• Une nouvelle interpellation de l’ancien Blue Eye Boy est évoquée dans les milieux proches de l’enquête
L’étau continue de se resserrer autour de Sattar Hajee Abdoola. Celui qui fut pendant de longues années l’un des hommes les plus influents du régime MSM pourrait bientôt faire face à de nouveaux développements judiciaires. Déjà inquiété dans plusieurs dossiers financiers, l’ancien président du groupe SBM et ex-haut dirigeant de Grant Thornton se retrouve aujourd’hui au centre de nouvelles révélations liées aux activités de la SBM Kenya.
Selon plusieurs informations recueillies, une nouvelle interpellation de l’ancien « Blue Eyed Boy » de l’ancien régime n’est plus écartée dans certains milieux proches de l’enquête. Les enquêteurs de la Financial Crimes Commission (FCC) poursuivent actuellement plusieurs vérifications portant sur des transactions financières, des honoraires controversés et d’éventuels conflits d’intérêts qui auraient marqué une partie de sa carrière à la tête d’institutions publiques et parapubliques.
Après Air Mauritius, le dossier SBM Kenya prend une nouvelle dimension
Déjà arrêté dans l’affaire des Rs 3,6 millions versées à Grant Thornton pour des prestations qui n’auraient pas été fournies à Air Mauritius, Sattar Hajee Abdoola bénéficie actuellement de la liberté provisoire.
Cependant, plusieurs sources indiquent que les enquêteurs s’intéressent désormais de très près à certaines opérations réalisées dans le cadre des activités de la SBM Kenya. L’ancien président du groupe bancaire pourrait être convoqué prochainement au Réduit Triangle afin d’être entendu sur plusieurs éléments actuellement examinés par la FCC.
Au cœur des investigations figurent notamment des allégations de partage de commissions dans le cadre d’opérations de recouvrement de créances portant sur des montants considérables.
Un « debt recovery officer » évoque un arrangement financier
Selon nos renseignements, un spécialiste du recouvrement de créances opérant au Kenya aurait allégué avoir été approché par Sattar Hajee Abdoola dans le cadre d’un arrangement financier lié au recouvrement de dettes contractées auprès de la SBM Kenya.
Toujours selon ces informations, le système aurait reposé sur un partage des commissions perçues lors des opérations de récupération de créances douteuses. Le taux de commission accordé au recouvreur aurait atteint 13 % des sommes récupérées. Une partie importante de cette commission aurait ensuite dû être reversée à Sattar Hajee Abdoola.
Les montants concernés seraient loin d’être insignifiants. Il ne s’agirait pas de simples créances individuelles, mais de dossiers représentant collectivement des centaines de millions de roupies. Ces affirmations demeurent toutefois à être établies par les autorités compétentes et font actuellement l’objet de vérifications approfondies.
Rs 287 millions perçues en moins de dix ans
Les nouvelles révélations viennent s’ajouter à une série de controverses qui poursuivent l’ancien patron de la SBM depuis plusieurs mois. Le 6 mai dernier, répondant à une question parlementaire du député Roshan Jummun, le Premier ministre, Dr Navin Ramgoolam, avait révélé que Sattar Hajee Abdoola et les structures qui lui sont associées avaient perçu quelque Rs 287,2 millions entre 2015 et novembre 2024. Un chiffre qui a provoqué de nombreuses réactions dans les milieux politiques et économiques.
Selon les informations dévoilées à l’Assemblée nationale, plusieurs organismes publics et parapublics ont eu recours aux services de Sattar Hajee Abdoola ou de sociétés qui lui étaient liées. Rien que du groupe SBM, il aurait perçu Rs 37,3 millions entre 2020 et 2024, dont Rs 16,6 millions provenant directement de SBM Holdings Ltd et Rs 20,7 millions versées par différentes filiales du groupe. À la MauBank, il aurait également touché plusieurs millions de roupies dans le cadre de diverses missions d’administration, de liquidation ou de mise sous séquestre d’entreprises.
Les admissions en clinique de nouveau sous les projecteurs
Lors de sa précédente arrestation, Sattar Hajee Abdoola avait réussi à éviter une détention prolongée après avoir été admis dans un établissement médical pour des raisons de santé. Selon certaines sources, une démarche similaire aurait récemment été envisagée auprès de la clinique Wellkin. Mais le contexte politique a changé.
