Meurtre de Soopramanien Kistnen : l’ombre d’un présumé trafiquant plane sur l’enquête

ByRédaction

September 14, 2026
  • Des protagonistes clés pourraient être de nouveau convoqués par la police

Près de six ans après la découverte du corps calciné de Soopramanien Kistnen, dit Kaya, certaines zones d’ombre pourraient enfin commencer à s’éclaircir. Un nom, jusque-là resté dans l’ombre, retient désormais l’attention des enquêteurs : celui d’un présumé trafiquant qui aurait entretenu des liens avec Kistnen avant sa mort et qui serait aujourd’hui cité dans plusieurs affaires de trafic et de blanchiment d’argent allégués. Pourquoi cette relation intéresse-t-elle aujourd’hui les enquêteurs ? Que pourrait-elle révéler sur les derniers jours de Kaya ? L’équipe chargée du dossier reprend plusieurs pistes et pourrait convoquer à nouveau d’anciens témoins et protagonistes. 

C’est une piste qui pourrait prendre une nouvelle dimension dans l’affaire Kistnen.

Selon les informations recueillies, les enquêteurs s’intéresseraient à un individu présenté comme un présumé trafiquant et qui aurait entretenu une relation avec Soopramanien Kistnen avant la mort de ce dernier. La nature exacte de cette relation intéresserait désormais les limiers chargés de reprendre les différentes ramifications du dossier. D’autant que le nom de cet homme circulerait actuellement dans plusieurs affaires distinctes concernant des allégations de trafic et de blanchiment d’argent.

Les enquêteurs chercheraient plutôt à comprendre la nature de ses relations avec la victime, les circonstances dans lesquelles ils se fréquentaient et si certains de leurs contacts pourraient avoir une quelconque pertinence pour l’enquête.

Pourquoi cette relation intéresse-t-elle les enquêteurs ?

L’objectif serait notamment de reconstituer plus précisément l’environnement de Soopramanien Kistnen durant la période précédant sa disparition.

Qui rencontrait-il ? Avec qui communiquait-il ? Quels étaient ses déplacements ? Quelles informations détenait-il ? Et surtout, certaines de ses relations pourraient-elles permettre de comprendre ce qui s’est passé avant sa mort ?

La relation qu’aurait entretenue Kistnen avec ce présumé trafiquant constitue ainsi une piste parmi plusieurs autres actuellement examinées. Les enquêteurs devront déterminer si les contacts entre les deux hommes étaient occasionnels, professionnels, amicaux ou liés à d’autres activités. À ce stade, il s’agit d’un travail de recoupement. Aucun élément ne permet encore de tirer une conclusion définitive.

D’anciens témoins pourraient être réentendus

L’équipe chargée de l’enquête ne se limiterait pas aux éléments nouvellement apparus.

Selon nos informations, plusieurs pistes seraient actuellement travaillées en parallèle et d’anciens témoins ainsi que certains protagonistes pourraient être appelés à fournir de nouvelles dépositions  des “further statements”   aux enquêteurs. Cette démarche pourrait permettre de confronter leurs déclarations actuelles à celles consignées au début de l’enquête. Les enquêteurs pourraient ainsi revenir sur certaines déclarations, demander des précisions sur des rencontres ou des communications et confronter plusieurs versions. Les contradictions éventuelles seront également examinées.

Il s’agira surtout de déterminer si certains témoins disposent aujourd’hui d’informations qui n’avaient pas été communiquées à l’époque ou qui n’avaient pas été suffisamment approfondies.

Reconstituer les derniers jours de Kaya

Le corps calciné de Soopramanien Kistnen avait été retrouvé le 18 octobre 2020 dans un champ de cannes à Telfair.L’enquête policière initiale s’était d’abord orientée vers la thèse du suicide. Les éléments examinés par la suite lors de l’enquête judiciaire avaient cependant sérieusement remis en question cette version et renforcé la piste criminelle.

