Tikatsou : la petite monnaie péi qui veut changer la façon de consommer

ByRédaction

August 25, 2026

À quelques kilomètres de chez nous, l’île sœur expérimente une nouvelle manière de consommer et de soutenir son économie locale. Baptisée Tikatsou, cette monnaie 100 % réunionnaise fait ses premiers pas à Saint-Paul. Son objectif : encourager les achats auprès des petits commerçants, artisans et producteurs tout en maintenant la richesse sur le territoire. Une initiative qui pourrait, à terme, gagner l’ensemble de La Réunion.

Sur les étals du marché de Saint-Paul, le Tikatsou a fait une entrée remarquée. Fruits, produits artisanaux, miel ou encore objets confectionnés localement peuvent désormais être achetés avec cette monnaie aux couleurs réunionnaises. Pour les consommateurs comme pour les commerçants, le principe est simple : faire en sorte que l’argent dépensé localement continue à circuler sur le territoire. Un client venu effectuer ses premiers achats explique qu’il compte utiliser ses Tikatsou pour acheter du miel. Un geste qui peut sembler anodin, mais qui résume toute la philosophie du dispositif : privilégier les productions locales et créer une relation plus directe entre ceux qui produisent, ceux qui vendent et ceux qui consomment.

Un Tikatsou vaut un euro, mais reste sur l’île

Le fonctionnement de cette monnaie locale a été conçu pour être facilement compris. Un Tikatsou équivaut à un euro. Mais contrairement à l’euro, cette monnaie n’a pas vocation à circuler partout. Elle ne peut être utilisée qu’à La Réunion, auprès des commerces, artisans et professionnels partenaires du réseau. Pour obtenir des Tikatsou, les utilisateurs doivent adhérer au dispositif avant de pouvoir échanger leurs euros auprès d’un bureau de change dédié. Des opérations de change peuvent également être organisées lors de manifestations et d’événements. Cette limitation géographique constitue précisément l’un des principaux intérêts du système. Lorsqu’un consommateur dépense un Tikatsou, celui-ci reste dans le circuit économique réunionnais. Le commerçant qui le reçoit peut, à son tour, l’utiliser auprès d’un autre professionnel membre du réseau.

Faire circuler l’argent… sans le laisser quitter le territoire

C’est toute l’ambition économique du Tikatsou : créer une boucle locale. Au lieu que l’argent dépensé quitte rapidement le territoire, la monnaie doit continuer à circuler entre consommateurs, producteurs, artisans et petits commerces. Pour les professionnels présents lors du lancement, l’initiative représente également une nouvelle manière de valoriser le savoir-faire péi. Certains proposent notamment des créations réalisées à partir de matières premières locales, comme des feuilles de cocotier tressées et transformées en objets décoratifs ou en paniers. Au-delà du symbole, le Tikatsou entend ainsi répondre à un enjeu majeur : relocaliser une partie de la consommation et de la richesse.

Les petits commerçants au cœur de l’expérience

En encourageant les habitants à acheter auprès des professionnels partenaires, les promoteurs du projet espèrent développer progressivement un véritable écosystème économique.Plus le nombre de commerçants, producteurs, artisans et consommateurs utilisant le Tikatsou augmentera, plus les possibilités d’utilisation de cette monnaie seront importantes.L’initiative bénéficie du soutien de plusieurs collectivités, notamment de la Région ainsi que des municipalités de Saint-Paul et de La Possession. Benoît Hamon, président d’ESS France, était également présent à Saint-Paul lors du lancement.

La Réunion rejoint le mouvement des monnaies locales

82 monnaies locales circulent aujourd’hui en France. À La Réunion, le projet semble bénéficier d’un accueil favorable auprès de la population, mais également des acteurs économiques et institutionnels.Dante Esme-Sanjurjo, cofondateur de l’Eusko au Pays basque et accompagnateur du projet, se montre particulièrement enthousiaste :

« J’ai rarement vu un territoire qui répondait aussi bien à une monnaie locale que La Réunion. Beaucoup de gens en ont déjà entendu parler et 80 % pensent que c’est une bonne idée. Habitants, acteurs institutionnels et collectivités territoriales sont très réceptifs et voient l’intérêt pour l’économie du territoire. » Un enthousiasme qui devra désormais se traduire dans les usages, avec un défi majeur pour le Tikatsou : convaincre durablement commerçants, producteurs et consommateurs de rejoindre le mouvement.

Hors texte : Les monnaies locales séduisent de nombreux pays

Le Tikatsou s’inscrit dans un mouvement qui dépasse largement les frontières de La Réunion. Plusieurs pays ont développé des monnaies locales ou complémentaires, destinées à circuler sur un territoire précis en parallèle de la monnaie nationale.

En France, l’Eusko est devenu une référence au Pays basque. En Allemagne, le Chiemgauer circule en Bavière, tandis qu’en Suisse, le WIR constitue l’une des expériences de monnaie complémentaire les plus anciennes. 

L’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni ont également vu apparaître différentes initiatives locales.Hors d’Europe, des expériences similaires ont été menées au Brésil, notamment autour de Banco Palmas, mais aussi au Kenya et au Japon, où plusieurs systèmes d’échange communautaires ont été développés. Si leur fonctionnement diffère d’un pays à l’autre, leur philosophie reste proche : inciter à consommer local, favoriser les échanges de proximité et faire circuler plus longtemps la richesse au sein d’un même territoire. Le Tikatsou rejoint ainsi une tendance déjà expérimentée aux quatre coins du monde

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