Une nouvelle page s’ouvre pour le secteur aérien mauricien. Après plus de vingt ans d’attente, de négociations et de démarches administratives, la compagnie Ethiopian Airlines a finalement obtenu un Temporary Operating Permit (TOP) délivré par les autorités mauriciennes de l’aviation civile. Cette autorisation couvrira la période du 15 juin au 30 septembre 2026 et permettra à la compagnie d’assurer un total de 30 vols entre Addis-Abeba et Maurice, soit environ deux rotations hebdomadaires.
Cette décision marque un tournant stratégique majeur pour Maurice, qui renforce ainsi son ouverture vers le continent africain et les grandes plateformes aériennes internationales. Depuis plus de deux décennies, Ethiopian Airlines souhaitait desservir directement l’île, considérant Maurice comme une destination clé dans l’océan Indien. Malgré plusieurs tentatives et demandes officielles au fil des années, la compagnie n’avait jusqu’ici jamais obtenu le feu vert nécessaire pour lancer ses opérations commerciales vers l’aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam.
L’arrivée prochaine d’Ethiopian Airlines est perçue comme une avancée importante pour l’économie mauricienne. Grâce à son immense hub basé à Addis-Abeba, aujourd’hui considéré comme l’un des principaux centres de correspondance du continent africain, Maurice bénéficiera désormais d’un accès facilité à près de 90 destinations africaines et internationales.
Un carrefour stratégique entre l’Afrique et l’océan Indien
Cette connectivité élargie pourrait générer de nouvelles opportunités dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment le tourisme, les services financiers offshore, le commerce régional ainsi que les activités d’import-export. Les voyageurs mauriciens disposeront également d’un plus large choix de destinations vers l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient ou encore certaines villes asiatiques via une simple escale en Éthiopie.
Le dossier Ethiopian Airlines a longtemps connu plusieurs blocages. Déjà en 2019, une demande officielle visant à obtenir une autorisation d’opérer vers Maurice avait été rejetée. Pourtant, la compagnie n’a jamais abandonné son ambition d’expansion dans l’océan Indien.
Fondée en 1945 et entièrement détenue par l’État éthiopien, Ethiopian Airlines est aujourd’hui considérée comme l’une des compagnies les plus performantes du continent africain. Son modèle économique repose principalement sur le transit international via Addis-Abeba, une stratégie similaire à celle développée par Emirates à Maurice depuis 2002 ou encore Turkish Airlines depuis décembre 2015.
Lors du sommet de l’Union africaine organisé à Addis-Abeba en février 2025, le Premier ministre Navin Ramgoolam avait rencontré le directeur général d’Ethiopian Airlines, Mesfin Tasew Bekele. À cette occasion, le patron de la compagnie avait officiellement renouvelé son souhait d’établir une liaison directe entre l’Éthiopie et Maurice.
China Southern Airlines en discussions pour un retour
Parallèlement à l’arrivée d’Ethiopian Airlines, des discussions sont également en cours autour d’un possible retour de China Southern Airlines sur le marché mauricien.
Dans le passé, China Southern Airlines et Air Mauritius assuraient des vols directs entre Maurice et la Chine. Cependant, la compagnie chinoise avait cessé ses opérations le 28 novembre 2015, tandis qu’Air Mauritius avait maintenu cette liaison jusqu’au 31 janvier 2020. Depuis cette date, aucun vol direct n’existe entre les deux pays.
Selon plusieurs sources du secteur aérien et touristique, des discussions seraient actuellement en cours entre China Southern Airlines, Air Mauritius et les autorités mauriciennes de l’aviation civile afin d’évaluer les conditions d’une éventuelle reprise de cette desserte stratégique.
Les professionnels du tourisme considèrent cette liaison comme essentielle pour relancer le marché chinois à Maurice. Selon certaines estimations du secteur économique, Maurice accueillait près de 89 000 touristes chinois en 2014 grâce à l’existence de vols directs. Aujourd’hui, ce chiffre serait tombé à environ 14 000 visiteurs, une baisse qui inquiète fortement les opérateurs touristiques. Pour ces derniers, une connexion aérienne directe demeure indispensable afin de reconquérir le marché chinois et redynamiser les flux touristiques vers l’île.
Une concurrence renforcée dans le ciel mauricien
Le directeur d’Omarjee Holidays, Umarfarooq Omarjee, estime que l’arrivée d’Ethiopian Airlines représente une excellente nouvelle pour le secteur aérien mauricien. Selon lui, la compagnie possède un réseau mondial extrêmement développé et Addis-Abeba est devenu un hub incontournable reliant l’Afrique, l’Asie et l’Europe.
Il souligne également que cette nouvelle desserte pourrait faciliter les déplacements dans le cadre de grands événements régionaux, notamment l’Africa Forum prévu en juillet prochain. La présence d’Ethiopian Airlines permettra, selon lui, à davantage de voyageurs africains de rejoindre Maurice plus facilement.
Umarfarooq Omarjee estime par ailleurs que l’arrivée d’un nouvel opérateur renforcera la concurrence dans le secteur aérien mauricien. Pendant plusieurs années, Maurice a dépendu fortement d’Emirates pour le transport international de passagers. Cette dépendance s’était particulièrement fait ressentir lorsque le hub de Dubaï avait connu des perturbations, entraînant une baisse significative du nombre de voyageurs vers l’île.
Concernant China Southern Airlines, il rappelle que la compagnie jouait autrefois un rôle majeur dans l’acheminement des touristes chinois vers Maurice grâce à plusieurs partenariats avec des tour-opérateurs asiatiques.
Selon lui, le retour d’un vol direct entre Maurice et la Chine représenterait une avancée considérable, non seulement pour le tourisme, mais aussi pour le monde des affaires. En l’absence de liaison directe, de nombreux hommes d’affaires mauriciens doivent aujourd’hui effectuer des trajets plus longs et plus coûteux pour rejoindre des villes comme Pékin, Shanghai ou Hong Kong.
Une reprise des vols directs permettrait ainsi de réduire les coûts de déplacement, d’améliorer les échanges commerciaux et de renforcer davantage les relations économiques entre Maurice et la Chine.