Depuis, une question demeure sans réponse judiciaire définitive : qui a tué Soopramanien Kistnen et pourquoi ? La nouvelle équipe doit donc reprendre une affaire particulièrement complexe, dans laquelle se croisent témoignages, données téléphoniques, déplacements, relations personnelles et politiques, ainsi que différents éléments matériels. Chaque relation entretenue par Kistnen avant sa mort pourrait ainsi être réexaminée. C’est dans cette logique que le nom du présumé trafiquant intéresserait les enquêteurs.

Des éléments du dossier auraient été détruits

Mais ce nouveau travail d’investigation se heurterait à une difficulté considérable. Plusieurs éléments liés à l’enquête initiale auraient été détruits.Cette situation serait particulièrement préoccupante pour les enquêteurs qui tentent aujourd’hui de reprendre certaines pistes datant de 2020. Le Premier ministre Navin Ramgoolam avait lui-même évoqué publiquement cette question le 29 août 2026, lors de la cérémonie de sortie des nouvelles recrues de la police au Gymkhana.Il avait déclaré : « Il y a beaucoup de preuves et dossiers qui ont été détruits dans cette affaire de meurtre. Mais l’enquête des limiers de Scotland Yard continue et la vérité éclatera. »

Au niveau de la police, la disparition de certains éléments du dossier compliquerait nécessairement le travail de reconstitution. Car une enquête reprise plusieurs années après les faits dépend largement de la qualité des pièces conservées : rapports, procès-verbaux, dépositions, relevés, photographies, éléments matériels et autres documents recueillis au début des investigations.

La piste ADN également examinée

Malgré les difficultés rencontrées, certains éléments matériels pourraient encore parler.Le pantalon de Soopramanien Kistnen aurait notamment fait l’objet d’analyses approfondies dans un laboratoire spécialisé en Angleterre. Un profil ADN aurait été découvert et des vérifications complémentaires seraient en cours.

Cet élément scientifique pourrait représenter une piste importante, mais il devra être interprété avec prudence. La présence d’un ADN sur un vêtement ne permet pas automatiquement d’établir une implication criminelle. Il faudra identifier le profil, déterminer dans quelles circonstances il a pu être déposé et confronter le résultat aux autres éléments du dossier.Dans une enquête vieille de presque six ans, cette expertise pourrait néanmoins permettre de confirmer ou d’écarter certaines hypothèses.

98 personnes interrogées, des affidavits… et toujours des zones d’ombre

L’ampleur des auditions témoigne de la complexité du dossier. Depuis la découverte du corps de Soopramanien Kistnen en octobre 2020, les enquêteurs ont interrogé ou recueilli les versions de dizaines de personnes susceptibles d’apporter un éclairage sur les derniers jours de la victime, son environnement professionnel et ses relations.

Parmi les noms qui ont émergé au fil de l’enquête et de l’enquête judiciaire figurent notamment Koumadha Sawmynaden , frère de   l’ancien ministre Yogida Sawmynaden, l’homme d’affaires Vinay Appanna, ami d’enfance de ce dernier, ainsi que Neeta Nuckched, hôtesse de l’air également présentée comme une amie d’enfance.

 Deepak Bonomally, directeur de Bo Digital, ainsi que le couple Ashwin et Keshwari Poonyth ont également été associés aux différents volets examinés autour du dossier.

Un élément avait particulièrement retenu l’attention : plusieurs de ces protagonistes étaient liés, à différents degrés, à des contrats obtenus auprès du gouvernement ou d’organismes parapublics. Au centre des interrogations figurait alors Yogida Sawmynaden, qui occupait le portefeuille du Commerce au moment des faits.

L’autopsie et l’affidavit Shibchurn rebât les cartes 

Même les circonstances médico-légales de l’affaire ont fait l’objet de questions. Le Dr Ananda Sunnassee avait pratiqué l’autopsie du corps de Soopramanien Kistnen le 19 octobre 2020. Le médecin légiste est le cousin germain de Jonathan Ramasamy, ancien directeur de la State Trading Corporation (STC), lui-même beau-frère de Vinay Appanna.

