Ces dernières années, un constat s’impose avec une brutalité silencieuse : les maladies non transmissibles progressent, s’installent et frappent de plus en plus tôt. Diabète, maladies cardiovasculaires, insuffisance rénale… Ces pathologies ne font pas de bruit, mais elles pèsent lourdement sur les familles, sur le système de santé et sur l’économie nationale. Elles ne surgissent pas du jour au lendemain. Elles s’installent lentement, nourries par la sédentarité, la malbouffe, le stress chronique et un manque criant de prévention.
La récente décision du Cabinet d’approuver les recommandations du comité consultatif international sur les maladies cardiovasculaires, le diabète et les maladies rénales est un signal fort. Enfin, la prévention reprend la place qu’elle mérite. Demander à l’Organisation mondiale de la Santé de revoir les critères de dépistage du prédiabète et du diabète, moderniser le programme national de dépistage de la rétinopathie, mettre en place un réseau national pour la prise en charge rapide des infarctus et des AVC : ce ne sont pas de simples annonces techniques. Ce sont des décisions qui peuvent sauver des vies.
Mais au-delà des structures, des centres d’excellence et des fonds de recherche, la vraie révolution doit être culturelle. Car la santé ne commence ni à l’hôpital ni à la pharmacie. Elle commence à la maison, à l’école, dans l’assiette et dans nos habitudes quotidiennes. Introduire des programmes structurés d’éducation à la santé et au mode de vie dès le plus jeune âge est probablement l’une des mesures les plus stratégiques. Apprendre à un enfant ce qu’est une alimentation équilibrée, l’importance de l’activité physique, les dangers du sucre excessif ou du tabac, c’est investir dans une génération plus résistante aux maladies chroniques.
Nous devons aussi regarder en face une réalité dérangeante : trop souvent, nous consultons tard. Le dépistage reste sous-utilisé. Beaucoup découvrent leur diabète ou leur hypertension lors d’une complication. La mise en place d’un programme structuré de prévention du diabète, relié au dépistage national, est essentielle. Identifier les personnes à risque et les accompagner dans un programme encadré de changement de mode de vie peut faire toute la différence. La rémission du diabète de type 2 n’est plus une utopie ; elle est possible lorsque l’intervention est précoce et encadrée.
La création d’un comité interministériel sur les déterminants sociaux de la santé est également une avancée majeure. Car la santé ne dépend pas uniquement du médecin. Elle dépend du logement, de l’accès à une alimentation saine, de l’environnement, de l’éducation, du niveau de revenu. Une politique de santé moderne doit être transversale. Elle doit dépasser les murs du ministère et impliquer l’Éducation, les Collectivités locales, le Sport, l’Environnement et les Finances.
Cependant, aucune réforme ne réussira sans l’adhésion de la population. La modernisation des soins, la mise en place de réseaux d’urgence 24/7 pour les infarctus et les AVC, ou encore la prévention de la maladie rénale chronique sont des piliers indispensables. Mais la première ligne de défense, c’est chacun de nous. Marcher davantage. Réduire le sucre et le sel. Faire contrôler sa tension et sa glycémie. Écouter les signaux d’alerte de son corps.
Les maladies chroniques nous guettent, mais elles ne sont pas une fatalité. Nous avons aujourd’hui les connaissances scientifiques, les outils de dépistage et la capacité organisationnelle pour inverser la tendance. À condition d’agir maintenant.
Prendre soin de sa santé n’est pas un luxe. C’est un devoir envers soi-même, envers sa famille et envers le pays. Car une nation en bonne santé est une nation forte, productive et résiliente. Et la prévention reste, de loin, le meilleur des traitements.

