Affaire Mamy Ravatomanga:  La FCC remonte un réseau financier vieux de 30ans et resserre l’étau sur le magnat malgache

ByRédaction

November 10, 2025

Entre hospitalisations répétées et allers-retours sous escorte policière, Mamy Ravatomanga, homme d’affaires malgache influent, se retrouve au cœur d’une enquête tentaculaire. Accusé provisoirement de blanchiment d’argent et d’entente délictueuse, il fait désormais face à une offensive méthodique de la Financial Crimes Commission (FCC), décidée à remonter un réseau de contacts et de sociétés tissé depuis près de trente ans à Maurice.

Le 5 novembre, Ravatomanga a passé quatre heures devant les enquêteurs de la FCC. Le cœur du dossier : des transferts financiers estimés à Rs 7,2 milliards, éparpillés sur plusieurs comptes bancaires mauriciens, dont certains dormaient depuis des décennies. L’homme d’affaires a expliqué que plusieurs de ces comptes appartiennent à des sociétés où il n’est qu’actionnaire minoritaire. Ses avocats Mes Siddhartha Hawoldar, Joy Beeharry et Nirakar Hawoldar  ont remis à la commission une série de documents censés démontrer la légalité des flux financiers.

Mais la FCC, prudente, soupçonne l’existence d’un système sophistiqué de transferts interconnectés permettant de brouiller les pistes. « Nous suivons chaque fil, chaque transaction, chaque contact », confie une source proche de l’enquête. « Ce réseau s’étend bien au-delà de Maurice durant de nombreuses années . »

Pas de caution, mais des soins sous surveillance

Présenté le lendemain devant la cour de district de Port-Louis, Ravatomanga a été inculpé provisoirement de deux chefs d’accusation : blanchiment d’argent et entente délictueuse. La FCC s’est fermement opposée à toute demande de mise en liberté, évoquant un risque élevé de manipulation de preuves et d’intimidation de témoins.

Son avocat, Me Siddhartha Hawoldar, a tenté de rassurer : « La procédure suit son cours. Mon client reste détenu, mais son état de santé nécessite un suivi médical continu. Le Dr Mamode Aniffkhan Yearoo, son cardiologue depuis quinze ans, pourra témoigner qu’il ne s’agit pas d’une manœuvre pour éviter la prison. »

Depuis, Ravatomanga alterne entre détention et hospitalisation. Transféré initialement au centre de détention de Vacoas, il a été admis d’urgence à la Coronary Care Unit de l’hôpital Dr A.G. Jeetoo, avant d’être conduit à la Cardiac Unit de Candos. Selon ses médecins, il aurait fait un malaise cardiaque alors qu’il se trouvait au Moka Detention Centre. Ses avocats réclament qu’il soit soigné à la clinique privée Premium Care, tandis que la FCC exige un encadrement médical strict sous surveillance policière.

L’affaire s’étend : hospitalisations, tensions et soupçons d’inégalités

Pendant que Ravatomanga est suivi de près, l’ancien commissaire de la FCC, Junaid Haroon Fakim, est lui aussi hospitalisé à C-Care Wellkin après une chute. Inculpé provisoirement pour Public official using office for gratification et Breach of confidentiality, il doit comparaître à nouveau le 11 novembre, sous réserve de son état de santé. Le tribunal a exigé que les médecins responsables de son suivi soient entendus et qu’une contre-expertise publique soit réalisée.

De son côté, Nasser Osman Beekhy, autre protagoniste du dossier, dénonce un traitement discriminatoire. Son audience, prévue le 6 novembre, a été renvoyée au 10, la FCC réclamant plus de temps pour boucler son rapport. Ses avocats ont fustigé une « absence de flexibilité » par rapport à d’autres affaires où certains accusés bénéficient d’un traitement plus clément. Le magistrat Nader Ali Caunhye a rejeté la demande de remise en liberté conditionnelle, suivant les arguments de Me Trishul Naga, avocat de la FCC.

Une réunion sous la loupe : la FCC épluche les connexions

La FCC s’intéresse désormais à une réunion tenue le 14 octobre à Quatre-Bornes, au domicile d’un proche de Junaid Fakim, en présence de plusieurs protagonistes.Le gendre de Ravatomanga, Andry Patrick Rabetokotany, a été entendu à ce sujet le 3 novembre. Il a reconnu avoir accompagné son beau-père, arrivé à bord d’un jet privé dans la nuit du 11 au 12 octobre, transportant également l’ancien Premier ministre malgache Christian Ntsay. Mais il nie toute participation active aux discussions. Les enquêteurs veulent pourtant comprendre la nature de cette rencontre, soupçonnée d’avoir servi à planifier des mouvements financiers ou des stratégies de défense.

La FCC a désormais commencé à remonter la toile d’affaires de Mamy Ravatomanga : sociétés offshore, participations croisées, relations bancaires anciennes et circuits de financement liés à Madagascar, Dubaï et l’Europe de l’Est. Chaque contact, chaque transfert est examiné minutieusement pour reconstituer les flux financiers qui auraient transité par Maurice.

L’homme d’affaires, réputé proche de plusieurs cercles politiques malgaches, voit son image d’entrepreneur visionnaire s’effriter au profit d’un portrait plus opaque : celui d’un magnat aux ramifications internationales, désormais coincé entre lit d’hôpital, cellule de détention et soupçons grandissants de la FCC.