Un an après son entrée à l’Assemblée nationale, la députée du PTR Anabelle Savabaddy s’affirme comme une élue de terrain : engagée, accessible, proche des familles modestes et infatigable dans la défense de la justice sociale. De la marche contre les drames routiers à la lutte contre les inégalités, en passant par la protection des communautés et des femmes, elle revient sur ses combats, ses convictions et ses priorités pour les années à venir.
Un an déjà depuis que vous êtes député. Comment s’est faite votre immersion dans le rôle parlementaire ?
Ce fut une entrée en matière exigeante. Après une campagne électorale très courte, j’ai été immédiatement propulsée dans le cœur de la vie parlementaire. Il a fallu apprendre vite, comprendre les mécanismes, assimiler les procédures. J’ai beaucoup étudié, observé et participé. Chaque séance est formatrice. J’ai également bénéficié d’un encadrement précieux au sein de l’Alliance du Changement, dont certains membres possèdent une grande expérience parlementaire. Ce soutien m’a aidée à naviguer dans l’hémicycle avec plus de confiance.
Vous êtes intervenue avec force lors de la marche contre les accidents de la route. Qu’est-ce qui vous anime dans ce combat ?
Toute ma vie a été marquée par l’engagement contre l’injustice. Mais dans ce cas précis, c’était plus qu’un principe : c’était une blessure humaine. Lorsque j’ai rencontré la famille du petit Keylan, 3 ans, à Cité La Cure, j’ai ressenti une douleur collective. Voir des familles détruites par un drame qui aurait pu être évité est insupportable. Et ce qui me choque profondément, c’est quand l’État ne peut pas apporter de réponses claires. On ne peut pas continuer à se renvoyer la faute. Il faut qu’à un moment, quelqu’un dise : “C’est notre responsabilité, on va agir.”
« Quand la vie humaine est en jeu, l’inaction n’est pas une option »
Comment parvenez-vous à gérer à la fois la vie parlementaire et le travail sur le terrain ?
Le terrain, c’est la base de mon travail. J’y consacre énormément de temps. J’accueille mes mandants plusieurs jours par semaine, j’écoute, je note, je relie les problèmes locaux aux enjeux nationaux. Beaucoup de questions que je porte au Parlement naissent de ces rencontres. Par ailleurs, quand des dossiers concernent l’intérêt général, je les amène directement à l’attention des autorités. Le terrain, ce n’est pas de la présence symbolique c’est de l’action concrète.
Quels sont les dossiers que vous portez le plus fréquemment ?
Ils sont multiples. Les familles en difficulté, les mineurs, les infrastructures sportives, les terrains de jeux, les services publics, la sécurité sociale, les problématiques de santé. J’ai dénoncé l’interdiction faite à l’équipe de La Cure Waves d’accéder au terrain de Côte d’Or. J’ai également soulevé les difficultés des planteurs de gingembre.
Je m’intéresse aussi à une tendance médicale préoccupante : la hausse des césariennes, y compris chez de très jeunes femmes. C’est un phénomène qu’il faut examiner avec sérieux, car il dit quelque chose sur l’accès aux soins, la pression médicale, et peut-être une forme de facilité qui ne devrait pas devenir la norme.
« Nous pas fine couillonne personne »
Votre intervention en faveur des habitants de Singamanie a fait beaucoup réagir. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Lorsque je suis allée à Singamanie, les habitants m’ont dit : “Jamais personne pas fine vine guette nou.” J’ai pris cet appel très à cœur. Ce n’était pas une simple visite symbolique. J’avais fait des promesses durant la campagne je suis revenue avec des solutions.
Avec mon collègue, le ministre Shakeel Mohamed que je salue pour son efficacité nous avons visité chaque maisonnette. Certains cas ont été réglés sur place, d’autres sont en cours. Nous avons agi avec franchise : « Nous pas fine couillonne personne. »
Ce qui me révolte, c’est que ces personnes ont été laissées pour compte pendant des années par l’ancien député de la circonscription, aujourd’hui figure de l’opposition. Je doute même qu’il sache situer précisément ces familles sur une carte.
Et votre famille dans tout cela ? Votre engagement politique s’accompagne certainement de sacrifices personnels.
Oui, sans aucun doute. La vie politique demande beaucoup d’énergie, beaucoup de temps, beaucoup de présence. Mais ma famille est ma colonne vertébrale. Elle m’accompagne, me soutient, me comprend. Nous nous organisons pour préserver des moments ensemble. La mission envers la circonscription et le pays est grande, mais elle repose aussi sur l’amour et l’équilibre familial.
« Le financement électoral doit être transparent, traçable et à l’abri des abus. »
Quelle est votre position sur la réforme électorale ?
Elle est claire et ferme. Je suis favorable à l’évolution du système démocratique, mais je m’opposerais catégoriquement à toute tentative d’enlever le Best Loser System. Ce mécanisme garantit la représentation équilibrée des différentes composantes de la société.
Je suis profondément attachée à la paix sociale, à l’harmonie communautaire — et ce système y a contribué. De plus, je refuse qu’un système électoral permette à des personnes non-élues de renverser le choix populaire.
La question du financement électoral doit aussi être traitée sérieusement. Il faut plus de transparence, plus de rigueur. Pas des règles théoriques qui seront facilement contournées.Enfin, je souhaite une représentation féminine plus forte au Parlement et même au Cabinet. Les femmes doivent avoir leur place à la table des décisions.
Adrien Duval a dénoncé la tyrannie du nombre à l’Assemblée. Comment réagissez-vous ?
Je note que le ministre Shakeel Mohamed a présenté ses excuses pour son comportement lors de l’échange houleux avec Adrien Duval. Chaque député doit pouvoir s’exprimer librement, mais sans insultes, sans dénigrement, sans agressivité. Nous avons agi pour restaurer la dignité de l’Assemblée nationale. Nous refusons de retomber dans le chaos du passé. Le débat démocratique doit être vif, mais digne.
« Nous devons réapprendre à veiller les uns sur les autres. »
Vous êtes membre du Parliamentary Gender Caucus. Quelle est votre approche face aux violences faites aux femmes ?
Je suis pour un renforcement des lois et une vigilance sociale accrue. Chaque cas de violence est un cas de trop. Il faut renforcer la médiation familiale, la prévention, l’éducation, et les valeurs morales. Le cyberharcèlement aussi est un fléau il détruit des vies, isole, fragilise psychologiquement, en particulier chez les jeunes. Nous devons bâtir une culture de responsabilité collective.
Le mot de la fin ?
La population demande des actions concrètes et rapides. Avec de la volonté, nous pouvons inverser les dynamiques négatives et remettre le pays sur la voie du progrès. Nous ne pouvons pas laisser l’ancien régime revenir vampiriser ce pays et compromettre l’avenir des prochaines générations.

