Le pays s’apprête à repenser son système électoral. Dans le cadre du Programme gouvernemental 2025-2029, un appel national à idées est lancé auprès des partis politiques, ONG, syndicats, citoyens et diaspora. L’objectif : proposer une réforme capable de renforcer la démocratie, tout en préservant la stabilité sociale. Pour l’observateur politique Jay Komarduth Hurry, la transformation du Best Loser System (BLS) doit être menée avec prudence, sans gestes brusques qui pourraient raviver les tensions communautaires. Il plaide pour une réforme graduelle, réaliste et protectrice de l’équilibre mauricien.
Préserver l’équilibre tout en avançant
Cinquante-sept ans après l’Indépendance, le pays semble mûr pour une réforme électorale ambitieuse. Mais chaque modification doit être soigneusement calibrée. « Le système de best loser a été un pilier de notre stabilité sociale et économique. Toute réforme doit veiller à ne pas rompre cet équilibre fragile », insiste Jay Komarduth Hurry.
Selon lui, supprimer d’un trait les huit sièges du BLS serait une erreur stratégique. Une disparition trop rapide risquerait, dit-il, de réveiller le réflexe communautaire que le système visait précisément à contenir. Il propose donc une réduction progressive du nombre de sièges : passer de huit à trois dans un premier temps, avant une éventuelle suppression si le climat social le permet.
Une carte électorale plus équitable
La disparité actuelle entre les circonscriptions – de 30 545 à 60 570 électeurs selon les dernières données – fausse mécaniquement la représentativité. Jay Komarduth Hurry recommande un redécoupage pour créer 25 circonscriptions à Maurice, chacune rassemblant environ 39 700 électeurs. Une uniformisation qui, selon lui, renforcerait la légitimité démocratique et réduirait les frustrations liées aux écarts démographiques.
Deux élus par circonscription pour clarifier les rôles
Le système actuel de trois députés par circonscription crée des zones d’ombre, selon l’expert. Certains élus revendiquent une victoire « communautaire », d’autres se sentent redevables envers un groupe précis, ce qui alimente parfois la fragmentation sociale. Jay Hurry milite pour deux élus par circonscription, ce qui simplifierait la lisibilité, réduirait les coûts publics et renforcerait la qualité du débat politique.
Élever le niveau des élus : un minimum universitaire
Dans un pays où le niveau éducatif s’est considérablement amélioré, Hurry estime légitime d’exiger des candidats un diplôme universitaire. Pour lui, l’Assemblée nationale doit être composée de personnalités capables de comprendre les enjeux économiques, sociaux, climatiques et technologiques d’un pays moderne. Ce critère, précise-t-il, contribuerait à rehausser la qualité du leadership national.
Une dose de proportionnelle pour mieux refléter le pays
Pour éviter une domination écrasante d’un seul bloc politique, Jay Komarduth Hurry préconise l’introduction de 13 sièges de représentation proportionnelle, accessibles aux partis recueillant au moins 13 % des suffrages nationaux. Cette mécanique permettrait aux voix minoritaires d’être entendues, sans pour autant créer une fragmentation excessive du Parlement.
Plus de femmes en politique
Avec un pays composé à 52 % de femmes, Hurry juge indispensable que les candidates représentent au moins 35 % des prétendants à un siège. Une condition minimale, dit-il, pour construire une Assemblée nationale réellement représentative.
Un Parlement resserré et plus efficace
Avec les réformes proposées, la nouvelle Assemblée nationale compterait 69 membres : 50 députés pour Maurice, 2 pour Rodrigues, 3 best losers, 13 élus à la proportionnelle, et un député pour Agaléga et Diego Garcia. Un format plus compact, pensé pour optimiser les ressources publiques et limiter les dépenses politiques.
Donner une voix à la diaspora
Les Mauriciens vivant à l’étranger devraient pouvoir voter, soutient Hurry, à condition de présenter un certificat d’urgence. Leur participation renforcerait leur attachement à la République, tout en améliorant la représentativité nationale.
Encadrer strictement le financement politique
La réforme ne peut ignorer la question du financement des partis. Transparence, rigueur et responsabilité sont indispensables pour maintenir la confiance du public dans le processus démocratique.
Une réforme à introduire tôt pour éviter les tensions
La réforme électorale doit être adoptée au moins douze mois avant les prochaines élections générales, rappelle Hurry. « La politique, c’est travailler pour le bien-être des citoyens. Cette réforme doit refléter notre maturité démocratique et préparer Maurice pour les décennies à venir », affirme-t-il.
Encadré – Le public invité à contribuer
Le gouvernement encourage toutes les voix, y compris celles de la diaspora, à soumettre leurs idées.
Date limite : vendredi 30 janvier 2026
Contact : Secrétariat de la Réforme Électorale, Bureau du Premier ministre, New Treasury Building, Port-Louis
Email : electoralreformspmo@govmu.org
Fax : 210-6823

