Le ciel réunionnais est loin d’être totalement dégagé. Air Austral, compagnie emblématique de La Réunion, tente de consolider son redressement financier tout en sollicitant une nouvelle contribution de ses actionnaires. Dans le même temps, une autre mauvaise nouvelle vient assombrir les perspectives du transport aérien régional : IndiGo suspendra à compter du 21 octobre 2026, et jusqu’à nouvel ordre, sa liaison directe entre Saint-Denis et Chennai, en Inde.
Deux dossiers distincts, mais qui témoignent d’une même réalité : les compagnies aériennes évoluent dans un environnement marqué par la hausse des coûts, les tensions géopolitiques et une forte pression sur leurs modèles économiques. La compagnie réunionnaise poursuit son plan d’affaires à cinq ans et entend accélérer sa transformation. Dans ce cadre, la commission permanente du conseil régional a examiné, le 10 juillet dernier, un rapport portant sur une nouvelle intervention financière des actionnaires.
Au total, 3,6 millions d’euros de capital supplémentaire sont recherchés. Les actionnaires privés ont déjà donné leur accord pour apporter 2 millions d’euros, soit environ 55 % de l’opération. La Sematra, qui représente la participation publique, sollicite de son côté la Région Réunion pour une contribution de 1,6 million d’euros, correspondant à sa quote-part de 45 %.
Cette nouvelle demande intervient pourtant au moment où Air Austral affiche des signes encourageants de redressement. Selon les résultats rapportés par l’AFP, la compagnie est redevenue bénéficiaire au terme de son exercice 2025-2026, clôturé fin mars. Elle a enregistré un bénéfice net de 1,5 million d’euros, après avoir traversé une période particulièrement difficile à la suite de la crise sanitaire. Le chiffre d’affaires a progressé de 5 %, pour atteindre 464 millions d’euros, tandis que le taux de remplissage s’est établi à 92 %, soit deux points de plus que lors de l’exercice précédent.
Une embellie, mais pas encore la fin des difficultés
Pour Air Austral, ces résultats constituent une étape importante. Le président du directoire, Hugues Marchessaux, a notamment mis en avant l’optimisation du réseau, l’augmentation ciblée des recettes, la maîtrise des coûts et l’amélioration de l’expérience client.
Mais la compagnie ne considère pas ce retour aux bénéfices comme un aboutissement.
L’objectif est désormais de transformer cette embellie en une rentabilité durable. Or, plusieurs facteurs continuent de peser sur les comptes, notamment le coût du carburant et les incertitudes qui entourent l’environnement international. Pour l’exercice 2026-2027, Air Austral prévoit ainsi plusieurs mesures destinées à préserver sa trésorerie et à limiter l’impact de la hausse du prix du kérosène. Parmi elles figurent une surcharge carburant sur les billets, une politique de couverture du risque lié aux achats de carburant ainsi qu’une vente anticipée de ses Airbus A220-300.
Les A220 vont quitter la flotte
Le renouvellement de la flotte constitue également un élément central du nouveau plan d’affaires.Les trois Airbus A220 actuellement exploités par Air Austral doivent progressivement quitter la flotte à partir de 2026. Ils seront remplacés, dès 2027, par deux Airbus A320neo, offrant une capacité supérieure et équipés de moteurs LEAP.
Cette évolution doit permettre à la compagnie d’adapter son outil industriel à ses besoins et de réduire certains coûts d’exploitation et de maintenance. Une période de transition est prévue, notamment pour former les équipages et adapter les programmes de vols. La transformation de la flotte représente donc un investissement stratégique à un moment où la compagnie doit parallèlement surveiller étroitement ses dépenses et sa trésorerie.
Et maintenant, le coup dur d’IndiGo
Comme si le secteur n’était pas suffisamment sous pression, une autre annonce est venue fragiliser les perspectives de connectivité de La Réunion. La liaison directe entre Saint-Denis et Chennai, inaugurée le 29 avril 2026 par la compagnie indienne IndiGo, sera suspendue à compter du 21 octobre 2026.Cette desserte avait pourtant été présentée comme une avancée majeure pour l’ouverture internationale de l’île. Avec trois rotations hebdomadaires et un vol direct d’environ six heures, elle devait rapprocher La Réunion de l’Inde et favoriser les échanges touristiques, économiques et culturels. L’expérience aura finalement été de courte durée. Dans un communiqué, l’aéroport Roland-Garros explique cette suspension par la dégradation du contexte international et la progression des coûts d’exploitation.
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont notamment contribué à renchérir certains postes de dépenses des compagnies aériennes. IndiGo a déjà procédé à plusieurs ajustements de son réseau international ces derniers mois, avec la suspension ou la réduction de certaines liaisons vers plusieurs destinations asiatiques. La liaison Chennai–La Réunion n’échappe donc pas à cette nouvelle logique de rationalisation.
Une déception pour La Réunion
Pour les acteurs économiques réunionnais, la décision constitue une déception. La nouvelle liaison avait suscité beaucoup d’espoirs, notamment auprès des professionnels du tourisme et de la communauté indo-réunionnaise. Elle devait également contribuer à renforcer la position de La Réunion dans l’espace indo-pacifique. L’aéroport Roland-Garros souligne d’ailleurs que la liaison a joué un rôle important dans le rapprochement entre l’île, l’Inde et, plus largement, la région Indo-Pacifique.
La plateforme entend toutefois maintenir le dialogue avec IndiGo et les professionnels du tourisme afin d’examiner de nouvelles possibilités. Parmi les pistes évoquées figurent notamment des dessertes saisonnières, lorsque les conditions économiques seront redevenues plus favorables, potentiellement à partir de 2027. Les voyageurs ayant réservé des billets pour des vols programmés après la suspension seront directement contactés par IndiGo. La compagnie doit leur proposer les modalités nécessaires afin d’obtenir le remboursement de leurs billets. Aucune date précise de reprise de la liaison n’a, pour l’heure, été annoncée.

