Vida Loca localisé en Thaïlande : la traque du cerveau d’un réseau criminel transnational

ByRédaction

January 28, 2026
  • La FCC réclame son extradition, un témoin clé pour faire tomber le réseau

Le Journal du Dimanche avait été parmi les premiers à enquêter sur l’existence d’un réseau structuré reliant Maurice et Madagascar, impliquant notamment Wendip Appaya et plusieurs figures déjà connues des services de police. Depuis novembre, cette enquête a pris une autre dimension : les autorités mauriciennes ont engagé une véritable chasse à l’homme en Asie pour remonter jusqu’à celui que les enquêteurs décrivent aujourd’hui comme le cerveau financier du dispositif. Maurice Vitto Laurent Jeevanji, alias Vida Loca, soupçonné de gérer plusieurs trafics transnationaux, a été localisé en Thaïlande grâce à un travail conjoint de l’ADSU et de la Financial Crimes Commission (FCC).

Un nom longtemps resté dans l’ombre

Pour le grand public, le pseudonyme Vida Loca ne signifiait rien. Pourtant, dans les rapports d’enquête, les écoutes téléphoniques et les notes confidentielles échangées entre Port-Louis et Antananarivo, ce nom revenait avec insistance. Derrière cette identité se cache Maurice Vitto Laurent Jeevanji, Mauricien naturalisé français, âgé de 57 ans, décrit par plusieurs sources comme le principal financier d’un réseau criminel transnational opérant entre l’océan Indien et l’Asie du Sud-Est.

Longtemps discret, l’homme menait pourtant une vie ostentatoire. Villas luxueuses à Flic-en-Flac, séjours prolongés en Thaïlande, goût prononcé pour le poker, la vie nocturne et les cercles fermés d’expatriés fortunés. Sur les réseaux sociaux, il affichait sans complexe un train de vie qui contrastait avec l’opacité de ses activités réelles.

Depuis novembre, une chasse à l’homme en Asie

Selon des informations recoupées par Le Journal du Dimanche, un tournant majeur intervient en novembre, lorsque plusieurs éléments concordants désignent Vida Loca comme bien plus qu’un simple relais. Son nom apparaît dans des messages vocaux chiffrés, des écoutes téléphoniques et surtout dans des rapports transmis par les autorités malgaches.

À partir de là, l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) et la Financial Crimes Commission (FCC) enclenchent une traque internationale. Déplacements, comptes bancaires, sociétés écrans, connexions téléphoniques et cercles relationnels sont analysés. La coopération avec des partenaires étrangers s’intensifie, notamment en Asie du Sud-Est.

Cette traque, menée sans communication officielle, est décrite par une source proche du dossier comme « une chasse à l’homme silencieuse, mais déterminée ». Elle aboutira récemment à une avancée majeure : la localisation de Vida Loca en Thaïlande, où il résiderait entre Bangkok et Pattaya.

Le financier de l’axe Maurice–Madagascar

Les enquêteurs sont aujourd’hui catégoriques : Vida Loca occupait un rôle central, non pas opérationnel sur le terrain, mais financier et stratégique. Il est présenté comme le pivot de l’axe Maurice–Madagascar, déjà documenté par Le Journal du Dimanche dans ses précédentes enquêtes, notamment autour de Wendip Appaya.

Selon les éléments recueillis, Vida Loca finançait :les billets d’avion, la logistique des déplacements, certains moyens nautiques, et assurait la circulation des fonds. Les décisions clés étaient prises à distance. Les instructions, souvent codées, transitaient par des messages vocaux ou des applications sécurisées. Maurice apparaissait comme la destination finale, Madagascar comme la plateforme de transit, et la Thaïlande comme le poste de commandement financier.

Wendip Appaya et le premier cercle

Dans ce dispositif, Wendip Appaya joue un rôle structurant. Déjà cité dans les premières révélations du JDD, il apparaît comme l’un des maillons opérationnels de l’axe Maurice–Madagascar. Autour de lui gravitent Lino Albert, Jean Benjamin Albert, Kevin et Rony Durant, tous identifiés par les services d’enquête.

