Le numérique fait désormais partie du quotidien des plus jeunes. Selon Statistics Mauritius, 82,2 % des enfants âgés de 5 à 11 ans utilisent déjà un téléphone mobile. Si cette révolution technologique ouvre de nouvelles perspectives en matière d’apprentissage et de communication, elle suscite également de nombreuses interrogations quant à ses effets sur le développement des enfants. Face à cette réalité, les spécialistes plaident pour un usage raisonné des écrans et un retour aux interactions humaines.
Les smartphones, tablettes et autres appareils connectés se sont imposés dans les foyers mauriciens. Pour de nombreux enfants, ils constituent aujourd’hui un moyen de jouer, d’apprendre, de communiquer ou encore de se divertir. Cette évolution accompagne naturellement la transformation numérique de la société, mais elle soulève aussi de nouveaux défis pour les familles.
Pour Sapna Jaggeshar Mudhoo, psychologue clinicienne et spécialiste de l’enfant et de l’adolescent, il ne s’agit pas de diaboliser les nouvelles technologies, mais d’en favoriser un usage équilibré.
« Le cerveau des enfants se construit grâce aux expériences réelles »
Selon la psychologue, les premières années de la vie représentent une période essentielle pour le développement cognitif, émotionnel et social. « Un temps d’écran excessif peut affecter le sommeil, la concentration, l’humeur, le comportement et même la santé physique des enfants. Il peut également réduire les interactions sociales réelles et limiter les occasions de développer la créativité, la curiosité et les capacités de résolution de problèmes », explique-t-elle.
Elle rappelle que le cerveau de l’enfant apprend avant tout par l’expérience. « Les jeunes cerveaux se développent grâce au mouvement, au jeu, aux conversations et aux découvertes du quotidien. Les écrans ne doivent jamais remplacer ces expériences fondamentales », souligne Sapna Jaggeshar Mudhoo.
Pour la spécialiste, les outils numériques peuvent constituer un support éducatif lorsqu’ils sont utilisés avec modération, mais ils ne doivent pas empiéter sur le sommeil, l’activité physique, les échanges familiaux ou les jeux libres, indispensables à l’épanouissement de l’enfant.
Les vacances, une occasion de recréer du lien
Les vacances scolaires constituent, selon la psychologue, une période idéale pour revoir certaines habitudes familiales. Elle encourage les parents à instaurer des moments sans téléphone, notamment pendant les repas et avant le coucher, mais aussi à privilégier les activités qui favorisent les échanges : lecture, jeux de société, cuisine, promenades, sport ou sorties en famille.
« Les enfants n’ont pas besoin de parents parfaits. Ils ont besoin de parents présents », insiste-t-elle. Et d’ajouter : « Les enfants ne se souviendront pas du nombre d’heures passées devant un écran. Ils se souviendront du temps que nous leur avons consacré. »
Une préoccupation qui dépasse les frontières
Le constat dressé à Maurice s’inscrit dans une tendance mondiale. Partout, les enfants accèdent aux technologies numériques à un âge de plus en plus précoce, poussant les autorités sanitaires à tirer la sonnette d’alarme.
En France, le président Emmanuel Macron a confié, en 2024, à une commission de dix experts la mission d’évaluer les effets des écrans sur les jeunes. Leur rapport, intitulé « Enfants et écrans : À la recherche du temps perdu », formule 29 recommandations destinées à mieux protéger les mineurs.
Les experts préconisent notamment aucun écran avant l’âge de 3 ans, une limitation stricte jusqu’à 6 ans, pas de smartphone avant 11 ans, pas de téléphone connecté à Internet avant 13 ans et aucun accès aux réseaux sociaux avant 15 ans. Selon eux, l’exposition excessive aux écrans est associée à une augmentation des troubles du sommeil, des difficultés d’attention, de la sédentarité, du surpoids, de la myopie ainsi qu’à des effets préoccupants sur le développement du langage et la santé mentale.
Des lois plus strictes pour mieux protéger les mineurs
Par ailleurs, depuis juillet 2024, tous les smartphones, tablettes, ordinateurs et consoles commercialisés sur le marché français doivent également intégrer un dispositif de contrôle parental activable dès la première utilisation, afin d’aider les familles à protéger les enfants contre les contenus inappropriés.
Autre évolution majeure, depuis juillet 2025, les écrans sont officiellement interdits dans les établissements accueillant les enfants de moins de trois ans, notamment les crèches et chez les assistants maternels. Cette mesure, inscrite dans la Charte nationale d’accueil du jeune enfant, vise à préserver une période déterminante pour le développement du langage, de l’attention et des interactions sociales.
Une nouvelle étape doit entrer en vigueur le 1er septembre 2026 avec l’obligation pour les plateformes de mettre en place des systèmes fiables de vérification de l’âge afin d’empêcher l’accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux sans autorisation parentale.

