- Le contracteur First Grade Construction Co Ltd sévèrement blâmé par le Conseil de district
L’une des réformes les plus urgentes au sein des collectivités locales concerne la gestion rigoureuse des deniers publics. Le manque de supervision, voire l’absence totale de professionnalisme dans certains projets, coûte chaque année des millions aux contribuables. En juillet dernier, nous révélions le fiasco de la foire d’Abercrombie : à la suite d’une décision contestable de l’ancien régime, seulement 21 % des travaux ont été réalisés en six ans, et la Cour suprême a ordonné à la mairie de la capitale de payer Rs 25 millions au contracteur. Aujourd’hui, les citadins doivent absorber le coût de cette erreur politique monumentale. Sommes-nous en train de revivre le même cauchemar dans le sud de l’île ?
Aucune supervision : un projet laissé à la dérive
Tout semble l’indiquer. Cette fois, c’est le projet « Extension of Multipurpose Complex of Midlands » qui fait grand bruit. Dans un document daté du 10 novembre 2025, circulant au Conseil de district de Grand Port, il est fait état d’une réunion tenue au ministère des Collectivités locales le 7 novembre, à la suite de représentations d’un conseiller de district.
Ce dernier affirme clairement qu’il n’y a eu aucune supervision du chantier. Il soutient qu’une réunion avait été organisée dans le bureau de l’ancien Head of Public Infrastructure Department au cours de laquelle il avait été proposé de retirer certaines colonnes et d’augmenter la hauteur du bâtiment. Pourtant, ces variations n’ont jamais été approuvées par les comités concernés. De plus, la conception des poutres aurait dû être revue.
Face à ces manquements, le Chief Executive a tranché : désormais, tous les plans de projets devront être soumis au Conseil de district et au Village Council pour information et examen. Le comité a pris note et approuvé.
Un bâtiment défectueux… déjà dangereux ?
Selon plusieurs observateurs, le bâtiment construit par First Grade Construction Co Ltd présenterait des défauts structurels inquiétants. Coût total : Rs 5 millions. Résultat : une véritable passoire par temps de pluie, avec des risques potentiels d’effondrement de la dalle. Plus grave encore, aucune structure ne pourrait être érigée sur cette dalle, compromettant tout futur projet d’extension. Le village de Midlands pourrait ainsi perdre une opportunité majeure de développement communautaire.
Lors d’une autre séance du conseil, le conseiller Bokhoree s’est indigné de la qualité du travail réalisé. Le contracteur aurait lui-même reconnu, lors d’une visite sur site, l’absence de tuyaux de décharge pour l’évacuation de l’eau, entraînant infiltrations et fuites sauf à entreprendre des travaux de waterproofing supplémentaires.
Dalle sur dalle : quand l’amateurisme devient un risque public
Le conseiller Bokhoree rapporte également que le Chief Inspector of Works avait expressément demandé au contracteur de ne pas procéder au coulage de la dalle, tant que certaines vérifications n’avaient pas été effectuées.
Pourtant, malgré l’instruction officielle, le contracteur aurait coulé la dalle sans autorisation. Pire : selon le conseiller, la dalle a été coulée à environ 1,5 pied au-dessus de la dalle existante du bâtiment, rendant cette dernière inutilisable.
Une confirmation figure noir sur blanc dans la même réunion : Le Chief Inspector of Works a informé le conseil qu’il avait envoyé un e-mail au contracteur le 21 octobre 2025 lui demandant de ne pas couler la dalle et de se présenter à une visite de site. Malgré cela, le coulage a été effectué en violation des directives et sans aucune autorisation du Conseil.
Un dossier sensible, des proximités embarrassantes
Dans les coulisses, certains tenteraient de minimiser l’affaire, invoquant des proximités supposées au sein de la haute hiérarchie du pouvoir.
Mais une chose est sûre : seule une enquête approfondie, indépendante et méthodique permettra de faire toute la lumière sur ce qui ressemble de plus en plus à un cas flagrant de mauvaise gestion des fonds publics et de négligence professionnelle.
Le contribuable mauricien mérite des infrastructures sûres, durables et conformes aux normes. Pas des bâtiments qui menacent déjà de s’effondrer.

