Édito : Le gouvernement a rendez-vous avec l’Histoire

ByRédaction

September 14, 2026

La remise au Premier ministre du rapport de la National Agency for Drug Control ouvre enfin un débat attendu sur l’avenir de la politique mauricienne du cannabis. Alors que les drogues synthétiques ravagent toutes les couches de la société, trois options sont désormais sur la table. Le pays devra choisir entre immobilisme, hypocrisie et action.

Le 9 septembre 2006, une date hautement symbolique puisqu’elle coïncide avec la commémoration de la mort du bienheureux Père Jacques-Désiré Laval, « l’apôtre des pauvres et des souffrants ». Des pauvres qui, aujourd’hui, ne le sont pas uniquement matériellement, mais peuvent aussi être prisonniers de leurs blessures, de leur détresse et de l’addiction à la drogue. 

Le modèle proposé par la NADC devra être discuté au Conseil des ministres. Mais, au-delà des débats institutionnels, une exigence s’impose : que tous les lobbies :  sectaires, religieux, économiques, sociaux ou autres, « enlèvent leurs mains, leurs pattes de ce rapport ». Il faut oublier le confort des fonctions et regarder en face la souffrance officielle, officieuse et inofficielle provoquée par les drogues synthétiques.

Trois piliers pour sortir de l’impasse

Le rapport s’appuie sur une démarche consultative qui a recueilli plus de 1 000 contributions citoyennes et institutionnelles à travers l’île. Ce travail multidisciplinaire a associé des professionnels de plusieurs secteurs ainsi que des représentants ministériels. La première option est la dépénalisation. L’usage du cannabis demeure officiellement interdit, mais les consommateurs ne seraient plus condamnés à des peines de prison. Ce serait déjà un grand pas en avant, d’autant que chaque prisonnier coûte officiellement entre 1 000 et 1 100 roupies par jour à l’État.

La deuxième est la décriminalisation. La possession destinée à l’usage personnel sortirait complètement du champ pénal. Les usagers ne passeraient plus devant les tribunaux, mais seraient orientés vers des structures de soins et de réhabilitation.

La troisième repose sur une législation encadrée. L’accès au cannabis deviendrait légal, mais uniquement dans un cadre étatique strict, contrôlé et limité. Quel que soit le modèle retenu, le trafic de drogues resterait criminalisé. Cette extrême sévérité contre les trafiquants est indispensable.

Le groupe de travail s’est également penché sur le potentiel économique du chanvre industriel et sur les possibilités médicales du cannabis. Mais il ne faut pas être hypocrite : la question récréationelle doit aussi être examinée, surtout face au danger grandissant des drogues synthétiques.

À Maurice, il ne faut pas « se voiler la face » ni « jouer la politique de l’autruche ». Le pays a déjà pris du retard depuis les propositions du Mouvement Républicain en 1996 et depuis les événements tragiques ayant coûté la vie au grand seggaeman Joseph Réginald Topize, plus connu sous le nom de Kaya, qui militait en faveur de la dépénalisation du cannabis.

Il est dès lors regrettable de voir Rama Valayden s’associer à Paul Bérenger et à ses alliés, ceux-là mêmes qui l’avaient vertement critiqué et lui avaient fait porter « tous les péchés d’Israël » en raison de la justesse de son combat.

La drogue a désormais touché toutes les couches sociales. La récente implication alléguée du fils d’un CEO d’une institution bancaire dans un trafic de cocaïne et de crystal meth soit « la drogue des riches » en est une illustration inquiétante.

Il est temps de laisser de côté « l’hypocrisie, l’engueulade, la méchanceté et la vanité ». Le rapport, remis par Kunal Naik, CEO de la NADC, en présence de la présidente de l’organisme, Nadia Peerun, offre une base de travail concrète.

Le gouvernement de l’Alliance du changement, dirigé par Navin Ramgoolam, a désormais « un rendez-vous avec l’histoire ». Il ne peut pas le manquer. Derrière chaque décision se trouvent les larmes de mères dont les enfants sont tombés dans l’enfer des drogues synthétiques. La bonne volonté doit enfin devenir de l’action. Nos enfants ne nous le pardonneront pas si nous ratons ce rendez-vous.

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