L’Afrique dispose d’un potentiel économique considérable, mais un défi majeur demeure : faire le lien entre les opportunités présentes sur le continent et les investisseurs capables de les financer. C’est l’un des messages forts de la ministre des Services financiers et de la Planification économique, Jyoti Jeetun, lors de la 2ᵉ African Annual Conference on Credit Ratings, ce lundi 5 octobre à Maurice.
La ministre a souligné que l’Afrique connaît une dynamique de croissance importante. Selon les chiffres cités lors de son intervention, le continent a enregistré une croissance de 4,5 % en 2025, contre 3,4 % au niveau mondial. Parmi les 22 économies affichant une croissance supérieure à 6,5 %, 10 sont africaines.
Mais cette dynamique s’accompagne d’importants besoins de financement. Sur les 54 pays africains, environ 32 disposent d’une notation souveraine auprès des principales agences internationales. Seuls trois pays — le Botswana, Maurice et le Maroc — bénéficient actuellement d’une notation investment grade.
Pour Jyoti Jeetun, les notations de crédit jouent un rôle important dans la manière dont les investisseurs évaluent les marchés et dans le coût auquel les États et les entreprises peuvent accéder aux capitaux. Mais elles ne constituent qu’un élément d’une équation plus large.
La ministre insiste notamment sur la nécessité de renforcer les fondamentaux macroéconomiques, la transparence, la qualité des institutions et les marchés financiers afin de réduire les risques perçus et de favoriser des conditions de financement plus favorables.
Elle estime également que l’Afrique doit approfondir ses marchés de capitaux. Ceux-ci pourraient permettre de mobiliser davantage de financements à long terme pour les infrastructures, les entreprises, l’innovation et les projets liés à la transition énergétique.
« Les opportunités sont là. L’intérêt des investisseurs est là. Mais ce qui manque, c’est la capacité du marché à connecter les opportunités et les investisseurs, notamment en raison d’un manque d’information », a-t-elle expliqué dans son intervention.
Dans cette dynamique, Maurice entend jouer un rôle de plateforme financière pour l’investissement en Afrique. La ministre a rappelé l’importance de l’écosystème mauricien dans les domaines des fonds d’investissement, de la banque, de la gestion de patrimoine et des services liés aux marchés de capitaux.
Elle a également mis en avant les accords fiscaux et les accords de promotion et de protection des investissements, qui apportent davantage de prévisibilité aux investisseurs opérant dans plusieurs juridictions.
Cette orientation s’inscrit dans la stratégie du secteur financier et dans la Vision 2050, qui vise notamment à porter l’économie mauricienne à 50 milliards de dollars d’ici 2050.
Pour Jyoti Jeetun, l’enjeu n’est donc pas seulement d’identifier les risques, mais de trouver les moyens de les réduire afin de permettre aux capitaux de circuler davantage vers les projets et secteurs porteurs du continent.
La conférence se poursuit autour d’une question centrale : comment passer de la reconnaissance des risques à leur réduction et, finalement, à des investissements à grande échelle en Afrique ?

