. Puis, vers douze ans, une cataracte touche d’abord l’œil gauche, puis l’autre quelques mois plus tard. Il part en Inde dans l’espoir de le sauver, mais il arrive trop tard, le décollement de la rétine est irréversible et la vue s’éteint définitivement.
« C’était un choc terrible, mais je n’ai jamais abandonné », raconte-t-il. À ce moment crucial, il rencontre celui qui deviendra son guide : DJ Kingdom. « Ta cécité n’est pas une fin, la musique est ton langage », lui dit-il. Ces mots le propulsent vers un nouveau départ. Peu après, il participe à un concours de DJs qu’il finit par remporter alors même qu’il venait tout juste de perdre la vue.
Mixer sans les yeux, avec les doigts
Se lancer dans le DJing en étant aveugle relève du défi. Chaque bouton, chaque entrée audio, chaque transition doit être mémorisée. Rien n’est visuel, tout est tactile. « Quand mes mains se posent sur mes platines, c’est comme si elles voyaient à ma place », explique-t-il. Il mixe tous les styles, sans barrière ni limite : zouk, techno, dancehall, bhojpuri, morceaux rétro ou sets enflammés… Lors de mariages, soirées privées ou performances en salle, DJ Blind crée l’ambiance juste, celle qui fait lever les bras et bouger les corps. Beatmaker et producteur, il compose aussi ses propres créations musicales, en se fiant à son oreille absolue et à sa mémoire sonore.
La technologie, une porte ouverte
L’avènement des outils numériques a changé son quotidien. Grâce aux assistants vocaux, aux interfaces accessibles, à VoiceOver et à TalkBack sur smartphone, il peut communiquer, programmer ses dates, publier du contenu, gérer ses réseaux et produire sa musique en autonomie totale. « Aujourd’hui, je peux tout faire seul, la technologie m’a donné plus de liberté », souligne-t-il. Les réseaux sociaux y compris TikTok lui permettent de montrer son travail et de bousculer les idées préconçues sur le handicap visuel.
Un retour sur scène, et des ambitions fortes
La période Covid a mis sa carrière live en pause, mais David prépare un retour marqué pour 2025–2026, avec de nouveaux titres et des collaborations inédites. « On me demande souvent comment je “vois” ce que je fais, je réponds : je ne vois pas, je ressens », dit-il. Pour lui, chaque performance est une conversation énergétique avec le public.
Un modèle pour ceux qui rêvent d’être DJ
David rappelle l’importance de l’apprentissage : « Avant de te lancer, maîtrise ton métier, respecte l’art, travaille ton oreille, ton timing, ta musicalité », dit-il. Son rêve d’enfant aurait été de devenir pilote militaire, mais la vie l’a orienté autrement. « J’ai dû faire le deuil de ce rêve, et j’ai choisi de faire de la musique mon horizon », raconte-t-il avec sérénité.
Aujourd’hui, DJ Blind Mauritius est bien plus qu’un DJ : il est une preuve vivante que la puissance de la passion peut transfigurer un destin. Son parcours inspire ceux qui croient en leurs rêves et rappelle que l’essentiel ne se voit pas toujours avec les yeux, mais se ressent avec le cœur.

