- « Beaucoup de patients dépensent inutilement sans vérifier leurs déficiences », alerte le Dr Sumayyah Hosany
Depuis quelques années, les compléments alimentaires connaissent un véritable boom. Oméga-3, magnésium, vitamine D, multivitamines, probiotiques ou encore “boosters d’immunité” : les rayons dédiés se multiplient en pharmacie, en parapharmacie et sur les plateformes en ligne. Ce phénomène s’accompagne d’un discours marketing très puissant, souvent centré sur la performance, la fatigue, le stress ou encore le bien-être global.
Mais derrière cette tendance grandissante, les professionnels de santé rappellent une réalité plus nuancée : les compléments alimentaires ne sont ni des produits miracles, ni des substituts à une alimentation équilibrée.

Un marché en pleine expansion
Le marché mondial des compléments alimentaires est en forte croissance, porté par une population de plus en plus attentive à sa santé, mais aussi par une exposition massive aux réseaux sociaux et aux influenceurs bien-être. Les promesses sont nombreuses : meilleure énergie, sommeil amélioré, immunité renforcée, peau plus éclatante ou encore concentration accrue.
Dans ce contexte, la consommation devient parfois automatique, sans réel diagnostic préalable. Beaucoup de personnes prennent des compléments “au cas où”, ou parce qu’un produit est tendance, sans vérifier si leur organisme en a réellement besoin.
La base reste l’alimentation
Le Dr Sumayyah Hosany souhaite recentrer le débat sur un principe fondamental. « Aucun complément ne remplace une alimentation équilibrée. », affirme-t-elle. Une alimentation variée, riche en fruits, légumes, protéines de qualité, céréales complètes et bonnes graisses, et de l’eau constitue la première source de nutriments essentiels. Les compléments doivent rester un outil ciblé, utilisé uniquement en cas de besoin identifié.
« Les compléments interviennent principalement pour corriger une carence », ajoute-elle. Selon elle l’une des erreurs les plus fréquentes est l’automédication nutritionnelle. Elle observe que de nombreux patients consomment des multivitamines sans aucun bilan préalable. Or, ces pratiques peuvent s’avérer inefficaces si aucun déficit n’a été objectivement identifié.
Selon elle, les multivitamines figurent parmi les compléments les plus consommés, mais leur efficacité est régulièrement questionnée. Les doses proposées sont souvent faibles et insuffisantes pour corriger une véritable carence, tandis que leur absorption peut varier selon les formulations.
Dans certains cas, elles créent une impression de sécurité nutritionnelle sans corriger un déséquilibre réel. Elle rappelle que ces multi vit ne remplacent ni une alimentation adaptée, ni un traitement spécifique en cas de déficit confirmé.
Un marché largement influencé par le marketing
Le Dr Hosany alerte sur l’impact croissant du marketing dans l’essor des compléments alimentaires. Elle souligne un point de vigilance concernant la nature même des études mises en avant par certaines marques. Selon elle, une partie des publications et “preuves scientifiques” utilisées dans le marketing des compléments ne provient pas toujours de sources totalement indépendantes. Dans certains cas, ces études seraient financées, produites ou relayées par des structures proches de l’industrie elle-même, ce qui peut soulever des questions sur leur objectivité.
« Les études et papiers qui sont publiés sont souvent faits par les mêmes agences, donc pas indépendants. C’est du pur marketing », estime-t-elle, appelant à une lecture plus critique des allégations commerciales.
Le bon réflexe : diagnostiquer avant de consommer
Le Dr Hosany insiste sur un principe fondamental : la supplémentation ne doit jamais être automatique, mais guidée par un besoin réel et objectivé.
Le magnésium, par exemple, peut effectivement être utile en cas de stress, de troubles du sommeil ou de fatigue musculaire. Toutefois, son efficacité dépend directement de la présence d’un déficit réel, d’où l’importance d’une évaluation préalable avant toute prise prolongée.
La vitamine D, quant à elle, fait partie des carences les plus fréquentes dans la population générale, parfois sans symptômes immédiatement visibles. Elle peut être associée à une fatigue persistante, des douleurs musculaires ou une baisse de l’immunité. Cependant, seul un test sanguin permet de confirmer avec précision un manque et d’adapter la supplémentation de manière appropriée.
Les oméga-3 occupent également une place particulière dans cette approche. Contrairement à de nombreux compléments dits “optionnels”, ils sont reconnus comme essentiels au bon fonctionnement du cerveau et du système cardiovasculaire. Le Dr Hosany rappelle qu’ils sont naturellement présents dans les poissons gras comme les sardines, le thon ou le saumon, et qu’une alimentation régulière incluant ces aliments permet généralement de couvrir les besoins sans recours systématique aux capsules.

