Uber s’impose dans le paysage : les chiffres d’Alalila défient la contestation

ByRédaction

April 27, 2026
  • Logidis : « Ce qui se faisait hier par téléphone se fait aujourd’hui, tout simplement, via une application. »

Le bras de fer est lancé. Depuis l’arrivée de la plateforme « Taxi by Alalila powered by Uber » le 25 mars dernier, le secteur du taxi à Maurice se retrouve à la croisée des chemins : s’adapter ou résister. Mais derrière le tumulte médiatique et judiciaire, un chiffre interpelle. Sur environ 1 200 chauffeurs opérant dans les zones stratégiques hôtels, aéroport, port  seuls 243 ont choisi de contester le système devant la Cour suprême. Une minorité, certes active, mais loin de représenter l’ensemble d’un secteur en mutation.

La juridiction suprême n’a d’ailleurs accordé aucune mesure conservatoire immédiate. L’affaire sera évoquée ce lundi 27 avril dans le cadre d’une audience procédurale, visant essentiellement à établir les parties en présence, notamment la National Land Transport Authority (NLTA) et Logidis. Autrement dit, le débat de fond reste ouvert. Pendant ce temps, la plateforme continue de fonctionner et de séduire.

Une dynamique déjà enclenchée

Car sur le terrain, la réalité est toute autre. En moins d’un mois, plus de 550 chauffeurs se sont déjà inscrits sur l’application, y compris parmi ceux opérant dans les zones supposées hostiles au projet. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 15 000 téléchargements et près de 100 000 ouvertures de l’application. Le marché, lui, ne semble pas attendre le verdict judiciaire pour évoluer.

Face aux inquiétudes exprimées, les autorités ont opté pour l’écoute. Un comité interministériel réunissant Anil Baichoo, Ajay Gunness et le ministre Osman Mahomed a été mis sur pied pour examiner les doléances. Une démarche d’apaisement qui traduit une volonté politique de dialogue, sans pour autant suspendre une innovation déjà en marche.

Une bataille juridique aux accents d’un autre siècle

Au cœur du litige : l’interprétation du Road Traffic Act. Les opposants estiment que la plateforme permettrait aux chauffeurs d’opérer en dehors de leur base assignée. Pourtant, cette même législation  datant de 1962  autorise déjà des déplacements hors base dans le cadre d’une course ou du retour. La réservation via application ne ferait donc qu’actualiser une pratique existante.

Du côté de Logidis, le message est limpide : il ne s’agit pas d’une rupture, mais d’une évolution. « Ce qui se faisait hier par téléphone se fait aujourd’hui via une application », résume-t-on. Mieux encore, le système de géofencing intégré à la plateforme vise à préserver les priorités territoriales des chauffeurs, notamment dans les zones sensibles comme les hôtels ou l’aéroport.

La Commission de la concurrence ne dit pas autre chose. Dans son Digital Market Report 2026, elle identifie clairement le modèle actuel des bases comme un frein à l’efficacité du secteur, appelant à une modernisation pour améliorer l’accès et réduire les coûts.

Des intérêts en jeu, au-delà des principes

Derrière les arguments juridiques, c’est aussi une question d’équilibre économique qui se dessine. Les chauffeurs opposés à la plateforme exercent majoritairement dans les zones les plus rentables du pays, bénéficiant d’un flux constant de touristes. Certains évoluent au sein de structures organisées, où des commissions sont prélevées sur les courses.

La plateforme vient bousculer cet écosystème en supprimant les intermédiaires et en offrant une visibilité directe aux chauffeurs. Un bouleversement qui redistribue les cartes, mais qui ouvre également de nouvelles perspectives. Pour ceux qui choisissent d’y adhérer, il ne s’agit pas de remplacer un modèle, mais de le compléter.

Un problème structurel longtemps ignoré

Mais au-delà de ce débat, une réalité plus profonde émerge : celle d’un manque d’accessibilité du service de taxi pour la population locale. Malgré près de 7 000 licences PSVL en circulation, de nombreux Mauriciens peinent encore à trouver un taxi, notamment en dehors des zones touristiques.

Le cas de Cassis en est une illustration frappante. Dans une correspondance adressée au ministère des Transports terrestres, Olivier Bancoult a récemment dénoncé l’absence de taxis après 16 heures, alors même que 39 licences sont officiellement rattachées à cette base. Une situation symptomatique d’un système où les licences ne correspondent plus toujours à une activité réelle.

La question dépasse désormais le simple cadre juridique. Elle interroge le modèle de développement que Maurice souhaite adopter. Faut-il protéger des avantages acquis au détriment de l’intérêt collectif ? Ou accompagner une transformation qui répond aux besoins d’une population en quête de mobilité plus fluide et accessible ?

Une chose est sûre : en 2026, il devient difficile de réguler un secteur en pleine mutation avec des outils conçus en 1962. Et encore plus de freiner une évolution déjà adoptée par des centaines de professionnels et des milliers d’usagers.