Le dossier des îles Chagos traverse une phase de fortes turbulences politiques à Londres. Le projet du gouvernement britannique visant à restituer la souveraineté de l’archipel à Maurice a subi un revers majeur après que la Chambre des Lords a infligé quatre défaites successives à l’exécutif, fragilisant le Premier ministre Keir Starmer et relançant un débat à la fois politique, juridique et stratégique.
Les Lords ont rejeté mardi dernier plusieurs piliers du projet de traité encadrant la rétrocession. Le premier camouflet concerne la proposition de louer l’île de Diego Garcia à Maurice pour une durée de 99 ans, contre un paiement annuel d’environ 101 millions de livres sterling. Un amendement, adopté contre l’avis du gouvernement, impose désormais que ces versements cessent si la base militaire conjointe américano-britannique ne peut plus être utilisée.
Un deuxième revers est venu des Libéraux-démocrates, qui ont fait adopter un amendement exigeant un référendum parmi les Chagossiens vivant au Royaume-Uni. Les Conservateurs ont ensuite infligé une troisième défaite en forçant le gouvernement à publier des estimations détaillées sur le coût réel de l’accord. Enfin, un dernier amendement impose un contrôle parlementaire renforcé sur toutes les dépenses liées au traité, permettant aux députés de suspendre les paiements à Maurice en cas de non-respect des termes.
Ces votes constituent un sérieux revers politique pour le gouvernement travailliste. La secrétaire d’État aux Affaires étrangères de l’ombre, Priti Patel, a dénoncé une « législation terrible » et accusé Keir Starmer de mettre en péril la sécurité et la défense britanniques. Le texte doit maintenant retourner à la Chambre des Communes, où l’exécutif tentera d’annuler ces amendements.
Une bataille parlementaire aux résonances géopolitiques
Derrière cette confrontation institutionnelle se cache un enjeu mondial. L’archipel des Chagos, administré par Londres sous le nom de British Indian Ocean Territory, abrite sur son île principale, Diego Garcia, l’une des bases militaires les plus stratégiques au monde, pivot des opérations britanniques et américaines dans l’océan Indien et au Moyen-Orient.
Détachées de Maurice en 1965, trois ans avant l’indépendance, les îles furent le théâtre d’une expulsion forcée de leur population dans les années 1970 afin de permettre l’installation de cette base. Depuis, Maurice n’a cessé de revendiquer sa souveraineté sur l’archipel, une position confortée en 2019 par la Cour internationale de Justice, qui a estimé que le Royaume-Uni devait mettre fin à son administration du territoire.
Une page coloniale encore ouverte
Pour Maurice, la restitution des Chagos constitue l’aboutissement d’un combat diplomatique de plusieurs décennies. Pour Londres, elle représente un exercice d’équilibre délicat entre respect du droit international, alliance stratégique avec Washington et pressions politiques internes.
Au-delà des débats parlementaires, ce dossier reste profondément marqué par des enjeux de justice historique et de droits humains. Les Chagossiens, dispersés entre Maurice, les Seychelles et le Royaume-Uni, attendent toujours réparation pour leur exil forcé.
La prochaine étape aux Communes s’annonce décisive. Le dossier Chagos est désormais l’un des tests majeurs du leadership de Keir Starmer et de la capacité du Royaume-Uni à affronter l’héritage complexe de son passé colonial.

