L’agriculture est aujourd’hui à un tournant. Si la production vivrière a enregistré une hausse de 8,3 % en 2024, la filière cannière poursuit son déclin et le métier de planteur reste fragilisé. Entre manque de relève, conditions de travail difficiles et coûts élevés, la sécurité alimentaire de l’île dépend plus que jamais de ces acteurs essentiels.
Les statistiques officielles montrent clairement la tendance. La production de canne à sucre a chuté de 10,5 % en 2024, passant de 2,45 millions à 2,19 millions de tonnes. Les surfaces récoltées sont passées de 35 863 à 34 759 hectares, tandis que le rendement par hectare a diminué de 68,39 à 63,17 tonnes. La production de sucre a également reculé de 5,6 %, même si le taux d’extraction a légèrement progressé.
Mais derrière ces chiffres, la réalité du terrain est plus préoccupante. Les planteurs font face à une série de contraintes : manque de main-d’œuvre, coûts élevés de production, parcelles laissées à l’abandon. On estime que 35 000 à 40 000 arpents sont actuellement inexploités. Cette année encore, certains planteurs de canne ont préféré couper et jeter leur production, jugée de trop mauvaise qualité pour être livrée aux usines.
Pour Kreepaloo Sunghoon, président de la Small Planters Association, la situation met en lumière un problème structurel. Selon lui, la canne et les cultures vivrières subissent la pression combinée du climat, de la pénurie de travailleurs et des coûts de production.
Un métier en voie d’abandon
Dans plusieurs régions, ce sont surtout des planteurs âgés qui continuent à cultiver la terre, souvent par nécessité. La relève est quasi inexistante. Les jeunes, attirés par d’autres secteurs plus rémunérateurs, se détournent de l’agriculture. Visham, planteur à Terre Rouge, raconte son quotidien : « On travaille du matin au soir, avec peu d’eau et des maladies qui détruisent les cultures. Les jeunes ne veulent pas reprendre. »
Les difficultés sont multiples : rareté de la main-d’œuvre, hausse du prix des intrants, accès limité à l’eau d’irrigation, manque d’équipements modernes et infrastructures de stockage insuffisantes. Conséquence : des terres abandonnées, des récoltes perdues et une production vivrière encore trop fragile pour assurer une véritable autonomie alimentaire.
Des cultures vivrières encourageantes mais vulnérables
Malgré tout, certaines productions vivrières montrent un dynamisme. La hausse de 8,3 % en 2024 est le signe d’une diversification réussie dans certaines exploitations. Mais cette progression reste menacée par les vols dans les champs, les maladies et le manque d’infrastructures de conservation. Un petit planteur témoigne : « Pour seulement cinq arpents cultivés, il faut énormément d’efforts pour très peu de revenus. Et quand il y a vol dans le champ, c’est encore plus décourageant. »
Un enjeu pour l’avenir
Pour Kreepaloo Sunghoon, il est urgent de repenser l’avenir du métier de planteur et d’adopter une approche globale. Cela passe par un meilleur soutien financier avec la création d’un fonds pour petits planteurs, des subventions pour l’irrigation et la mécanisation. Il plaide aussi pour une formation continue afin de moderniser les pratiques agricoles et mieux lutter contre les maladies. Il évoque également la nécessité d’une protection sociale adaptée, comprenant pensions, assurances contre les pertes et fonds de sécurité. La valorisation passe aussi par une meilleure reconnaissance sociale et économique, avec une révision des prix payés aux producteurs. Enfin, l’organisation collective à travers des regroupements ou clusters agricoles permettrait de mutualiser les coûts, partager les équipements et sécuriser le stockage.

