Edito : Avons-nous échoué à prévoir ?

ByRédaction

October 6, 2026

À chaque période sèche, le même rituel recommence. Nous scrutons le ciel, surveillons les
pourcentages de remplissage des réservoirs et espérons quelques jours de fortes pluies.
Puis, lorsque les niveaux remontent, l’inquiétude disparaît progressivement. Jusqu’à la
prochaine alerte. Mais cette fois, une question mérite d’être posée sans détour : avons-nous
échoué à prévoir ?

Mare-aux-Vacoas était à 37,6 % de sa capacité au 27 septembre. La Central Water Authority
estime que, si la tendance se poursuit, le principal réservoir du pays pourrait atteindre son
seuil critique de 20 % vers la fin novembre. Quelque 150 000 consommateurs dépendent
directement de cette ressource dans les Plaines-Wilhems, à Moka et dans une partie de
Rivière-Noire.Ce ne sont plus de simples statistiques. C’est un avertissement.
Le changement climatique n’est plus une théorie réservée aux conférences internationales.
Il s’exprime désormais dans notre quotidien : saisons perturbées, chaleur plus intense,
précipitations irrégulières et périodes sèches prolongées. El Niño vient encore accentuer
cette vulnérabilité.Mais précisément : puisque nous savons tout cela, pourquoi sommes-
nous encore aussi dépendants du prochain épisode pluvieux ? Il serait trop facile de tout
mettre sur le dos du climat. On ne peut pas empêcher une sécheresse. On peut, en
revanche, préparer un pays à y résister. C’est là que notre modèle doit être interrogé.

Pendant longtemps, nous avons considéré l’eau comme une ressource presque acquise. On
ouvre le robinet, elle coule. Cette certitude appartient peut-être déjà au passé.
Nous devons désormais considérer l’eau comme une infrastructure stratégique, au même
titre que l’énergie, les routes ou les télécommunications.Cela signifie d’abord arrêter de
chercher une solution miracle.

Le dessalement peut faire partie de la réponse, mais il est coûteux et énergivore. La
récupération des eaux pluviales peut soulager le réseau, mais elle dépend précisément de la
pluie. Les forages peuvent fournir un appoint, mais les nappes phréatiques ne sont pas

inépuisables. Construire davantage de réservoirs n’a de sens que si les précipitations
permettent de les remplir. La réponse doit donc être un bouquet de solutions.

Singapour a fait de la réutilisation de l’eau un pilier de sa sécurité hydrique. Israël a
développé simultanément dessalement, recyclage et irrigation efficiente. Malte, autre
territoire insulaire confronté à des ressources naturelles limitées, s’appuie également sur le
dessalement. Pourquoi Maurice ne lancerait-elle pas son propre plan de sécurité hydrique
sur vingt ans ? Il pourrait commencer par une mesure simple : rendre progressivement
obligatoire la récupération des eaux pluviales dans les nouvelles constructions d’une
certaine taille. Une maison, un immeuble, une usine ou un centre commercial pourrait
disposer d’un circuit destiné à l’arrosage, au nettoyage ou à d’autres usages ne nécessitant
pas forcément de l’eau potable.

Deuxième chantier : réutiliser davantage l’eau que nous avons déjà payée pour traiter. Les
eaux usées correctement traitées peuvent servir à certains usages agricoles, industriels et
paysagers au lieu de mobiliser systématiquement de l’eau potable. Troisième urgence : les
pertes du réseau. Avant de chercher toujours plus d’eau, il faut s’assurer que celle que nous
possédons arrive effectivement jusqu’au consommateur. Chaque fuite importante réparée
représente une ressource supplémentaire sans construire un seul nouveau réservoir.Et puis,
oui, il faut étudier sérieusement le dessalement.

Pas dans la panique lorsque Mare-aux-Vacoas approche de 20 %, mais froidement : coûts,
capacité, consommation énergétique, implantation, énergie solaire, impact
environnemental et possibilités de distribution.Enfin, nous avons tous une responsabilité.
On ne peut pas réclamer des milliards de roupies d’investissements publics et continuer
parallèlement à utiliser de l’eau potable comme si elle était illimitée.Cette crise doit donc
provoquer autre chose que des restrictions. Elle doit provoquer un changement de culture.
Notre véritable richesse n’est pas seulement l’eau disponible aujourd’hui. C’est notre
capacité à garantir celle de demain.

Nous sommes une île. La mer nous entoure, mais elle ne coule pas de nos robinets. La pluie
tombe, mais de manière de moins en moins prévisible.Nous ne maîtrisons ni la pluie ni le

climat. Ce que nous maîtrisons encore, c’est notre capacité à prévoir. Et si, dans dix ans,
nous nous retrouvons encore à regarder désespérément le ciel en attendant que nos
réservoirs se remplissent, nous ne pourrons plus dire que nous ne savions pas.

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