Sydney Pierre : « À travers le Country Branding, Maurice entend s’affirmer comme une marque crédible, attractive et compétitive  »

ByRédaction

January 19, 2026

Avec plus de 1,4 million de visiteurs accueillis en 2025 et des recettes touristiques dépassant les Rs 100 milliards, Maurice a signé l’année la plus performante de son histoire touristique. Mais pour Sydney Pierre, Junior Minister du Tourisme, ces chiffres records ne doivent pas masquer les fragilités du secteur. Dans cet entretien accordé au Journal du Dimanche, il analyse les performances des marchés émetteurs, met en garde contre toute autosatisfaction et trace les grandes lignes d’une transformation durable du tourisme mauricien.

Les indicateurs touristiques de 2025 confirment une année sans précédent pour Maurice. Comment interprétez-vous ces résultats et quels enseignements en tirez-vous ?

Avant tout, permettez-moi d’adresser mes meilleurs vœux à chaque Mauricienne et Mauricien. Nous avons franchi un cap symbolique avec plus de 1 436 000 visiteurs, confirmant l’attractivité durable de Maurice sur la scène touristique internationale. Le marché français demeure notre premier marché émetteur, ce qui confirme son rôle central. Historiquement, notre industrie repose sur six marchés majeurs – les Big Six : la France, le Royaume-Uni, La Réunion, l’Allemagne, l’Inde et l’Afrique du Sud. Ce sont eux qui constituent le socle de stabilité du tourisme mauricien. Quand on veut prendre le pouls du secteur, c’est vers ces marchés que l’on se tourne en priorité.

Vous insistez souvent sur la diversification des marchés. Pourquoi est-ce si crucial aujourd’hui ?

Je suis un fervent défenseur de la diversification. Consolider nos marchés traditionnels tout en explorant de nouveaux horizons est indispensable pour garantir une croissance durable, résiliente et inclusive. Nous dépendons des mêmes marchés depuis des décennies. La stratégie gagnante consiste donc à renforcer ces bases tout en ouvrant de nouvelles perspectives, afin de mieux absorber les chocs économiques ou géopolitiques.

« La reprise est réelle, mais elle reste fragile. La prudence doit guider chacune de nos décisions. »

Les marchés européens traditionnels ont pourtant montré des signes d’essoufflement début 2025. Faut-il s’inquiéter ?

Le premier trimestre 2025 a effectivement été difficile pour les marchés français, britannique et allemand. Mais une reprise s’est amorcée dès avril, nous menant aux résultats records que nous connaissons aujourd’hui. Il faut aussi comprendre une réalité structurelle : nos capacités aériennes et hôtelières frôlaient les 90 % de taux de remplissage. Il était donc impossible de rattraper totalement le retard du début d’année. La reprise est réelle, mais la prudence reste de mise. Inflation, incertitudes économiques en Europe, guerre en Ukraine… Nous ne sommes pas à l’abri. Il ne faut surtout pas se reposer sur nos lauriers.

Quels marchés ont principalement porté la croissance en 2025 ?

Le marché indien a été exceptionnel, avec une croissance de plus de 30 %. Même si nous n’avons pas encore retrouvé les niveaux pré-Covid, le rebond est très encourageant. Environ la moitié de notre croissance globale provient de ce marché. Par ailleurs, certains marchés émergents, notamment en Europe de l’Est, comme la Pologne, ont également contribué à la dynamique positive. Cela démontre clairement la pertinence de notre stratégie de diversification.

« La force de notre île, ce n’est pas seulement son paysage, mais l’expérience humaine qu’elle offre à chaque visiteur. »

Comment renforcer durablement l’attractivité de la destination Maurice ?

Nous devons aller au-delà du simple slogan “Sun, Sea and Sand”. La vraie richesse de Maurice réside dans sa culture, son histoire et son capital humain. Il faut promouvoir davantage le tourisme intérieur, l’immersion avec la population, le storytelling de nos origines multiples et de notre patrimoine.

Maurice est un diamant aux multiples facettes. Contrairement à certaines destinations où le touriste reste confiné dans un resort, notre île offre une multitude d’expériences : gastronomie, nature, culture, rencontres humaines. C’est cette authenticité qui fera notre différence sur le long terme.

De nombreux touristes évoquent une île qui « s’endort tôt », avec une offre nocturne limitée. Comment comptez-vous renforcer la vie nocturne ?

Un pays touristique ne peut pas « se coucher à 22 heures ». Nous devons développer davantage de restaurants, de bars, d’animations nocturnes et d’activités nautiques. Nos fonds marins constituent un véritable or bleu. La plongée, les sports nautiques et l’écotourisme marin doivent devenir des axes forts de notre promotion internationale.

Face aux critiques récurrentes sur leur fonctionnement, quelles avancées concrètes ont été réalisées au sein des institutions touristiques ?

La MTPA, la Tourism Authority et l’École hôtelière sont actuellement en phase de restructuration. Une nouvelle direction est en place à la MTPA pour renforcer la visibilité internationale de Maurice. Nous travaillons aussi sur un Country Branding structuré dès 2026, car l’attractivité de Maurice ne concerne pas uniquement le tourisme, mais aussi l’investissement et les affaires. La Tourism Authority aura un rôle clé dans la durabilité du produit touristique, notamment face à l’érosion côtière et au changement climatique. Quant à l’École hôtelière, elle doit redevenir un pilier de formation pour préserver notre hospitalité légendaire.

« En aviation, chaque décision laisse une trace. Une route ouverte sans vision stratégique peut devenir un fardeau. »

La pénurie de main-d’œuvre reste une préoccupation majeure pour le secteur hôtelier. Quelles solutions privilégiez-vous ?

C’est un défi mondial. Il faut à la fois revaloriser les métiers du tourisme pour attirer davantage de jeunes Mauriciens et recourir, de manière encadrée et temporaire, à la main-d’œuvre étrangère. La formation demeure la clé pour garantir la qualité de service.

Qui dit tourisme dit connectivité aérienne. Dans ce contexte stratégique, quel rôle Air Mauritius est-elle appelée à jouer dans vos plans ?

Air Mauritius est bien plus qu’une compagnie aérienne. Quand un avion atterrit, c’est la marque Maurice qui arrive dans un pays. Après une période extrêmement difficile, la compagnie dispose aujourd’hui d’un nouveau CEO et d’un plan clair pour renforcer les connexions internationales. Mais je tiens à souligner qu’en matière d’ouverture aérienne, la prudence est essentielle. Certaines décisions passées nous coûtent encore cher. Une fois une route ouverte, il est parfois difficile de revenir en arrière. Il faut donc faire les bons choix stratégiques.

Un dernier mot sur la coopération régionale ?

Maurice arrive au terme de sa présidence des Îles Vanille, avec un travail important accompli, notamment dans le développement de la croisière régionale. La coopération se poursuivra pour élargir les projets communs. Notre ambition est claire : faire des Îles Vanille la plus belle région touristique du monde.