Tinagaren Govindasami :  « Notre but n’est pas de punir, mais de responsabiliser les propriétaires»

ByRédaction

October 21, 2025

Le gouvernement mauricien a lancé un vaste programme d’enregistrement et de micropuçage des chiens à travers l’île. Cette opération, menée par la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW), vise à responsabiliser les propriétaires et à mieux contrôler la population canine. Entre interrogations, inquiétudes des ONG et ajustements sur le terrain, Tinagaren Govindasami, directeur de la MSAW, revient sur le sens et les défis de cette réforme inédite.

Q : Le ministère s’est lancé dans un projet d’envergure concernant les chiens. Quel est le raisonnement derrière cette décision ?


R : Ce programme découle directement de la Section 31 de l’Animal Welfare Act. Il s’agit d’un exercice d’enregistrement et de micropuçage obligatoire pour tous les chiens domestiques à Maurice.L’objectif principal est de responsabiliser les propriétaires et de réduire la population de chiens errants qui pose un réel problème de santé publique. Nous faisons aussi face à des cas croissants de cruauté animale.
Il faut toutefois distinguer deux aspects : le micropuçage des chiens ayant des propriétaires et la gestion des chiens errants. Ce sont deux opérations distinctes. Beaucoup de confusions viennent de là.

« Nous avons consulté les ONG et les vétérinaires »

Q : Plusieurs ONG affirment ne pas avoir été consultées. Avez-vous dialogué avec elles avant de lancer le projet ?


R : Oui, bien sûr. À la MSAW, nous avons mis en place des sous-comités de travail avec des représentants d’ONG, des vétérinaires et des bénévoles. Les échanges ont été très riches, parfois vifs, mais toujours constructifs. Nous avons voulu écouter toutes les sensibilités tout en avançant. Pendant des années, le problème des chiens errants a été abordé dans des réunions sans déboucher sur des actions concrètes. Cette fois, il fallait agir.
Certaines associations restent critiques, et c’est normal, mais nous avons enfin un plan concret et une direction claire.

Q : La population semble encore confuse face à la procédure. Pouvez-vous expliquer comment se déroule l’enregistrement ?


R : L’exercice se déroule dans toutes les régions de l’île, en collaboration avec la police, les autorités locales, les vétérinaires et les ONG partenaires. Chaque propriétaire doit se présenter avec son animal pour l’enregistrement et la pose d’une micropuce.
Nous avons rencontré quelques contraintes au départ : files d’attente, contact entre chiens, retards logistiques.

Mais nous avons ajusté le dispositif pour offrir un meilleur confort aux animaux et aux propriétaires. Du 1er au 18 octobre, 4 500 chiens ont déjà été micropucés, ce qui est un excellent début.Nous avons aussi demandé à nos équipes d’être plus proches du public, d’informer davantage et de créer un climat de confiance.

Q : Et qu’en est-il du sort des chiens errants, qui inquiète beaucoup d’associations ?
R : L’exercice actuel concerne les chiens domestiques, mais en parallèle nous poursuivons le programme Catch-Neuter-Release (CNR) pour les chiens errants.
Depuis le début de l’année, 8 245 chiens ont été stérilisés. Cela démontre notre engagement à agir sur les deux fronts.Nous travaillons également sur la création de refuges régionaux, l’ouverture d’un hôpital pour animaux, et un recensement par drones pour évaluer la population canine sur tout le territoire.Notre approche est globale : réduire les naissances, soigner, protéger et responsabiliser.

« L’amour des animaux doit rimer avec respect de la loi »

Q : Certains Mauriciens pourraient hésiter à participer à la procédure. Craignez-vous une résistance ?


R : Non, je crois que les Mauriciens aiment leurs animaux. Ce qu’il faut, c’est expliquer le sens de la démarche. Le mot-clé, c’est la responsabilité. Nous ne cherchons pas à punir, mais à éduquer. La micropuce est un moyen d’identifier les chiens, de retrouver les animaux perdus ou volés, et d’éviter les abandons. La police et les autorités interviendront uniquement si des propriétaires refusent délibérément de se conformer. La loi s’applique à tous, sans distinction. Nous multiplions les campagnes de communication à la radio, sur les réseaux sociaux et à la télévision pour informer la population.

Q : Qu’en est-il des éleveurs de chiens ?


R : Les éleveurs agréés sont déjà encadrés par la loi et doivent se soumettre à l’enregistrement et au micropuçage obligatoires. Des visites inopinées sont effectuées et des sanctions immédiates s’appliquent en cas de non-conformité.
Quant aux éleveurs illégaux, nous travaillons activement avec la police et les services vétérinaires pour éradiquer cette pratique. C’est une question d’éthique et de respect des normes.

« Le report au 1er juin 2026 est une décision de bon sens »

Q : Le gouvernement a décidé de reporter la date butoir au 1er juin 2026. Pourquoi ce délai supplémentaire ?

R : C’est une décision pragmatique et nécessaire. L’exercice est national, il demande du temps, des moyens et une coordination entre plusieurs institutions.
Ce report permettra à tous les propriétaires, surtout dans les zones rurales, de compléter la procédure sans précipitation. Nous voulons que personne ne soit laissé de côté.
Nous recevons chaque jour du feedback du terrain, que nous analysons pour améliorer nos opérations. Nous préférons un exercice bien fait et complet qu’une campagne inachevée et précipitée.

Q : Quel message souhaitez-vous adresser à la population ?


R : Cet exercice n’est pas une contrainte, c’est un acte de civisme et d’amour envers les animaux. En micropuçant votre chien, vous le protégez, vous facilitez son suivi médical, et vous contribuez à une société plus responsable.Notre vision est claire : une île moderne, humaine et respectueuse du bien-être animal. « Le bien-être des animaux ne se limite pas à les nourrir. Il s’agit aussi de respecter la loi et de leur offrir une existence digne. »