 Lors de l’enquête judiciaire, le médecin avait été longuement interrogé sur les conclusions de son rapport et avait dû expliquer les éléments l’ayant conduit à ses constatations médico-légales.

Quatre ans après les faits, un nouveau document est venu relancer les interrogations. Depuis la prison de Phœnix, Vishal Shibchurn, alors âgé de 50 ans, a juré un affidavit le mercredi 31 juillet 2024. Le détenu y formule de très graves allégations concernant la mort de Soopramanien Kistnen et cite plusieurs personnalités. Il affirme notamment qu’une somme de Rs 25 millions aurait été promise pour l’assassinat de Kistnen.

Selon la version livrée par Vishal Shibchurn, tout aurait commencé en octobre 2020 lorsqu’il aurait reçu un appel de celui qu’il décrit comme son « ami proche », Manan Fakhoo. Ce dernier  sera lui-même tué quelques mois plus tard, le 21 janvier 2021 à Beau-Bassin.

Shibchurn soutient dans son affidavit que Manan Fakhoo lui aurait initialement demandé de l’aide sans lui préciser la nature de cette demande. Il affirme ensuite que Fakhoo lui aurait confié avoir « supervisé » le meurtre de Soopramanien Kistnen, qui aurait été exécuté par d’autres individus. Ce récit soulève une question majeure : les morts de Kistnen et de Fakhoo pourraient-elles avoir un quelconque lien ?

 Cette hypothèse avait déjà été évoquée publiquement par Bruneau Laurette, qui avait soulevé la possibilité d’une connexion entre les deux affaires.

Le mystérieux « Suraj »

Un autre nom apparaît dans l’affidavit : celui d’un dénommé « Suraj ». Les allégations concernant cet homme auraient attiré l’attention des enquêteurs de la Major Crime Investigation Team (MCIT). Reste à déterminer quelle importance les enquêteurs accordent aujourd’hui à cette piste et, surtout, si les affirmations contenues dans l’affidavit peuvent être corroborées.

L’affidavit cite également plusieurs personnalités publiques, dont l’ancien ministre du Commerce Yogida Sawmynaden. Le nom de Basoodeo Seetaram y apparaît également.

 Le fait qu’une personne soit citée dans un affidavit ne signifie cependant ni qu’elle est impliquée dans une infraction ni que les affirmations formulées à son encontre sont établies.  Au fil des années, policiers, témoins, hommes d’affaires, anciens responsables politiques et différents protagonistes ont été interrogés. Des contrats publics ont été examinés, des relations personnelles décortiquées et plusieurs versions confrontées. Au total, 98 personnes auraient désormais été interrogées par la police.

Car près de six ans après la mort de Kistnen, le dossier ne souffre pas d’un manque de noms. Ce qui manque toujours, c’est une chaîne de preuves suffisamment solides pour établir les responsabilités.

Hors texte : 

Une audience marquée par l’absence de Simla Kistnen

La réclamation de Rs 50 millions déposée par Shakuntala Kistnen, plus connue comme Simla Kistnen, contre l’ancien ministre Yogida Sawmynaden a été appelée devant la Cour suprême le mercredi 9 septembre 2026. Malade, la veuve de Soopramanien Kistnen n’a pas pu assister à l’audience.

Son fils, Hansley Kistnen, a produit un certificat médical devant la Cour. Son avocat, Me Rama Valayden, Senior Counsel, a demandé le renvoi de l’affaire en raison de l’absence de sa cliente. Il a également indiqué que Simla Kistnen réfléchissait à la suite qu’elle entendait donner à sa réclamation.

Yogida Sawmynaden était présent à l’audience et représenté par Me Mamade Bocus, Senior Counsel. L’affaire a finalement été renvoyée au 28 janvier 2027.

L’absence de Simla Kistnen intervient au terme de plusieurs années de procédures, d’attente et d’incertitudes. Rien ne permet d’attribuer son état de santé à la durée du dossier. Il reste toutefois difficile d’ignorer l’épreuve imposée à une famille qui attend toujours des réponses précises sur les circonstances de la mort de Soopramanien Kistnen.

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