Les autorités estiment que Vida Loca aurait pris contact directement avec Wendip Appaya à Maurice, avant que ce dernier ne mobilise les autres membres du réseau pour organiser les transferts. Lino Albert, selon plusieurs sources, assurait la liaison avec Madagascar, tandis que Vida Loca supervisait l’ensemble depuis l’étranger.

Madagascar, base arrière du trafic

L’ampleur du réseau éclate au grand jour avec la tentative d’importation de 16 kilos de cocaïne depuis Madagascar. Une opération qui conduit les autorités malgaches à interpeller six personnes, dont trois Mauriciens.

Les investigations mettent en évidence une structure organisée, avec des rôles bien définis. Certains coordonnaient les opérations depuis Maurice, d’autres se rendaient à Antananarivo, Fort-Dauphin ou Tamatave pour superviser les phases critiques du transport.

Des éléments matériels, des aveux partiels et des données numériques confirment des rencontres conjointes dans un hôtel de la capitale malgache entre le 25 et le 27 janvier, renforçant la thèse d’un axe criminel structuré entre les deux îles.

La “ligne invisible” du narcotrafic

Les enquêteurs parviennent à reconstituer l’itinéraire utilisé. Le départ s’effectuait depuis Manompana, sur la côte est de Madagascar. Une première escale maritime aurait eu lieu vers Tromelin, avant un retour stratégique.

Les colis étaient ensuite acheminés vers Tamatave, puis chargés sur un hors-bord rapide destiné à rejoindre un navire en direction de Maurice.

En février 2025, une panne vient perturber le plan. Le bateau dérive vers Fort-Dauphin. La marchandise emprunte alors une route terrestre clandestine passant par Farafangana, Ranomafana et Ambositra, avant d’atteindre Antananarivo, où une partie de la cargaison est saisie.

Cette route est désormais connue sous le nom de « la ligne invisible », placée sous surveillance renforcée par les autorités malgaches.

Blanchiment : villas et sociétés écrans

Au-delà du narcotrafic, la FCC s’intéresse de près au blanchiment d’argent. Des soupçons portent sur l’acquisition de biens immobiliers de luxe à Flic-en-Flac, impliquant des proches de Vida Loca. Deux sociétés sont particulièrement dans le viseur :, décrite comme une structure écran destinée à recycler des fonds d’origine criminelle.

Selon des sources proches de l’enquête, KSM serait également liée à d’autres activités illicites, dont le trafic d’armes et des opérations de grand banditisme transnational.

Le rapport clé du PAC malgache

Un tournant décisif survient avec la transmission à Port-Louis du rapport complet du Police Anti-Corruption (PAC) de Madagascar. Ce document contient des preuves numériques, des mouvements bancaires détaillés et surtout des enregistrements audio.

L’un d’eux fait état d’un appel en conférence, en janvier, impliquant Jean Noël Ferry, Lino Albert, Kevin et Rony Durant. Durant cette conversation, Vida Loca aurait donné des instructions directes, allant jusqu’à menacer de mort un certain Édouard, accusé de trahison. Ces éléments confirment la structure hiérarchique du réseau et le contrôle exercé depuis l’étranger.

Jean Noël Ferry, acteur ou lanceur d’alerte ?

Le rôle de Jean Noël Ferry demeure ambigu. Actuellement détenu à la prison de Tsiafahy, il se présente comme lanceur d’alerte. Il a été entendu à plusieurs reprises par le PAC et aurait exprimé le souhait d’une libération conditionnelle.

Sa comparution récente, qualifiée de procédure de routine, confirme toutefois que la coopération judiciaire entre Port-Louis et Antananarivo reste pleinement active.

Thaïlande, refuge et plaque tournante

La localisation de Vida Loca en Thaïlande n’a rien d’anodin. Derrière son image de destination touristique, le pays est aussi connu comme un refuge pour réseaux criminels étrangers. Extorsions, narcotrafic, blanchiment et enlèvements ciblés y prospèrent, souvent à l’ombre de connivences locales.

C’est dans cet environnement que Vida Loca aurait établi son centre de gravité, gérant à distance plusieurs trafics, tout en restant hors d’atteinte… jusqu’à aujourd’hui. La localisation de Vida Loca constitue une étape décisive. Reste à savoir si cette traque, engagée depuis novembre, débouchera sur son arrestation et son extradition.

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