Projet hôtelier à Le Bouchon : Eco-Sud accusée de freiner emplois, investissements et relance économique
- Devant le tribunal, plusieurs zones d’ombre émergent dans le dossier Eco-Sud
Depuis novembre 2024, le projet hôtelier à Le Bouchon, évalué à plus de Rs 7 milliards, est paralysé par un appel déposé devant le Tribunal de l’Environnement par l’ONG Eco-Sud. Alors que les promoteurs mettent en avant des milliers d’emplois potentiels, des investissements étrangers majeurs et une bouffée d’oxygène financière pour les 55 000 petits actionnaires du Sugar Investment Trust (SIT), de nombreux habitants du Sud dénoncent aujourd’hui ce qu’ils considèrent comme une stratégie de blocage du développement par l’ONG Eco Sud.
Cette semaine encore, l’affaire a été renvoyée au 20 mai prochain, alimentant davantage la frustration dans la région.
Un projet stratégique aujourd’hui à l’arrêt
La compagnie Le Bouchon Development Company Ltd, détenue à 100 % par une filiale du SIT, espérait lancer la construction d’un hôtel cinq étoiles de 200 chambres à Le Bouchon. Ce projet constitue la première phase d’un développement plus vaste de Smart City mené conjointement avec Curzon Holdings (Mauritius) Ltd. Mais depuis plusieurs mois, tout est gelé.
En novembre 2024, Eco-Sud a interjeté appel contre l’EIA Licence délivrée par le ministère de l’Environnement. Depuis, les audiences se succèdent devant le Tribunal de l’Environnement et les délais continuent de s’allonger. Pour les promoteurs comme pour une partie importante des habitants de la région, cette situation devient difficilement compréhensible. D’autant plus que l’hôtel ne sera pas construit directement sur la plage mais à près d’une centaine de mètres du littoral, sur des terrains privés appartenant à la SIT.
Dans la région, l’incompréhension se transforme en colère
A Le Bouchon et dans les villages avoisinants, beaucoup disent attendre depuis des années des projets capables de redynamiser l’économie locale. Le chômage, la précarité et les fléaux sociaux, notamment la drogue chez les jeunes, sont régulièrement évoqués par les habitants. Pour eux, ce projet représentait une occasion rare de relancer toute une région longtemps laissée en marge du développement touristique du pays.
Pascal L, un habitant de la région lance très remonté, « déza ban zeness la pe tombe dan la drogue, tou qualite zafer, syntetik tousala. La au moins zot ti pou gagne enn travail. Sa ban dimoun la pa koner kot sorti pe vin koz gran gran kozer.
Nou pa finn trouv zot isi. Zot pa finn koz avek bann habitants. Zordi kan ena enn gran projet pou fer bouze nou région, zot pe vinn pou bloque li. Nou pa dakor. Nou habitan la region pe dir bizin al de lavan ek sa projet la. »
Idem pour le président du village, Cadress Valaydon. Interrogé, il affiche une position sans ambiguïté. Très en colère contre les blocages actuels, il estime que les habitants ne peuvent plus accepter que des projets de cette ampleur soient continuellement retardés.
Selon lui, le développement profiterait directement à l’ensemble des habitants de la région et permettrait de changer la situation socio-économique du village.
“Tous les habitants vont en bénéficier. Nos villages seront gagnants. Le pays est déjà dans une situation compliquée, on ne peut pas empêcher des projets qui peuvent bénéficier à 2000 ou 3000 personnes, des jeunes et des moins jeunes.”
« Ce projet peut aider à éloigner les jeunes de certains fléaux sociaux. Avec du travail et des perspectives d’avenir, toute la région pourra respirer à nouveau. »
Il insiste sur l’urgence sociale et économique, notamment la nécessité de créer des emplois pour lutter contre les fléaux sociaux. “Le projet va permettre d’éviter certains fléaux. Les jeunes pourront avoir du boulot. Le projet aurait dû déjà être lancé depuis longtemps.”
Il affirme également que les habitants sont prêts à se mobiliser si nécessaire pour défendre le projet sur le terrain. “Il faut lancer ce projet cette année même. S’il faut une manifestation, on le fera. On ne peut pas continuer à bloquer ce projet.”
Le président du village remet également en question la légitimité et les motivations de l’ONG Eco-Sud, qu’il accuse de bloquer des projets sans réelle connaissance du terrain.
“On ne sait pas d’où sort cette ONG. Ils n’ont jamais parlé aux habitants. Ils ne sont jamais venus dans le village. Ils viennent aujourd’hui pour capoter des projets.”
Une bouée de sauvetage pour la SIT
Au-delà du développement régional, le projet du Bouchon était aussi perçu comme crucial pour l’avenir financier de la SIT. Ces dernières années, la situation de l’organisme s’est fortement détériorée. Avec une dette estimée à Rs 1,6 milliard et après la fermeture du Waterpark, de nombreux petits actionnaires attendaient ce projet comme une véritable relance économique.
L’investissement de plus de Rs 7 milliards devait permettre un apport massif de capitaux étrangers, la valorisation des terrains de la SIT et la création de nouvelles sources de revenus.
Eco-Sud confrontée à de nombreuses contradictions
Dans sa contestation, Eco-Sud invoque douze motifs, notamment l’absence alléguée d’une Strategic Environmental Assessment (SEA), les questions d’approvisionnement en eau, l’impact écologique, les effets sur les communautés locales ou encore les enjeux climatiques. Mais durant le contre-interrogatoire devant le Tribunal de l’Environnement, plusieurs déclarations du représentant d’Eco-Sud, Sébastien Sauvage, ont retenu l’attention.
Il a notamment reconnu qu’aucune tentative de dialogue n’avait été engagée avec le promoteur avant l’appel. Il a également admis qu’aucune autre ONG ni aucun citoyen n’avait contesté la licence EIA.
Autre élément qui suscite des interrogations : il a concédé ne posséder aucun diplôme universitaire ni accréditation reconnue dans le domaine des sciences environnementales, affirmant s’appuyer principalement sur son expérience associative.
Durant les débats, il a aussi reconnu ne pas avoir interrogé de pêcheurs de la région malgré les préoccupations sociales soulevées dans la procédure. Malgré cela, Eco-Sud maintient sa position : seule la révocation complète de la licence est acceptable.
Eco-Sud : « Nous attendons le dénouement du Tribunal »
L’ONG Eco-Sud a choisi de ne pas commenter publiquement le dossier à ce stade, en raison de la procédure judiciaire actuellement en cours. Sollicitée pour une réaction, l’organisation affirme ne souhaiter accorder ni interview ni déclaration tant que l’affaire demeure pendante devant la justice.
Eco-Sud précise que les prochaines audiences devant le Tribunal permettront d’aborder les différents points soulevés dans cette affaire, notamment les accusations liées à un supposé manque de communication ainsi qu’aux allégations de blocage du développement dans la région.
L’ONG indique vouloir réserver sa position détaillée au cadre légal approprié afin d’éviter toute forme de « trial by press ». Elle affirme également qu’elle communiquera plus largement sur le dossier une fois que l’affaire aura davantage progressé devant le Tribunal.

