- L’homme d’affaires réclame un assouplissement de l’Attachment Order
Alors que le parquet a récemment refusé son extradition vers Madagascar dans le cadre d’une affaire distincte de trafic international de drogue, l’homme d’affaires revient cette fois devant la Cour suprême pour contester les mesures conservatoires prises contre lui en vertu de la Financial Crimes Commission Act 2023.
Au centre du litige figure le Criminal Attachment Order obtenu par la FCC. Wendip Appaya sollicite une ordonnance de la Cour suprême afin d’en modifier certaines dispositions et d’en révoquer d’autres, estimant qu’elles ne se justifient plus au regard de l’évolution de l’enquête. Il réclame notamment la restitution de trois véhicules haut de gamme, soit deux BMW et un Ford Ranger Raptor, qui demeurent sous le contrôle de la FCC. Selon lui, leur maintien dans l’enceinte de la Commission ne présente plus aucune utilité pour les besoins de l’enquête et risque même d’entraîner une dépréciation importante de leur valeur en raison de leur immobilisation prolongée.
Le demandeur soutient également que la FCC ne peut légalement disposer de ces véhicules, notamment en procédant à une éventuelle vente, sans respecter les termes mêmes de l’Attachment Order qui interdit tout transfert ou toute aliénation des biens concernés.
Le parcours d’un entrepreneur parti de rien
Dans un affidavit particulièrement détaillé, Wendip Appaya retrace son parcours professionnel afin de démontrer l’origine légitime de son patrimoine. Il explique avoir débuté sa carrière dès la fin des années 1990 comme simple employé avant d’occuper différents postes chez Shibani Knitting Ltd, Pizza Hut, New Look Ltd, Professional Cleaners Ltd puis Mobile Cleaning Services Ltd.
C’est durant ces années qu’il affirme avoir développé une véritable expertise dans le secteur du nettoyage industriel et du “deep cleaning”. Fort de cette expérience, il crée en 2008 DYNAPRO Cleaning Services Ltd, avec une dizaine d’employés seulement. Au fil des années, l’entreprise connaît une croissance importante. Elle décroche successivement des contrats auprès du groupe IBL avant d’élargir progressivement sa clientèle à plusieurs grandes entreprises mauriciennes.
Une croissance présentée comme parfaitement légitime
L’affidavit détaille l’évolution spectaculaire de DYNAPRO. La société intervient aujourd’hui dans le nettoyage industriel, les chantiers de construction, les hôtels, les immeubles commerciaux, le nettoyage de vitres en hauteur, la location de plateformes suspendues, la maintenance extérieure ainsi que la fourniture de produits de nettoyage.
Parmi ses clients figureraient notamment IBL, Maubank, AfrAsia Bank, Accenture, Leal & Co, Stock Exchange of Mauritius, MIOT Hospital, MedActiv, Lolo Hypermarkets, Trident Trust ou encore Air Madagascar.
Les chiffres d’affaires produits devant la Cour témoignent d’une progression constante :
- 2020-2021 : Rs 22,69 millions
- 2021-2022 : Rs 19,99 millions
- 2022-2023 : Rs 22,35 millions
- 2023-2024 : Rs 28,49 millions
- 2024-2025 : Rs 33,23 millions
Selon Wendip Appaya, cette croissance a déjà fait l’objet d’une vérification approfondie par la Mauritius Revenue Authority en 2024. Il affirme avoir pleinement collaboré avec les autorités fiscales, lesquelles auraient obtenu toutes les explications nécessaires sur l’origine de ses revenus. Il souligne également qu’aucune des banques auprès desquelles ses sociétés détenaient des comptes n’aurait émis de Suspicious Transaction Report (STR) concernant les opérations financières aujourd’hui contestées.
Une entreprise frappée de plein fouet
Le tournant intervient le 3 septembre 2025.Ce jour-là, Wendip Appaya est arrêté par les enquêteurs de la FCC dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent. Plusieurs perquisitions sont menées simultanément à son domicile, au siège de DYNAPRO ainsi qu’au domicile de sa mère.Des véhicules, documents et autres biens sont saisis.
Libéré sous caution le 23 octobre 2025, il affirme n’avoir plus jamais été convoqué afin de fournir des explications complémentaires concernant l’origine de ses avoirs.
Selon lui, l’impact économique de cette affaire a été dévastateur.
Il affirme que la forte médiatisation de l’enquête a entraîné un véritable effondrement de son activité commerciale. DYNAPRO, qui employait auparavant plus de 150 agents de nettoyage et une quinzaine de cadres administratifs, aurait perdu près de 99 % de sa clientèle. L’entreprise ne compterait aujourd’hui plus qu’une dizaine d’employés.
Des comptes gelés et une demande d’allocation
Au-delà des véhicules, Wendip Appaya demande à la Cour d’assouplir les effets de l’Attachment Order sur ses comptes bancaires.Selon lui, le gel total de ses avoirs l’empêche non seulement de poursuivre les activités de ses sociétés mais également de répondre à ses besoins les plus élémentaires. Dans son affidavit, il affirme dépendre désormais de proches pour acheter de la nourriture et les produits indispensables au quotidien, une situation qu’il considère comme attentatoire à sa dignité. Il sollicite ainsi l’autorisation de percevoir Rs 50 000 par mois afin de subvenir aux besoins de sa famille dans l’attente de l’issue de l’enquête.
Parallèlement, il demande à pouvoir ouvrir deux nouveaux comptes auprès de la MCB : un compte professionnel destiné à assurer la continuité des activités de DYNAPRO et un compte personnel pour ses dépenses courantes. Ces comptes fonctionneraient, selon sa proposition, sous le contrôle de la Cour suprême afin de garantir une transparence totale. La Cour suprême devra désormais déterminer si le maintien intégral de l’Attachment Order demeure justifié ou si certaines mesures doivent être assouplies dans le respect de la présomption d’innocence.

