Mauritius Post : 550 000 lettres au cœur d’une controverse entre un ancien cadre et la direction

ByRédaction

September 1, 2026

Manque d’effectifs, départs de cadres, courrier en souffrance, fermetures de bureaux et tensions syndicales : un ancien haut responsable de la Mauritius Post Ltd dresse un tableau particulièrement sombre de la situation au sein de l’entreprise. La direction rejette toutefois l’idée d’une institution en crise. Son CEO, Anil Seeruttun, dénonce des « allégations infondées et sensationnalistes » et défend, au contraire, une compagnie engagée dans son redressement financier et sa modernisation.

La Mauritius Post Ltd traverse-t-elle une crise profonde ou une période de transformation rendue difficile par le manque de personnel et les mutations du secteur postal ? Deux versions diamétralement opposées s’affrontent désormais. D’un côté, un ancien haut cadre ayant récemment quitté l’entreprise affirme que les dysfonctionnements se multiplient. 

Dans un enregistrement audio d’une vingtaine de minutes, il remet sévèrement en cause la gestion de la compagnie et soutient que son propre départ n’aurait pas été totalement volontaire. « Tone ressi écarte moi depi sa poste la », affirme-t-il, avant de s’en prendre aux compétences de certains responsables. « Zot pena l’expérience dans la poste. Zot pa pe kapav manage correctement », dit-il, allant jusqu’à évoquer une situation de crise dans plusieurs bureaux.

Le chiffre qui fait polémique

L’accusation la plus spectaculaire concerne l’accumulation de courrier. Selon l’ancien cadre, quelque 550 000 lettres provenant notamment d’une banque commerciale auraient, à un moment donné, été en attente de traitement et de distribution au centre de tri de Port-Louis. 

« Ena 550 000 lettres pe dormi dans la poste », affirme-t-il. Il évoque également une valeur d’environ Rs 11 millions liée à ces envois et estime que certains courriers risquaient d’être distribués avec plusieurs semaines de retard. Ces chiffres, qui n’ont pu être vérifiés de manière indépendante, sont cependant contestés dans leur interprétation par la direction.

Contacté, le CEO Anil Seeruttun reconnaît qu’un volume important de courrier a effectivement été en attente, mais réfute l’idée d’un dysfonctionnement structurel. Il explique cette situation par un pic saisonnier, particulièrement durant la période de juin, lorsque banques et autres institutions expédient simultanément d’importantes quantités de courrier.

Selon lui, le retard a depuis été résorbé grâce notamment à l’octroi d’heures supplémentaires. Le CEO affirme également vouloir discuter avec les institutions concernées afin de mettre en place une meilleure planification des gros volumes de courrier et éviter qu’une situation similaire ne se reproduise.

Effectifs insuffisants et surcharge de travail

L’ancien cadre pointe également du doigt le manque de personnel. À Vacoas, par exemple, quatre comptoirs seraient disponibles alors qu’un seul agent serait parfois affecté au guichet. Il évoque aussi des ruptures ponctuelles de timbres. Plusieurs catégories de personnel seraient concernées par les départs : cadres, chauffeurs, facteurs, Postal Officers, Digital Service Postal Assistants et employés des finances. L’ancien responsable cite notamment les fonctions d’Accountant, HR Manager, Operation Manager et Area Manager.

Sur le terrain, cette réduction des effectifs aurait pour conséquence d’alourdir considérablement la charge des employés restants, certains devant, selon les témoignages recueillis, assumer les responsabilités normalement confiées à plusieurs personnes.

Anil Seeruttun reconnaît l’existence d’un manque d’effectifs, mais rejette  qu’il découlerait d’une politique délibérée de réduction du personnel. Selon lui, la Mauritius Post évolue dans un marché du travail devenu particulièrement difficile et peine à attirer des candidats vers certains métiers postaux. Quant aux cadres ayant quitté l’entreprise, il soutient qu’ils l’ont fait pour des raisons personnelles.

« Des allégations infondées »

Le CEO va plus loin dans sa réponse. Selon lui, les déclarations de l’ancien cadre relèveraient davantage d’un règlement de comptes que d’une analyse objective de la situation. Anil Seeruttun affirme que l’intéressé aurait démissionné pour des motifs personnels et serait aujourd’hui animé par une frustration liée à son départ. Il l’accuse également d’avoir proféré des menaces et d’avoir harcelé certains responsables de l’entreprise, avec, selon lui, des propos à caractère raciste. Il qualifie ainsi les accusations formulées contre sa gestion d’« infondées et sensationnalistes ».

Syndicats, promotions et régularisation

Cette confrontation intervient néanmoins dans un contexte social tendu. Les syndicats ont récemment saisi le ministère du Travail de plusieurs dossiers, notamment celui d’une centaine de Digital Service Postal Assistants et Assistant Postmen qui attendraient toujours leur régularisation après deux années de service.

Les représentants des travailleurs réclament également une accélération des promotions et dénoncent les conséquences que certains retards auraient pu avoir sur la carrière et les droits à pension d’employés partis à la retraite. Le dossier des congés figure également parmi leurs revendications. 

Les syndicats soutiennent que les salariés devraient bénéficier de 35 jours de congé annuel, alors que 15 jours seulement seraient actuellement accordés, et réclament les 20 jours restants.À cela s’ajoute la fermeture de plusieurs bureaux, notamment à Trianon, Cascavelle, Riche-Terre et Britannia, sur fond de contraintes financières.

La direction revendique un redressement financier

Face à ce tableau, Anil Seeruttun oppose les résultats du plan de restructuration engagé par la compagnie. Il rappelle que Mauritius Post traînait une dette bancaire et des passifs représentant plusieurs centaines de millions de roupies et affirme qu’une réduction considérable de cette dette historique a permis d’assainir les finances.

Pour l’exercice financier 2026, il avance que Rs 109 millions sont entrées dans les caisses grâce notamment à de nouvelles activités liées aux colis et à des collaborations internationales, dont Amazon, SkyNet et d’autres partenaires. La direction mise désormais sur la diversification des revenus, la digitalisation, le renforcement de la cyber-résilience et le développement de nouveaux services, notamment dans le domaine de l’assurance au comptoir.

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