À l’approche de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, le dossier des Chagos pourrait connaître une nouvelle poussée de tension. Misley Mandarin, qui se présente comme le « First Minister » chagossien, hausse le ton et interpelle directement le Premier ministre britannique Andy Burnham. Opposé au transfert de souveraineté de l’archipel à Maurice, il affirme que les Chagossiens partageant sa position sont prêts à « se battre bec et ongles » pour maintenir les Chagos sous souveraineté britannique.
Le dossier des Chagos s’apprête à connaître une nouvelle séquence diplomatique. À l’approche de l’Assemblée générale des Nations unies, prévue en septembre à New York, la question de la souveraineté sur l’archipel pourrait de nouveau cristalliser les tensions entre le Royaume-Uni, Maurice et certains groupes chagossiens.
Dans une déclaration à GB News, Misley Mandarin, qui se présente comme le « First Minister » chagossien, a directement interpellé Andy Burnham. Son message au chef du gouvernement britannique est sans ambiguïté : il lui demande de prendre en considération la position des Chagossiens qui souhaitent voir leur terre ancestrale rester sous souveraineté britannique. « C’est un moment qui peut être décisif pour lui afin de montrer son leadership au monde et de dire : “J’écoute mon propre peuple” », a-t-il déclaré, en référence au prochain déplacement du Premier ministre britannique à New York.
« Notre patrie doit rester britannique »
Pour Misley Mandarin, la situation des Chagossiens ne peut être dissociée de leur statut et de leur attachement au Royaume-Uni. Malgré l’éloignement géographique de l’archipel, il estime que les Chagossiens doivent pouvoir décider eux-mêmes de leur avenir.« Même si nous sommes au milieu de l’océan Indien, nous sommes toujours britanniques », a-t-il affirmé.
Selon lui, ceux qui défendent cette position souhaitent non seulement conserver leur lien avec le Royaume-Uni, mais également pouvoir retourner vivre sur leurs terres ancestrales en tant que citoyens britanniques. « Ils veulent que leur patrie reste britannique et ils veulent s’y installer en tant que citoyens britanniques », soutient-il.
Cette prise de position intervient alors que Londres et Port-Louis ont conclu un accord visant à régler le différend sur la souveraineté de l’archipel. Dans le cadre de cet arrangement, Maurice doit exercer sa souveraineté sur les Chagos, tandis que le Royaume-Uni conserverait l’usage de la base militaire stratégique de Diego Garcia à travers un accord de très longue durée.
La contestation chagossienne monte d’un cran
Mais cet accord continue de susciter l’opposition de certains représentants et membres de la communauté chagossienne. Ceux-ci estiment que leur voix n’a pas été suffisamment prise en compte dans les discussions menées entre Londres et Port-Louis.Misley Mandarin va plus loin et promet une résistance déterminée si le gouvernement britannique poursuit la mise en œuvre de l’accord. « Si Andy Burnham décidait d’aller de l’avant avec cet accord honteux, nous pouvons nous battre bec et ongles pour que notre patrie reste britannique », a-t-il déclaré. Et d’insister : « Nous sommes ici en tant que citoyens britanniques et nous ne nous rendrons pas. »
Des propos particulièrement offensifs qui donnent la mesure de la contestation portée par cette frange de la communauté chagossienne, alors que le dossier pourrait une nouvelle fois s’inviter dans les discussions internationales.
Le retour sur les îles change la donne
Misley Mandarin fait également référence au retour, plus tôt cette année, d’un groupe de Chagossiens sur l’archipel, malgré les restrictions imposées par le Royaume-Uni. Leur présence sur les îles vise notamment à réaffirmer leur revendication d’un droit à vivre de manière permanente sur leur terre ancestrale. Pour Misley Mandarin, cette évolution constitue un nouvel élément dans le rapport de force. Il affirme que des Chagossiens vivent désormais sur les îles depuis plus de sept mois et qu’ils disposent du statut de citoyens du Territoire britannique d’outre-mer.
« Maintenant, les Chagossiens vivent depuis plus de sept mois. Ce sont des citoyens du Territoire britannique d’outre-mer. Ce sont des citoyens britanniques sur un territoire britannique », avance-t-il. Cette présence physique sur l’archipel est ainsi présentée par ses partisans comme un argument supplémentaire dans la bataille juridique et politique entourant l’avenir des Chagos.
L’autodétermination brandie comme nouvelle bataille
Au-delà de la question de la souveraineté, Misley Mandarin place le principe d’autodétermination au centre de son argumentaire. Il estime que les Chagossiens doivent pouvoir décider eux-mêmes de leur avenir et que cette question devrait occuper une place prioritaire dans les discussions internationales. « Le principal sujet pour l’ONU est l’autodétermination des peuples », affirme-t-il, considérant ce principe comme « primordial dans le droit ».
Son discours vise ainsi à déplacer le centre du débat : ne plus limiter le dossier à un différend de souveraineté entre le Royaume-Uni et Maurice, mais imposer la question de la représentation et du consentement des Chagossiens eux-mêmes.
Une position qui reste toutefois contestée, y compris au sein de la communauté chagossienne, où différentes sensibilités existent quant au statut futur de l’archipel et aux relations avec Maurice et le Royaume-Uni.
Londres sous pression avant le rendez-vous de New York
Le prochain rendez-vous aux Nations unies pourrait donc constituer une étape particulièrement sensible. Maurice devrait continuer à défendre sa souveraineté sur les Chagos, tandis que Londres devra composer avec plusieurs impératifs : ses engagements envers Port-Louis, les enjeux stratégiques entourant Diego Garcia et les revendications exprimées par différents groupes chagossiens.
Pour Misley Mandarin, le Premier ministre britannique dispose désormais d’une occasion de démontrer qu’il entend les revendications de ceux qui refusent le transfert de souveraineté. « Nous parlons davantage de la vie de personnes réelles », affirme-t-il.
Et de conclure sur un ton de défi : « Nous sommes ici en tant que citoyens britanniques et nous ne nous rendrons pas face à l’ONU ou au gouvernement britannique sous Andy Burnham. »

