La saisie de plus de 2,2 kilos de drogue synthétique à l’aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam, estimée à Rs 34 millions, relance une question fondamentale : le jeune Karelle Cadjee, 18 ans, est-il un trafiquant ou une simple mule au service d’un réseau structuré ?
Interpellé à son arrivée d’un vol en provenance de Heathrow par les officiers de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU), le jeune Mauricien transportait trois contenants en plastique renfermant une substance brunâtre suspectée d’être de la drogue synthétique. Deux téléphones portables, des cartes d’embarquement et un billet en devises étrangères ont été saisis. Sur le plan légal, l’accusation est lourde : importation de drogue dangereuse avec intention de trafiquer.
Trafic à plusieurs millions : un adolescent peut-il être le cerveau ?
À 18 ans, sans profession déclarée et sans antécédents connus dans le grand banditisme, Karelle Cadjee correspond-il réellement au profil d’un importateur de drogue à plusieurs dizaines de millions de roupies ? Dans les milieux policiers comme judiciaires, cette hypothèse est loin de faire l’unanimité. De nombreux dossiers montrent que les réseaux privilégient des jeunes sans expérience, faciles à convaincre et peu coûteux à exploiter, pour transporter des marchandises à très forte valeur.
Un mode opératoire typique des mules
Autre élément troublant : la méthode utilisée. La drogue n’était pas dissimulée dans des caches sophistiquées, mais présentée comme des produits cosmétiques, transportés dans des contenants en plastique. Une technique fréquemment associée à l’utilisation de mules peu expérimentées, parfois même ignorantes de la nature exacte de ce qu’elles transportent. Le contexte du voyage un séjour personnel au Royaume-Uni renforce cette thèse. Les réseaux criminels exploitent souvent ce type de déplacement pour masquer une opération illégale derrière une apparente normalité.
Deux noms circulent : Angleterre et Roche-Bois
C’est dans ce climat de doutes que deux noms circulent, évoqués dans l’espace public et relayés par des informations publiées sur le site d’Ansam Sitwayin, dirigé par Bruneau Laurette. Le mouvement citoyen affirme disposer d’éléments indiquant que le jeune interpellé ne serait pas à l’origine de l’opération.
Le premier nom évoqué renvoie à un Mauricien basé en Angleterre, présenté comme la personne ayant remis le colis au jeune Karelle Cadjee lors de son séjour au Royaume-Uni. Cet individu serait actuellement recherché.
Le second concerne un habitant de Roche-Bois, présenté comme le relais local ou le commanditaire présumé. Selon plusieurs témoignages, la marchandise était attendue avant même l’arrivée du vol. Depuis l’arrestation, cet individu serait introuvable.
Le financement du voyage, élément clé de l’enquête
Un autre point renforce la thèse de la manipulation : le financement du déplacement. Selon les informations disponibles, le billet d’avion du jeune aurait été payé par ses parents. Le réseau, lui, n’aurait engagé aucun investissement direct.
Un schéma bien connu dans les dossiers de narcotrafic : le risque est assumé par la mule, les profits par les cerveaux. Les deux téléphones saisis à l’aéroport constituent désormais une pièce maîtresse de l’enquête. Appels, messages, contacts et applications chiffrées pourraient permettre d’identifier les donneurs d’ordre, les intermédiaires et les bénéficiaires finaux de la cargaison. Aujourd’hui, Karelle Cadjee dort en cellule pendant que d’autres noms circulent sans être physiquement présents devant les enquêteurs.