Au Parlement, le député Farhad Aumeer avait dénoncé ce qu’il considère comme une pratique récurrente chez certains suspects impliqués dans des affaires financières de grande ampleur. Le parlementaire avait alors proposé la création d’une unité médicale spécialisée au sein même de la FCC afin que les personnes arrêtées puissent recevoir les soins nécessaires sans quitter le cadre de leur détention. Le Premier ministre avait indiqué que le State Law Office examinerait la possibilité d’apporter des amendements législatifs afin de mettre fin à d’éventuels abus.
« Pourquoi aller dans une clinique privée et bénéficier de tout le confort alors que des structures publiques existent ? », s’était interrogé le chef du gouvernement à l’Assemblée nationale.
La vente d’un important groupe hôtelier de l’Ouest refait surface
Comme si les dossiers déjà ouverts ne suffisaient pas, une autre affaire pourrait prochainement revenir sur le devant de la scène. Selon plusieurs informations recueillies auprès de sources proches du dossier, Sattar Hajee Abdoola aurait joué un rôle de conseiller dans une importante transaction portant sur la vente des actions d’un groupe hôtelier de premier plan situé dans l’Ouest du pays.
Son nom aurait été associé à plusieurs réunions stratégiques organisées autour de cette transaction. Des allégations font également état de pressions qui auraient été exercées sur l’un des protagonistes de l’opération afin qu’il accepte certaines conditions liées à la vente.
Les enquêteurs cherchent actuellement à vérifier la véracité de ces informations ainsi que le niveau réel d’implication des différentes personnes citées dans ce dossier.
Un règne controversé à la tête de la SBM
Au sein du secteur privé, plusieurs opérateurs économiques continuent aujourd’hui de dénoncer certaines pratiques qui auraient prévalu durant les années où Sattar Hajee Abdoola dirigeait le groupe SBM. Certains entrepreneurs affirment notamment que l’intervention de Grant Thornton comme « transaction advisor » était devenue pratiquement incontournable dans certaines opérations importantes.
Plusieurs acteurs économiques soutiennent qu’il était fortement conseillé de passer par cette firme afin d’obtenir plus facilement l’approbation d’un prêt, d’un découvert bancaire ou d’une restructuration financière. Ces affirmations sont aujourd’hui examinées dans le cadre de différentes enquêtes menées par la FCC.
Un homme au cœur du système MSM
Pour comprendre l’ampleur de cette affaire, il faut rappeler l’influence considérable dont bénéficiait Sattar Hajee Abdoola sous le précédent régime. Discret dans les médias mais omniprésent dans les cercles du pouvoir, il faisait partie du premier cercle des personnalités les plus écoutées de la galaxie Sun Trust.
Au fil des années, il a occupé une impressionnante série de fonctions stratégiques. Il a notamment été président non exécutif de SBM Holdings Ltd, chairman de SBM Bank (Mauritius) Ltd, chairman de SBM Bank (India) Ltd, chairman de SBM (NBFC) Holdings Ltd, membre de plusieurs organismes internationaux spécialisés en insolvabilité ainsi qu’administrateur d’Air Mauritius. Son influence dépassait largement le simple secteur bancaire.
Air Mauritius, BAI et les décisions qui continuent de faire débat
Parmi les décisions qui lui sont encore reprochées aujourd’hui figure la gestion de la restructuration d’Air Mauritius pendant la pandémie de Covid-19. La vente de plusieurs appareils en pièces détachées demeure particulièrement critiquée dans certains milieux de l’aviation, qui estiment que ces choix ont affaibli la compagnie nationale au moment où le trafic aérien reprenait progressivement.
Du côté de l’ancien groupe BAI, plusieurs anciens employés et proches du conglomérat continuent également d’associer son nom au démantèlement de l’empire construit par Dawood Rawat.
Le départ annoncé de Grant Thornton Mauritius alimente les interrogations
Le 10 février 2026, le réseau international Grant Thornton annonçait officiellement que Grant Thornton Mauritius quitterait le réseau mondial à compter du 15 juillet 2026. Cette décision est intervenue alors que plusieurs enquêtes sensibles se poursuivent à Maurice.
Pour certains observateurs, cette annonce vient ajouter une dimension supplémentaire à une affaire déjà lourde de conséquences. Au-delà du seul cas de Sattar Hajee Abdoola, c’est désormais tout un système de gouvernance mêlant pouvoir politique, institutions publiques, cabinets privés et grands contrats financiers qui se retrouve sous la loupe des enquêteurs.
Les prochaines semaines pourraient s’avérer déterminantes. Car si les allégations actuellement examinées sont confirmées, elles pourraient déboucher sur de nouvelles charges et ouvrir un nouveau chapitre dans l’une des plus importantes affaires politico-financières de ces dernières années.

