- Track Roads, soupçons de favoritisme et séisme politique en vue
La Financial Crimes Commission (FCC) ne s’est pas rendue à Rodrigues pour faire du tourisme ni pour se prélasser à l’ombre des cocotiers. Son message est limpide : il s’agit de mettre de l’ordre dans un système gangrené par les soupçons de passe-droits, de népotisme et de favoritisme.En se saisissant du dossier explosif de la construction des « track roads », la FCC provoque un véritable électrochoc au sein de la classe politique de l’île autonome.
Derrière ce qui pourrait paraître comme un simple programme d’infrastructures se cache un enjeu social et politique majeur pour Rodrigues. Ces pistes en béton armé sont destinées à désenclaver des hameaux reculés et à permettre, notamment, l’accès des ambulances aux personnes âgées et vulnérables. Un projet vital pour certaines communautés, aujourd’hui au centre d’une enquête sensible.
Rs 27 millions, trois régions construites, de nombreuses zones d’ombre
Entre 2022 et 2023, une enveloppe globale de Rs 27 millions avait été allouée à la construction de track roads dans six régions de Rodrigues.Or, selon les premières informations recueillies, seules trois régions auraient effectivement bénéficié de ces infrastructures, pour un montant estimé à environ Rs 9 millions.Le reste des fonds, lui, soulève de nombreuses interrogations. La FCC a ouvert une enquête formelle afin de décortiquer les contrats attribués, les procédures suivies et les décisions prises dans l’octroi de ces travaux.
Grandcourt et Volbert entendus « under warning »
Lundi dernier, le Chef commissaire Franceau Aubrey Grandcourt ainsi que le Commissaire à la Santé Nicolas Volbert ont été entendus under warning par les enquêteurs de la FCC. L’un des points les plus sensibles concerne la construction de deux track roads. Selon les éléments examinés par la commission, l’une mènerait à la maison des parents de Nicolas Volbert, et l’autre à sa propre résidence, alors que ces infrastructures sont officiellement réservées aux personnes âgées dans le besoin et aux zones enclavées. Nicolas Volbert a déclaré ne pas être concerné par ce dossier.
Les enquêteurs, eux, ne partagent pas cette lecture.
Dans le cadre de l’enquête, plusieurs contracteurs, le chef de département de la commission ainsi qu’un surveyor ont également été interrogés. Tous affirment avoir agi sur instructions du Commissaire aux Infrastructures, Franceau Grandcourt, en coordination avec Nicolas Volbert.
une cuisine à Rs 8,9 millions inutilisée
Autre affaire sensible dans le viseur de la FCC : la construction d’une cuisine au Centre de santé de La Ferme, pour un montant de Rs 8,9 millions.Deux ans après son achèvement, l’infrastructure n’est toujours pas opérationnelle, suscitant colère et incompréhension au sein de la population.Pour l’instant, aucune charge n’a été retenue contre les deux commissaires, autorisés à regagner leur domicile après leur interrogatoire. Mais les répercussions politiques pourraient être majeures.
Le climat est d’autant plus tendu qu’une rencontre politique inattendue, dimanche dernier à Mont Lubin, fait jaser toute l’île.Nicolas Von Mally et Serge Clair, anciens rivaux et adversaires politiques, se sont rencontrés dans ce qui apparaît comme un signal politique fort.Une alliance en gestation ? Une recomposition stratégique ? La rumeur enfle et inquiète sérieusement l’actuelle majorité de l’Alliance Libération.
Un séisme politique en gestation
Avec une majorité à l’Assemblée régionale qui ne tient qu’à une seule voix, et deux commissaires fragilisés par l’enquête de la FCC, l’opposition de l’Organisation du Peuple de Rodrigues (OPR) observe la situation de très près. Les spéculations vont bon train sur une possible manœuvre pour renverser l’équilibre du pouvoir.
Fait symbolique : récemment, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre la corruption, la FCC s’est rendue à Rodrigues pour une campagne de sensibilisation auprès des responsables publics.Quelques semaines plus tard, l’enquête sur les track roads donne à ce message une portée très concrète.À Rodrigues, plus rien ne sera désormais comme avant.La justice financière est en marche, et l’onde de choc ne fait que commencer.

