Ranjiv Woochit  : « Je ne m’ingère jamais dans les affaires de la LGSC »

ByRédaction

May 20, 2026

Entre accusations d’ingérence, réforme annoncée du Local Government Act et inquiétudes liées à la flambée des prix, le ministre des Collectivités locales, Ranjiv Woochit, monte au créneau. Dans cet entretien, il défend la position de son ministère face aux critiques entourant la Local Government Service Commission (LGSC), affirme respecter l’indépendance des institutions et assure que le gouvernement ne touchera pas aux droits civiques des citoyens.

Votre collègue députée, Anabelle Savabaddy, a vivement critiqué au Parlement le recrutement dans les collectivités locales et réclame un nouvel exercice. Que lui répondez-vous ?

Je dois mettre cela très au clair : je ne m’ingère jamais dans les affaires de la Local Government Service Commission (LGSC) et je n’ai rien à voir avec les derniers recrutements. La LGSC est une institution indépendante et, tant que je serai ministre des Collectivités locales, cela restera ainsi.

Je précise que les derniers recrutements ont été effectués dans la transparence, contrairement à ceux réalisés avant les élections de novembre 2024. La Cour suprême a d’ailleurs jugé que ces recrutements étaient illégaux.

J’ai également indiqué qu’un système d’e-recruitment sera bientôt mis en place. La députée m’a demandé d’annuler le dernier exercice de recrutement, mais même la Speaker a rappelé qu’il existe un cadre légal à respecter et qu’en tant que ministre, je ne suis pas responsable des recrutements.

« Oui, les élections auront lieu, mais dans un cadre plus moderne et plus juste. »

À huit mois des élections villageoises prévues en décembre, confirmez-vous le maintien de ce scrutin ou toutes les options restent-elles encore ouvertes ?

Les dernières élections villageoises ont eu lieu en 2020 et le mandat actuel arrive effectivement à son terme cette année. Dès mon arrivée au ministère, j’ai estimé qu’il ne suffisait pas simplement d’organiser de nouvelles élections, mais qu’il fallait surtout repenser en profondeur notre système de gouvernance locale.

C’est dans cette optique qu’un important travail de réforme du Local Government Act a été engagé, avec un comité interministériel déjà bien avancé dans ses consultations. Mon souhait personnel est clair : moderniser nos structures avant de retourner aux urnes, afin que les prochaines élections se déroulent dans un cadre plus moderne, plus efficace et plus juste.

Oui, des élections auront lieu. Mais si nous avons l’opportunité de les inscrire dans une réforme historique qui renforcera durablement nos collectivités locales, alors il est de notre devoir de saisir cette occasion dans l’intérêt du pays.

Des citoyens estiment que les élections villageoises ont trop souvent été repoussées. Pouvez-vous garantir aujourd’hui un calendrier clair et définitif pour rassurer l’électorat ?

Il faut d’abord être juste avec les faits : les élections villageoises se sont bien tenues en 2020. Ce sont surtout les municipales qui, dans le passé, ont été reportées à plusieurs reprises. Aujourd’hui, notre responsabilité est de faire les choses correctement.

Nous ne voulons pas simplement répéter l’ancien système sans réflexion. Nous travaillons sur une réforme qui pourrait redéfinir en profondeur le fonctionnement de nos collectivités locales. Tout dépendra donc de l’aboutissement de cette réforme.

Ce que je peux assurer, c’est qu’il n’y a aucune volonté de priver les citoyens de leur droit démocratique. Bien au contraire, nous voulons leur offrir un système plus solide, plus cohérent et davantage adapté à l’avenir.

« Pourquoi maintenir deux réalités administratives différentes entre villes et villages alors que chaque citoyen mérite une égalité de services ? »

Vous avez évoqué la modernisation des collectivités locales. Cette réforme passera-t-elle par une redéfinition des pouvoirs des conseils de villages et des municipalités ?

Oui. Je suis personnellement favorable à davantage d’autonomie pour les collectivités locales, car je connais leur réalité de l’intérieur. J’ai été conseiller de village, président de conseil de district, et je sais parfaitement où se trouvent les limites du système actuel. Nous réfléchissons sérieusement à une réforme capable de moderniser les structures existantes, y compris la possibilité de convertir progressivement certains conseils de district en véritables mairies, avec davantage de pouvoirs, une gouvernance renforcée et une responsabilité accrue. Pourquoi maintenir deux réalités administratives différentes entre villes et villages, alors que chaque citoyen mérite une égalité de services ? Notre objectif est simple : donner plus de pouvoir, plus d’autonomie et plus d’efficacité aux collectivités locales.

Le projet de municipalisation des villages refait surface. S’agit-il d’une réelle volonté politique ou d’un ballon d’essai avant les prochaines échéances électorales ?

Ce débat existe bel et bien, y compris au sein des instances de réflexion gouvernementales. Mais il ne s’agit pas d’un simple exercice politique. Il s’agit d’une réflexion de fond : comment mettre les villages et les villes sur un pied d’égalité ? Comment assurer à chaque citoyen les mêmes standards de développement, de services et d’infrastructures ?

L’idée de convertir certains conseils de district en mairies avec une structure modernisée mérite d’être étudiée sérieusement. Rien ne sera fait à la légère, mais il serait irresponsable de ne pas envisager des réformes ambitieuses pour préparer Maurice de demain.

