Face à la presse cet après midi, 16 des 18 parlementaires du MMM ont affirmé leur intention de rester au sein du gouvernement. Réuni autour de Rajesh Bhagwan, ils n’ont pas mâché leurs mots à l’égard de Paul Bérenger.
D’emblée, Rajesh Bhagwan a affirmé que Paul Bérenger a « abandonné les militants » après de longues années de combat politique. Il affirme également que le leader mauve a perdu une partie de sa crédibilité auprès de la base. Rajesh Bhagwan dit aussi percevoir, derrière cette décision, une volonté implicite de créer de l’espace politique pour Joanna, même si son nom n’a jamais été évoqué publiquement. Il se dit par ailleurs attristé que celle-ci n’ait finalement pas rejoint l’équipe.Dans les rangs militants, la colère est palpable. « Les militants ont attendu si longtemps. Ce n’est pas maintenant qu’on doit partir », lance-t-il, convaincu que l’histoire jugera cette décision. Pour lui, cette situation crée également une forte tension dans le pays.Ajay Guness, de son côté, a tenu à saluer la présence et le soutien des 15 députés MMM, ainsi que celui de Veda Baloomoody, actuellement à l’étranger pour des soins médicaux. Il rappelle que la majorité du parti avait demandé que le MMM reste au sein de l’Alliance du Changement. Pourtant, selon lui, Paul Bérenger n’a pas suivi l’opinion majoritaire et a préféré agir selon sa propre analyse.
Ajay Guness affirme également avoir rencontré le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, afin de confirmer que l’Alliance du Changement reste intacte. Lors de cet entretien, le chef du gouvernement aurait donné des garanties claires : toute personne issue du MMM ou des militants occupant actuellement un poste pourra continuer à exercer ses fonctions sans crainte d’être écartée. Ajay Guness a aussi annoncé son intention de rencontrer les 20 comités régionaux afin d’écouter directement les militants.Adil Ameer Meeah insiste pour sa part sur la tradition démocratique du parti, où les décisions ont toujours été prises par vote. Il rappelle d’ailleurs ses désaccords passés avec Joanna Bérenger précisément sur cette question, lorsque certaines décisions étaient prises uniquement par le leader mauve. Adil Ameer Meeah affirme rester engagé pour servir la population durant les cinq années de mandat. Il annonce également qu’une assemblée générale se tiendra mercredi afin que les membres votent et décident clairement si le MMM doit rester ou non dans l’alliance gouvernementale.
Arianne Navarre Marie, militante depuis 1981 et élue lors des législatives historiques de 1982 (60-0), s’est dite attristée que la décision de la majorité du comité central — qui souhaitait rester dans l’alliance — n’ait pas été respectée. Elle rappelle qu’à plusieurs reprises dans l’histoire du parti, des responsables n’ont pas hésité à quitter leurs fonctions ministérielles lorsque la majorité des militants le décidait. Elle souligne également que le Premier ministre s’est montré attentif aux préoccupations exprimées par le MMM.Deven Nagalingum, qui a rejoint le parti en 1982 dans la circonscription No 8, a rappelé que le MMM a été élu non seulement pour écarter l’ancien pouvoir, mais aussi pour redonner prospérité et stabilité au pays. Selon lui, le parti a la responsabilité de mener cette mission à terme. Il laisse entendre que si certains poursuivent des agendas cachés, cela ne correspond pas au mandat confié par les électeurs.
Reza Uteem s’est dit profondément attristé par la situation. Il affirme avoir insisté auprès de Paul Bérenger pour qu’il reconsidère sa décision, d’autant plus que les consultations menées auprès des comités régionaux montraient un soutien clair au maintien dans le gouvernement. Selon lui, même si la situation économique est difficile et pourrait se détériorer davantage avec les tensions au Moyen-Orient, ce n’est pas le moment de se retirer, mais plutôt de travailler ensemble pour démontrer les capacités du MMM.Il a également salué l’attitude du Premier ministre, affirmant que celui-ci n’a jamais demandé à quiconque de quitter le gouvernement. La rencontre avec le chef du gouvernement a, selon lui, été très positive, et ce dernier compterait sur chaque député MMM pour poursuivre le travail engagé. Reza Uteem a aussi salué les décisions difficiles prises dans le dernier budget pour redresser une situation économique laissée très fragile par l’ancien gouvernement.Face aux interrogations, Rajesh Bhagwan a tenu à préciser qu’il n’est aucunement question de créer un nouveau parti. La question d’un éventuel vice-Premier ministre relèvera, selon lui, de la décision du Premier ministre. Il estime également que ce dernier a fait preuve d’une grande patience dans cette crise.
Ajay Guness rappelle enfin que le comité central avait officiellement demandé la semaine dernière de rester dans le gouvernement, tandis qu’Adil affirme que la décision finale de Paul Bérenger n’avait pas été partagée à l’avance avec plusieurs membres du parti, qui ont appris la nouvelle avec surprise.Dans ce contexte tendu, certains observateurs rappellent que le MMM a déjà connu plusieurs scissions importantes dans son histoire, notamment en 1982, 1983, 1993 et 1997. Pour beaucoup de militants, l’heure est désormais à la réflexion afin d’éviter qu’une nouvelle fracture ne fragilise davantage le parti.

