Embouteillages chroniques, explosion du parc automobile, pression croissante sur les infrastructures et urgence climatique : l’heure est venue de repenser en profondeur la mobilité. L’élaboration prochaine d’un Integrated Land Transport Masterplan (ILTMP) sur vingt ans doit poser les bases d’un système de transport plus fluide, plus intelligent, plus inclusif et moins dépendant des énergies fossiles.
Changer les habitudes de déplacement constitue l’un des plus grands défis des prochaines années. L’objectif est de bâtir un système où les transports publics, les véhicules électriques, la marche et le vélo occuperont une place bien plus importante, afin de réduire progressivement la dépendance aux carburants fossiles et à la voiture individuelle.
Les chiffres illustrent l’ampleur de l’enjeu. Le secteur des transports est responsable d’environ 1,16 million de tonnes de CO₂ équivalent par an. Avec près de 470 véhicules pour 1 000 habitants, le pays figure parmi les plus motorisés d’Afrique. Dans le même temps, quelque 2 000 autobus circulent encore au diesel, soulignant l’importance des investissements qui devront accompagner cette transition.
Dans le cadre de sa nouvelle contribution nationale (NDC 3.0) au titre de l’Accord de Paris, Maurice s’est fixé un objectif plus ambitieux : réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2035, contre 30 % auparavant. Le transport constitue l’un des principaux leviers pour atteindre cette cible. Parmi les mesures envisagées figurent le remplacement progressif de 20 % de la flotte d’autobus publics par des autobus électriques, l’utilisation croissante de l’énergie solaire pour alimenter le Metro Express, la diminution progressive des subventions aux autobus diesel ainsi que le renforcement des mesures incitatives en faveur des véhicules électriques.
Cap sur l’électromobilité
L’électrification du parc automobile constitue l’un des piliers de cette transformation. La feuille de route nationale élaborée en 2020 prévoyait déjà l’introduction de 8 400 véhicules électriques d’ici 2025 et 26 000 d’ici 2030. Une telle évolution nécessitera toutefois d’importants investissements. Le pays devra développer un réseau suffisant de bornes de recharge, adapter son réseau électrique et mettre en place des systèmes intelligents de gestion de la consommation afin d’éviter toute surcharge lors des périodes de forte demande.
Cette transition bénéficie déjà d’un soutien international. Le projet « Promoting Low Carbon Public Transport in Mauritius », financé par le Fonds pour l’environnement mondial (GEF) avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), représente un investissement de près de 43 millions de dollars américains. Il prévoit notamment l’acquisition de 60 autobus électriques ainsi que l’installation de 15 stations de recharge alimentées par l’énergie solaire. Le futur Masterplan devra intégrer ces initiatives afin de garantir une stratégie cohérente à long terme.
Des transports plus intelligents et connectés
Au-delà de la transition énergétique, le gouvernement souhaite accélérer la transformation numérique du secteur. Le ministère du Transport terrestre prévoit la mise en place d’un système moderne de gestion des autobus comprenant la localisation en temps réel des véhicules, une plateforme destinée aux chefs de gare, un système d’information pour les voyageurs ainsi qu’un centre national de contrôle.
L’introduction d’un système de paiement électronique dans les transports publics figure également parmi les projets à l’étude. Ces outils permettront aux usagers d’accéder en temps réel aux horaires, aux itinéraires et aux éventuelles perturbations, tout en améliorant la gestion des flottes et la ponctualité des services.
Mieux connecter bus, métro, marche et vélo
L’une des principales faiblesses du système actuel réside dans le manque de coordination entre les différents modes de déplacement. Aujourd’hui, autobus, Metro Express, routes, pistes cyclables et cheminements piétons fonctionnent encore de manière relativement indépendante. Le futur Masterplan s’appuiera sur le concept « walk-cycle-ride », qui vise à faciliter les correspondances entre la marche, le vélo, l’autobus et le métro afin d’offrir un parcours continu et plus attractif.
Cette approche suppose également une meilleure intégration entre l’aménagement du territoire et les infrastructures de transport. Les futurs projets résidentiels, commerciaux et industriels devront être davantage conçus autour des réseaux de mobilité afin de limiter la dépendance à la voiture individuelle.
Une mobilité accessible à tous
Le gouvernement entend également rendre le système plus inclusif. Les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les femmes et les enfants devront bénéficier d’infrastructures mieux adaptées, avec notamment des passages piétons sécurisés, des pistes cyclables protégées, des stations accessibles et des équipements répondant aux normes universelles d’accessibilité.
La sécurité routière constituera également un axe prioritaire afin de mieux protéger les usagers les plus vulnérables. La transformation du secteur nécessitera des investissements considérables. Le Masterplan devra identifier de nouvelles sources de financement, notamment à travers des partenariats public-privé, une meilleure valorisation des actifs publics et une optimisation du fonctionnement du système actuel. L’objectif est de construire un réseau plus performant tout en maintenant un transport public financièrement accessible à la population.