Dans un contexte où le gouvernement veut afficher une nouvelle dynamique, les élections villageoises seront-elles un premier véritable test populaire pour l’alliance au pouvoir ?

Traditionnellement, les élections villageoises ne sont pas organisées selon la même logique partisane que les élections générales ou municipales. Il serait donc prématuré d’en faire une lecture strictement politique.

Notre priorité n’est pas de chercher un « test », mais de travailler. Si demain une réforme mène vers une nouvelle formule avec davantage de municipalisation, alors naturellement le paysage évoluera. Mais pour l’heure, notre responsabilité est de construire, de moderniser et de servir.

« La politique exige constance, cohérence et esprit de rassemblement. Les Mauriciens le voient avec lucidité. »

Paul Bérenger demeure une figure marquante de la politique mauricienne. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur son rôle au sein de l’opposition ?

Paul Bérenger a incontestablement marqué l’histoire politique du pays. Cela mérite reconnaissance. Mais chacun est aussi jugé sur ses choix. Lorsqu’un leader prend certaines décisions, il est légitime de constater les réalités politiques qui en découlent. Je note, par exemple, que sur 18 proches collaborateurs, 15 ne l’ont pas suivi. Cela soulève naturellement des questions politiques. Oui, sa fille Joanna Bérenger a fait son choix, tout comme Chetan Baboolall, mais au-delà de cela, chacun peut observer qu’une large majorité de ses anciens proches ont pris d’autres directions.

L’opposition tente de se restructurer autour de nouvelles figures. Le gouvernement redoute-t-il une montée en puissance d’un front uni face à la majorité ?

Nous respectons la démocratie et chacun est libre de se restructurer. Mais pour nous, la priorité n’est pas de regarder l’opposition ; elle est de travailler pour le pays. Le gouvernement actuel a hérité d’une situation complexe, marquée par de sérieux défis économiques, des institutions à renforcer et des failles légales à corriger. Aujourd’hui, nous durcissons les lois, nous corrigeons les « loopholes » qui ont trop longtemps permis à certains de détourner l’argent public, et nous avons renforcé l’arsenal contre le blanchiment d’argent avec l’Anti-Money Laundering Act. D’autres réformes, comme le certificat de moralité, viendront également renforcer davantage la transparence. Notre priorité est claire : assainir, protéger et reconstruire.

« Les résultats durables prennent du temps, mais ce sont ceux qui transforment réellement un pays. »

L’opposition affirme que le gouvernement multiplie les annonces sans résultats concrets. Que répondez-vous à ceux qui parlent d’un essoufflement du pouvoir ?

Faux. Gouverner, ce n’est pas imprimer de l’argent comme cela a pu être fait dans le passé pour donner une illusion temporaire de bien-être, au risque de fragiliser durablement l’économie. Nous avons vu où certaines pratiques ont conduit : déséquilibres, perte de crédibilité et préoccupations internationales, y compris la dégradation de la perception économique du pays.

Aujourd’hui, nous faisons l’inverse : nous consolidons les bases. Nous protégeons les plus démunis à travers des allocations sociales, nous avons maintenu des mesures de soutien, nous investissons dans l’accès au numérique avec l’internet gratuit, nous renforçons les lois contre la corruption et le blanchiment, et nous fermons progressivement les portes qui permettaient autrefois l’abus des fonds publics.

Avec la récente hausse de l’électricité, du carburant et du prix du pain, craignez-vous que la colère populaire ne se transforme en vote sanction lors des prochaines consultations populaires ?

Je comprends parfaitement la frustration de la population. Mais il faut aussi parler avec vérité. Maurice importe presque tout : carburant, matières premières, nourriture, légumes, équipements. Lorsque le fret international explose, lorsque les guerres, les conflits géopolitiques et les crises mondiales perturbent les marchés, notre économie subit inévitablement ces conséquences.

Nous ne pouvons pas contrôler les guerres internationales ni les marchés mondiaux. Ce que nous pouvons faire, c’est protéger au maximum notre population, en particulier les plus vulnérables, tout en évitant les erreurs du passé fondées sur un endettement excessif ou une impression monétaire irresponsable.

« Nous ne fuyons pas nos responsabilités, nous construisons l’avenir. »

Face à l’inflation et à la flambée du coût de la vie, le gouvernement n’est-il pas en train de perdre le contact avec les réalités quotidiennes de la population ?

Absolument pas. Nous sommes sur le terrain chaque jour. Nous entendons la colère, mais nous entendons aussi l’espoir et la compréhension. Les Mauriciens savent que beaucoup des difficultés actuelles trouvent leurs racines dans un contexte international extrêmement dur, mais aussi dans certaines fragilités héritées du passé.

Notre devoir n’est pas de chercher des excuses, mais d’agir. Nous protégeons les plus modestes, nous renforçons les institutions, nous corrigeons les failles du système, nous durcissons les lois pour empêcher le pillage des ressources publiques, et nous préparons une économie plus saine. Oui, la période est difficile. Mais Maurice a déjà traversé des épreuves. Avec rigueur, honnêteté et réformes courageuses, nous pouvons redresser le pays.