« Notre marge de manœuvre est étroite, mais notre vision reste claire » : Shamshir Mukoon, directeur général du CEB

ByRédaction

November 4, 2025

À peine installé dans son fauteuil de directeur général, Shamshir Mukoon a dû plonger au cœur d’une tempête : tension sur la production, déficit financier, transition énergétique à accélérer, et climat interne à rétablir. En quelques jours, le nouveau patron du Central Electricity Board a pris la mesure du défi. Rencontre avec un homme lucide, mais déterminé.

Comment avez-vous accueilli votre nomination à la tête du CEB ?
C’est un honneur, bien sûr, et aussi une grande responsabilité. Le gouvernement m’a confié les clés d’une institution essentielle au pays. Dès le premier jour, j’ai senti le poids de cette mission. Les sollicitations viennent de toutes parts, les urgences s’enchaînent… j’ai eu le sentiment d’être dans l’œil d’un tourbillon. Mais ce genre de poste demande justement de la clarté d’esprit : j’ai établi mes priorités dès les premières heures.

« Le CEB doit redevenir une force tranquille sur laquelle le pays peut s’appuyer »

Quelles sont ces priorités ?
La première, c’est la capacité de production. Ce sujet a fait couler beaucoup d’encre, avec des rumeurs de black-out à répétition. Je tiens à être clair : il n’y a pas de risque de black-out. Cependant, un délestage ponctuel peut survenir si la demande dépasse notre capacité immédiate. Nous avons donc pris des mesures préventives. Nous avons mis en place un système d’alerte à trois niveaux pour informer la population et encourager une consommation responsable, notamment aux heures de pointe. En cas d’alerte rouge, par exemple, les grands hôtels basculent automatiquement sur leurs générateurs. Nous avons testé ce protocole le 15 octobre et il a parfaitement fonctionné.
Mais évidemment, cela ne peut devenir une routine. Nous devons agir sur la durée. C’est pourquoi un plan d’action pour renforcer durablement notre production est déjà enclenché.

Au-delà de la production, quelles autres urgences pèsent sur le CEB ?


Les finances, sans aucun doute. Le dernier exercice s’est soldé par un déficit préoccupant, qui limite sérieusement notre marge de manœuvre. Or, le CEB joue un rôle à la fois économique et social : c’est la colonne vertébrale du développement national. Il est donc impératif que le gouvernement et notre direction travaillent main dans la main pour redresser la situation. À cela s’ajoute un autre défi, plus silencieux : celui du climat interne. Nous devons rétablir la discipline, la responsabilisation et l’efficience. Une entreprise publique, c’est avant tout une communauté humaine ; elle ne peut être performante que si elle avance dans la même direction, avec la même rigueur.

« Quand les employés se sentent écoutés et impliqués, tout le reste devient possible »

Comment comptez-vous surmonter ces défis ?
Sur le plan énergétique, nous devons d’abord reconnaître la réalité : notre production est encore trop dépendante du charbon et du fuel. Pour y remédier, nous travaillons à un projet majeur – une centrale au gaz naturel liquéfié (LNG) d’une capacité de 500 MW. Les discussions pour le financement sont déjà bien engagées, et nous visons une mise en service d’ici 2028. Mais l’avenir ne se résume pas au gaz. Notre objectif à moyen et long terme est ambitieux : atteindre 60 % d’énergies renouvelables d’ici 2035. C’est une transformation profonde, qui exige des investissements lourds, une planification rigoureuse et surtout une volonté politique constante.

Et sur le plan organisationnel ?


Nous allons renouveler l’Integrated Electricity Plan pour la période 2026–2036. Ce plan sera accompagné d’un Corporate Plan stratégique, où chaque département du CEB aura un rôle défini et mesurable. C’est ainsi que nous pourrons transformer une institution souvent perçue comme lourde en une structure agile et réactive. Je tiens aussi à redonner confiance au personnel. L’énergie humaine, c’est la première des énergies renouvelables !

« Nous devons trouver le juste équilibre entre la viabilité financière du CEB et le pouvoir d’achat des familles »

La question des tarifs revient souvent. Faut-il craindre une hausse pour les consommateurs ?
Il faut être honnête : le déficit que nous traversons nous pousse à réfléchir à toutes les options. Mais augmenter les tarifs de manière généralisée n’est pas une solution juste. Nous devons trouver le juste équilibre entre la viabilité financière du CEB, le pouvoir d’achat des familles et la compétitivité de nos industries. Le vrai levier, c’est la transition énergétique. En réduisant notre dépendance aux combustibles fossiles importés, nous stabiliserons nos coûts à long terme. Encourager les énergies renouvelables, c’est aussi encourager l’indépendance énergétique du pays.

Certains estiment que la situation actuelle du CEB découle aussi de décisions politiques. Que répondez-vous à ces critiques ?

Je comprends que dans un pays démocratique, tout grand débat surtout lorsqu’il touche un service public aussi vital que l’électricité suscite des positions divergentes. C’est sain, et même nécessaire. Mais en ce qui me concerne, ma mission n’est pas politique, elle est avant tout technique et stratégique. Mon rôle, c’est d’assurer que le CEB fonctionne avec transparence, rigueur et efficacité. Je préfère concentrer mon énergie sur les solutions concrètes plutôt que sur les polémiques. Nous avons une responsabilité commune majorité, opposition, citoyens – : garantir un avenir énergétique stable et durable pour le pays. Et pour cela, il faut rassembler, non diviser.

Un dernier mot ?
Je sais que le CEB traverse une période difficile. Mais les défis sont aussi des opportunités déguisées. Nous avons la chance d’être à un tournant historique : celui où nous pouvons redéfinir notre modèle énergétique pour les générations futures. Je suis convaincu qu’avec du courage, de la transparence et un esprit d’équipe, nous parviendrons à transformer cette institution en un moteur d’avenir durable.