Une vision ne se décrète pas. Elle se construit, se partage et surtout, se porte politiquement. La Vision 2050 présentée récemment n’est pas un simple exercice de projection technocratique. Elle est l’aboutissement d’un travail de fond, pensé à tous les échelons de l’État, voulu, structuré et mûri sous l’impulsion du Dr Navin Ramgoolam. Une vision globale, transversale, qui embrasse l’économie, le social, l’environnement, l’éducation, la technologie et la gouvernance. Une vision qui engage le pays sur le long terme, bien au-delà des échéances électorales.
Piloter une telle ambition exige plus qu’un document stratégique. Cela requiert une cheffe d’orchestre. En confiant ce chantier à la ministre Jyoti Jeetun, le signal était clair : la Vision 2050 n’est pas un slogan, mais un projet d’État. Elle l’a porté avec méthode, constance et pédagogie, s’entourant d’experts, mobilisant les parties prenantes et donnant à cette vision une lisibilité rare dans l’action publique. Projet rime avec accompagnement, et l’accompagnement, ici, a été réel.
Il faut aussi saluer un aspect souvent négligé, mais essentiel : la communication. Une vision mal expliquée est une vision condamnée. Sur ce terrain, l’équipe de communication de la ministre Jeetun a livré une partition sans fausse note. Clarté du message, cohérence des supports, maîtrise du tempo. À l’heure où la défiance envers l’action publique est forte, cette rigueur mérite d’être soulignée. Oui, la communication est un outil politique. Encore faut-il savoir l’utiliser avec intelligence et crédibilité. Bravo à cette équipe.
« Le futur se bâtit par l’engagement, pas par l’absence. »
Mais un événement, aussi structurant soit-il, se lit aussi à travers ses absences. Et celle de Paul Bérenger n’est pas passée inaperçue. Certes, il était “pris ailleurs”. Certes, l’explication a été donnée. Mais symboliquement, l’absence interroge. Y a-t-il aujourd’hui quelque chose de plus important qu’une Vision 2050 censée dessiner l’avenir du pays ? La question mérite d’être posée, sans polémique inutile, mais avec lucidité politique.
D’autant plus que le secteur privé, lui, était au rendez-vous. Massivement. Présent. Engagé. À l’écoute. Ce contraste frappe. Quand ceux qui investissent, produisent et créent de l’emploi répondent à l’appel, l’absence de certaines figures politiques pèse doublement. Elle envoie un message, volontaire ou non.
Autre constat troublant : au niveau des ministres MMM, une seule présence notable, celle d’Arianne Navarre-Marie. Là encore, le symbole est fort. La Vision 2050 se veut inclusive, collective, transpartisane. Elle appelle à un alignement des forces, pas à des silences embarrassés.
En politique, le pouvoir est parfois ingrat. Le pavillon une fois servi, on le jette. Ceux qui portent les projets deviennent parfois des variables d’ajustement, quand ils devraient être soutenus, consolidés, protégés. Soutenir la ministre Jeetun aujourd’hui, ce n’est pas soutenir une personne. C’est soutenir une vision. C’est donner une chance réelle à une transformation de fond.
La Vision 2050 ne doit pas devenir un document de plus sur une étagère. Elle exige du courage politique, de la constance et une solidarité gouvernementale sans calculs. Le cap est là. Le navire est prêt. Reste à savoir si tous veulent vraiment monter à bord.

