Premier vice-président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Côte d’Ivoire (CCI-CI), Zoumana Coulibaly incarne la voix d’un secteur privé ambitieux, tourné vers la transformation des matières premières et l’intégration économique régionale. Dans cet entretien accordé au Journal du Dimanche, il revient sur son parcours, le rôle stratégique de la Côte d’Ivoire en Afrique de l’Ouest et son appel lancé aux investisseurs. L’intégralité de cet entretien est à retrouver dans le premier numéro de notre magazine Business in Africa.
Vous êtes aujourd’hui Premier vice-président de la CCI-CI. Comment en êtes-vous arrivé à ce poste ?
Je suis entrepreneur avant tout. J’ai fondé Agir CI, une société spécialisée dans le transport de marchandises, les travaux publics et le transport urbain et interurbain. Mon parcours au sein de la CCI-CI a débuté en 2002, lorsque Jean-Louis Billon m’a sollicité pour présenter la problématique du transport au gouvernement. Ce fut mon premier engagement dans l’institution. Par la suite, Nicolas Djibo puis Faman Touré m’ont encouragé à prendre des responsabilités. En 2022, j’ai été élu Premier vice-président aux côtés de M. Touré. C’est un chemin fait de travail, d’écoute et de conviction que le secteur privé est le moteur d’un État fort.
Quelle place occupe la Côte d’Ivoire dans l’intégration économique africaine ?
La Côte d’Ivoire est aujourd’hui la locomotive de l’Afrique de l’Ouest. Avec un taux de croissance de 6 à 7 % et un PIB estimé à 85 milliards de dollars, notre pays joue un rôle central. Nous sommes le premier producteur mondial de cacao et de noix de cajou, le troisième pour le café. Cette puissance agricole, combinée à une économie libérale ouverte, fait de nous une plateforme incontournable de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Notre ambition est claire : transformer nos atouts en leviers d’intégration régionale et de création de valeur.
« La Côte d’Ivoire est la locomotive de l’Afrique de l’Ouest »
Quels sont les atouts spécifiques des entrepreneurs ivoiriens sur la scène régionale et mondiale ?
Nos entrepreneurs bénéficient d’un leadership reconnu en Afrique de l’Ouest. Grâce à nos secteurs extractifs, agricoles, agro-industriels et à notre potentiel en énergies renouvelables, nous avons une base solide. Ces atouts offrent aux chefs d’entreprise ivoiriens une capacité de compétition internationale.
Quels sont les secteurs qui présentent le plus de potentiel pour l’avenir ?
Trois domaines concentrent les opportunités :
- Les industries extractives et minières, en plein essor ;
- L’agriculture, où nous passons progressivement de la simple production à la transformation locale du cacao, du café et de la noix de cajou ;
- La jeunesse, car cette industrialisation générera des milliers d’emplois.
La transformation des matières premières est une étape décisive : c’est elle qui fera passer la Côte d’Ivoire du statut de fournisseur brut à celui de puissance industrielle africaine.
Quelles réformes prioritaires faut-il accélérer pour renforcer le climat des affaires ?
La priorité, c’est la jeunesse. La moyenne d’âge en Côte d’Ivoire se situe entre 18 et 40 ans. Le défi est de leur offrir formation, encadrement et opportunités. Des initiatives comme le projet emploi jeune ou l’école de la deuxième chancevisent à structurer cette relève entrepreneuriale.
« Miser sur la jeunesse et la transformation des matières premières »
Quel rôle joue la Côte d’Ivoire dans la ZLECAf et comment ses entreprises peuvent-elles en profiter ?
La ZLECAf représente un marché de 1,4 milliard de consommateurs. Pour en tirer parti, nous développons des corridors logistiques : Abidjan-Lagos, Abidjan-Bamako, Abidjan-Niamey. L’objectif est de simplifier les contrôles, fluidifier les échanges et offrir aux PME un accès plus direct aux marchés régionaux. C’est une transformation structurelle : de simples routes commerciales, nous passons à de véritables autoroutes de l’intégration africaine.
Quelles barrières freinent encore le commerce intra-africain ?
Le principal obstacle est la méconnaissance des normes internationales. Beaucoup de nos PME – qui représentent 80 % du tissu économique – ne maîtrisent pas les standards exigés par l’Union européenne ou d’autres marchés. Nous devons donc investir massivement dans la formation et la structuration des entreprises locales.
Comment renforcer les synergies entre la Côte d’Ivoire et l’Île Maurice pour promouvoir le « Made in Africa » ?
Il faut multiplier les missions économiques croisées. Maurice est un hub financier et logistique, la Côte d’Ivoire une puissance agricole et industrielle. Ensemble, nos PME peuvent bâtir un vrai label africain. La clé, c’est la formation et la circulation des savoirs.
« Investisseurs, rejoignez-nous pour préparer 2030 »
Quels partenariats stratégiques la Côte d’Ivoire recherche-t-elle aujourd’hui ?
Nous cherchons avant tout des partenariats industriels. Notre objectif est clair : développer des usines de transformation sur place pour exporter des produits finis plutôt que des matières brutes. Cela concerne l’Europe, l’Asie comme le Golfe.
La diaspora ivoirienne peut-elle jouer un rôle clé ?
Oui, un rôle essentiel. Le gouvernement a déjà adopté des lois pour faciliter son retour. Nous voulons mobiliser leurs compétences et expériences internationales. Recruter des cadres de la diaspora permet d’introduire des bonnes pratiques internationales dans notre écosystème local.
Comment concilier développement rapide et inclusion sociale ?
Cela passe par les PME, qui représentent 80 % de l’économie, et par l’autonomisation des femmes entrepreneures. Aujourd’hui déjà, 60 % des PME sont dirigées par des jeunes. Nous voulons que ce tissu économique soit encore plus inclusif, soutenu par l’économie numérique et les nouvelles technologies.
Quels sont vos objectifs prioritaires pour les deux prochaines années à la CCI ?
Structurer, encadrer et former nos PME. C’est là que se joue l’avenir. Nous devons préparer ces entreprises aux marchés internationaux, leur donner les outils pour être compétitives.
Quel message adressez-vous aux investisseurs étrangers ?
Je leur dis : la Côte d’Ivoire est prête. Avec une croissance de 6-7 % et un PIB de 80 milliards de dollars, nous sommes sortis des crises pour devenir la locomotive de la sous-région. Premier producteur mondial de cacao et de noix de cajou, troisième de café, nous vous offrons des opportunités uniques.

