ÉDITO — Une compensation qui dit plus qu’un chiffre

ByRédaction

December 15, 2025

Rs 635. Le montant peut sembler modeste. Il ne satisfera pas tout le monde, et certainement pas ceux qui espéraient une compensation plus généreuse pour affronter la cherté de la vie. Pourtant, dans le contexte économique actuel, ce chiffre raconte une histoire plus profonde : celle d’un pays qui tente de se remettre sur pied après un lourd héritage financier, et d’un gouvernement qui avance prudemment, mais résolument, dans un paysage fragile.

On peut débattre de la suffisance ou non des Rs 635. On peut interroger la capacité réelle de cette compensation à soulager les ménages les plus touchés. Mais il serait malhonnête de ne pas reconnaître l’effort budgétaire que cette mesure représente : Rs 3,38 milliards pour l’État et le secteur privé. Ce n’est pas rien. C’est même, selon les mots du Premier ministre, un « effort exceptionnel » considérant la situation actuelle des finances publiques.

Il faut avoir le courage de regarder la réalité en face. Nous héritons d’une décennie de décisions hasardeuses, d’emprunts démesurés, d’une roupie affaiblie comme jamais  passée d’environ Rs 30 à près de Rs 47 pour un dollar. Le pays traîne encore les séquelles de cette gestion périlleuse. Restaurer la stabilité, dégager de la marge budgétaire et reconstruire une économie affaiblie ne se fait pas en un claquement de doigts.

À cela s’ajoutent un marché mondial instable, une inflation persistante et un secteur privé qui, malgré une reprise timide, peine encore à retrouver ses niveaux de rentabilité d’avant-crise. Dans ces conditions, une compensation salariale, même limitée, reste un geste significatif.

Il est devenu facile, presque réflexe, de crier à l’insuffisance. Beaucoup oublient que le gouvernement ne se contente pas de compenser les salariés. Les pensions de base et allocations sociales seront revalorisées de 3,7 %, touchant plus de 350 000 personnes : retraités, veuves, invalides, orphelins, bénéficiaires de l’Income Support. Cette dimension sociale est fondamentale.

On peut l’admettre : nous sommes loin d’un État riche distribuant à volonté. Mais nous avons un gouvernement qui montre qu’il se soucie  un caring government  qui fait ce qu’il peut, avec ce qu’il a. Et parfois, cela vaut autant qu’un chiffre.

Et maintenant, le PRB

La prochaine étape, attendue avec autant d’espoir que d’appréhension, est celle du Pay Research Bureau. Le rapport 2026 sera présenté sous peu, et tout indique qu’il sera payé  sans doute en deux tranches, et sous quelles conditions exactes on ne le sait pas encore, mais il sera bel et bien honoré.

Pour les fonctionnaires, cette confirmation représente une bouffée d’oxygène. Pour les finances publiques, un défi colossal. Pour l’ensemble du pays, un moment décisif où l’équilibre entre justice salariale et discipline budgétaire sera une nouvelle fois mis à l’épreuve. On croise les doigts, oui. Mais la prudence du gouvernement dans cette affaire laisse penser que les engagements seront honorés.

Le gouvernement marche sur une ligne étroite, entre attentes sociales grandissantes et contraintes économiques sévères. Ce n’est pas une position enviable. Pourtant, il avance. Lentement, prudemment, mais avec une direction claire : redresser le pays sans abandonner ceux qui en ont le plus besoin.

La compensation salariale ne résoudra pas tout. Mais elle témoigne d’un effort, d’une responsabilité assumée, et d’une volonté politique de ne pas tourner le dos aux travailleurs. Et dans le contexte actuel, c’est déjà beaucoup.