Claire Le Lay et Avinash Teelock : « Repositionner Maurice avec transparence, innovation et audace »

ByRédaction

August 6, 2025

Quelques mois après leur prise de fonction à la tête de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), Claire Le Lay, communicante expérimentée, et Avinash Teelock, professionnel du tourisme, tracent les grandes lignes de leur vision commune pour relancer la destination Maurice. Dans cet entretien croisé, ils abordent sans détour les défis, les tensions internes, la stratégie à venir… et l’indispensable rupture avec les pratiques du passé.

Vous venez d’être nommés respectivement présidente du conseil d’administration et directeur de la MTPA. Comment avez-vous accueilli cette nomination ?

Claire Le Lay : J’ai été nommée en février après avoir partagé avec le Premier ministre ma vision pour un rebranding de Maurice. Avec mon parcours dans la communication stratégique, il m’a semblé naturel de contribuer à redonner un souffle à la MTPA, d’autant plus que l’institution sortait d’une longue période d’inertie. Après ma rencontre avec le ministre Duval, j’ai vu une véritable volonté de changement. C’est un honneur d’y participer.

Avinash Teelock : J’ai accueilli cette responsabilité avec humilité. Je viens du secteur du tourisme, où j’ai évolué pendant plus de dix ans, et je suis pleinement conscient de l’enjeu national que représente ce secteur. Je remercie le PM et le ministre pour leur confiance.

Avez-vous eu des appréhensions avant d’entrer en fonction ?

CL : Aucune. Même si je viens du privé, je découvre la fonction publique avec une envie sincère d’apporter du concret.

AT : Je dirais même que j’étais impatient. Impatient de me mettre au travail, de proposer, d’agir.

Lutter contre la corruption, un impératif

L’ancien directeur et plusieurs membres de la MTPA font l’objet d’une enquête publique. Était-ce nécessaire selon vous ?

CL : Non seulement c’était nécessaire, mais c’était indispensable. L’institution avait perdu en efficacité et en professionnalisme. Il fallait poser des actes forts pour tourner la page, et rappeler que la corruption n’a pas sa place ni ici ni ailleurs. Je mènerai ce combat avec fermeté tant que je présiderai ce conseil.

AT : La lutte contre la fraude ne doit pas être occasionnelle. C’est une exigence continue. Nous allons transmettre d’autres cas aux autorités compétentes. On ne peut construire un organisme performant sans assainir les fondations.

Est-ce un message important à l’international ?

CL : Absolument. La communauté touristique mondiale doit comprendre que nous assumons nos failles passées mais que nous avons aujourd’hui une équipe nouvelle, intègre et engagée. Ce discours participe aussi à rétablir la crédibilité de la marque Maurice.

AT : C’est un signal fort. Le tourisme, c’est aussi une question de confiance. Lutter contre la corruption renforce notre image auprès de nos marchés cibles.

Un état des lieux sans complaisance

Quel a été votre premier constat en arrivant à la MTPA ?

CL : Même à temps partiel, j’ai dû m’investir pleinement. J’ai trouvé une équipe en manque d’impulsion. L’agence manquait cruellement de profils spécialisés en marketing et communication. C’est inacceptable pour une organisation censée incarner la vitrine touristique de Maurice.

AT : La MTPA a été conçue en 1996. Le monde du tourisme a changé depuis. Il faut désormais en faire une structure agile, connectée, tournée vers demain.

CL : D’autant plus que la concurrence est féroce. Nos concurrents investissent massivement. Nous, avec nos moyens limités, devons compenser par de la créativité, de l’innovation et une organisation efficace.

Et du côté des employés, y a-t-il eu des résistances ?

CL : Pas du tout. J’ai reçu un accueil sincère. Je crois que les équipes ont senti qu’une professionnelle de la communication comprenait les enjeux et allait les aider à avancer.

AT : Je connaissais déjà plusieurs collaborateurs, ayant travaillé avec eux auparavant. Ce sont de vrais professionnels. Ils attendaient simplement des directives claires, une vision et un plan d’action. C’est ce que nous leur offrons aujourd’hui.

Vers une nouvelle stratégie de rayonnement

Quelles sont les grandes orientations que vous comptez mettre en œuvre ?

CL : Nous allons déployer un système de Brand Ambassadorspour redonner du glamour à l’image de Maurice. En parallèle, nous voulons rebâtir la confiance entre les opérateurs privés et la MTPA, longtemps distendue.

AT : Nous suivons les directives du ministre Duval. Il s’agit de consolider nos marchés historiques comme la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni, tout en explorant de nouveaux territoires à fort potentiel comme l’Italie, l’Espagne, la Scandinavie, l’Europe de l’Est, ou encore le Moyen-Orient. Nous misons aussi sur une montée en puissance de l’Inde et de l’Afrique du Sud. Et nous voulons nous repositionner en Asie, notamment en Chine et en Corée du Sud.

La technologie semble être un retard structurel à la MTPA…

AT : Nous allons y remédier très vite. Nos représentants à l’étranger sont déjà mobilisés pour lancer plus de campagnes digitales. Nous avons identifié les outils nécessaires et les mettons en œuvre rapidement.

Diversifier l’offre, valoriser la culture mauricienne

Les fluctuations de fréquentation depuis le début de l’année vous inquiètent-elles ?

CL : Elles sont dues à la conjoncture géopolitique mondiale, mais Maurice s’en sort plutôt bien. À nous d’anticiper davantage et d’adapter nos politiques de promotion.

AT : Il ne faut pas relâcher l’effort. Même si nous sommes connus en Europe, nous devons maintenir une présence continue, cohérente, ciblée.

CL : Et rappeler que Maurice n’est plus seulement une destination estivale. Notre hiver doux attire de plus en plus de visiteurs.

Le trio Sun, Sea & Sand reste central dans notre communication. Faut-il aller au-delà ?

CL : Le touriste d’aujourd’hui veut vivre Maurice, pas juste y séjourner. Il veut sortir, rencontrer les Mauriciens, comprendre leur culture. C’est cette richesse que nous devons mettre en avant.

AT : Le ministre Duval a insisté sur cette dimension dans son discours budgétaire. Le tourisme patrimonial, culturel et intérieur est notre véritable différenciateur.

CL : Et ne négligeons pas les alternatives à l’hôtel : maisons d’hôtes, locations AirBnB, lodges… Ces visiteurs sont souvent plus curieux, plus impliqués, et nous devons les intégrer à notre stratégie de promotion.

Communication, capital humain et image

La présence accrue de main-d’œuvre étrangère dans les hôtels ne risque-t-elle pas d’atténuer le fameux accueil mauricien ?

AT : L’accueil mauricien est toujours bien présent. Mais oui, c’est un sujet sérieux. Un comité ministériel s’y penche actuellement.

CL : Le sourire mauricien ne peut être externalisé. Il faut valoriser notre hospitalité comme un produit en soi.

La communication a souvent été pointée du doigt comme une faiblesse de la MTPA. Partagez-vous ce constat ?

CL : Oui. Mais cela change. Notre CEO est sur le terrain. Je viens de la communication, j’y crois profondément. Nous allons renforcer les canaux, les messages, et la cohérence globale.

AT : La restructuration va inclure un volet communication renforcé, avec des moyens adaptés et des stratégies modernes. C’est une priorité absolue.