Dossier explosif : des pierres des Casernes Centrales auraient-elles servi à bâtir la piscine du DCP Jhugroo ?

ByRédaction

August 31, 2025

Si l’affaire avait déjà enflammé les réseaux sociaux, notre rédaction a décidé d’aller plus loin. Le Journal du Dimanche a mené sa propre enquête sur le haut gradé Krishna Jhugroo. Et au fil de nos investigations, nous avons découvert des vidéos et des photos qui ne font qu’alourdir les soupçons. Vous pouvez consulter notre reportage intégral en vidéo sur notre chaîne YouTube et nos réseaux sociaux.https://youtu.be/U2-rqOG61qs?si=GCYhyr-vJuJ9MwUY

Des pierres des Casernes à une villa privée ?

Tout commence en 2016, lorsque l’ancienne IT Unit des Casernes Centrales est démantelée. Les pierres taillées récupérées du bâtiment sont transférées en camion, conduit par un sergent de la SSU, jusqu’au QG de la VIPSU à Vacoas. L’ordre vient directement de l’ACP Jhugroo.

Pendant trois mois, ces pierres intriguent. Des policiers en service s’enquièrent de leur présence, certains demandent même s’ils peuvent en obtenir. Réponse sèche : elles sont réservées pour “le patron”.

À Noël, quelques blocs servent à caler le sapin dans une poubelle réaménagée. L’ACP, furieux, exige leur retour après les fêtes. Peu après, les pierres prennent une nouvelle destination : le domicile de Jhugroo, à Floréal, où deux policiers de l’équipe rapprochée du Premier ministre d’alors sont chargés de les poser autour de sa piscine.

Promotions suspectes et travaux douteux

Les deux agents ayant exécuté les travaux privés voient leurs carrières décoller. L’un d’eux gravit les échelons de simple constable à ASP en une décennie. Les soupçons d’échanges de faveurs s’installent.

Dans la cour du haut gradé, un kiosque en bois de sapelli fait également son apparition. Là encore, la provenance intrigue. Plusieurs insinuations circulent : le bois aurait été subtilisé des dépôts de la police à Rose-Hill.

Un fait marquant : tous les policiers impliqués appartiennent à la garde rapprochée de l’ancien Premier ministre, Pravind Jugnauth, ou comptent parmi les proches de Jhugroo.

Une affaire enterrée… puis ressuscitée

Malgré ces rumeurs persistantes, aucune enquête officielle n’est ouverte. Mais en 2021, une lettre anonyme circule, dénonçant les faits et listant plusieurs témoins. Une plainte est déposée à l’ICAC.

Plutôt que d’être inquiété, l’ACP prend contact avec certains témoins pour sonder leurs intentions. L’affaire s’enlise, sans qu’aucune action concrète ne soit engagée.

C’est finalement  sur les reseaux sociaux  qui rallume la mèche. Une vidéo anonyme accuse Jhugroo d’avoir utilisé les pierres des Casernes pour sa piscine privée.

L’avocat Akil Bissessur s’empare du dossier. Sur Facebook, il publie des photos, interpelle le DCP Jhugroo et pose des questions directes :

  • « Avez-vous volé les pierres ? »
  • « Durant le confinement Covid-19, des garde-côtes ont-ils transporté ces pierres ? »
  • « Ont-elles servi à construire votre piscine privée ? »

Les publications deviennent virales, partagées des milliers de fois. Les vidéos et photos circulant en ligne alimentent un climat de défiance : la preuve matérielle semble à portée de main.

Bissessur annonce vouloir déposer une plainte officielle à la Financial Crime Commission (FCC).

Des témoins qui parlent enfin

Sous anonymat, plusieurs policiers confirment les soupçons. « Tout le monde savait que les pierres étaient pour lui », raconte un ancien officier. Un autre se souvient : « Même à Noël, quand on les avait utilisées pour caler le sapin, il a ordonné qu’on les rende. On savait qu’elles partiraient chez lui. »

Tous dénoncent l’impunité dont aurait bénéficié Jhugroo : promotions rapides, protection politique, absence de sanction malgré les changements de gouvernement.

La FCC dans le viseur

Avec la plainte annoncée et les preuves circulant en ligne, la FCC n’aura pas d’autre choix que de se saisir du dossier. Les enquêteurs devront répondre à plusieurs questions cruciales :

  • Les pierres ont-elles bien été sorties illégalement des Casernes Centrales ?
  • Qui a validé leur transfert jusqu’à Floréal ?
  • Comment expliquer que des matériaux publics aient été utilisés pour un chantier privé ?

Si l’affaire est confirmée, elle pourrait être qualifiée d’abus d’autorité, détournement de biens publics et corruption systémique.

Au-delà du cas Jhugroo, ce scandale révèle un malaise plus profond. Comment un haut gradé de la police a-t-il pu agir ainsi, sans être inquiété ? Pourquoi aucune institution n’a ouvert d’enquête sérieuse avant que des vidéos ne circulent?

Une affaire loin d’être close

Aujourd’hui, le silence officiel contraste avec la colère qui monte sur les réseaux sociaux. Les internautes réclament des comptes, partagent les images et interpellent directement les autorités.

L’avocat Akil Bissessur promet d’aller jusqu’au bout, dossier en main. De son côté, Jhugroo continue de nier. Mais les preuves s’accumulent, les témoins parlent, et l’opinion publique s’impatiente.

L’affaire des pierres taillées pourrait bien devenir l’un des plus gros scandales de l’année, car derrière une simple piscine se cache peut-être l’illustration d’une impunité trop longtemps tolérée.