- Du fond de sa cellule, Jean-Noël Ferry brise le silence : « Je suis innocent »
Le Journal du Dimanche avait levé le voile sur cette affaire en 2025, vidéos et éléments exclusifs à l’appui. Des mois plus tard, le verdict est tombé à Madagascar : quinze ans de prison pour Jean Benjamin Albert, Jean Marc Édouard et Jean-Noël Ferry. Mais derrière cette condamnation se cache une affaire aux multiples zones d’ombre : une cargaison présumée de 60 kilos de cocaïne, seulement 16,45 kilos retrouvés, un bateau à la dérive pendant près de 25 jours et des ramifications jusqu’à Maurice. Surtout, une question reste entière : Jean-Noël Ferry était-il réellement un trafiquant ou avait-il infiltré le réseau pour renseigner les autorités mauriciennes, comme il l’affirme depuis le début ?
Le verdict est tombé le jeudi 1er octobre. Après plusieurs mois de détention et une procédure suivie avec attention depuis Maurice, Jean Benjamin Albert, Jean Marc Édouard et Jean-Noël Ferry ont chacun écopé de quinze ans de prison pour leur implication dans une affaire de trafic international de drogue. Une lourde condamnation qui marque une étape importante dans ce dossier révélé et suivi par le JDD depuis 2025. Mais le jugement malgache est loin d’avoir dissipé toutes les zones d’ombre entourant cette affaire.
Car derrière ces trois condamnations se dessine un dossier beaucoup plus vaste. Les investigations font apparaître un réseau présumé aux ramifications internationales, reliant notamment Madagascar et Maurice, avec d’autres pistes évoquées au cours de l’enquête. Plusieurs noms apparaissent également dans les éléments recueillis : Jean Lino Albert, Wendip Appaya, Kevin, « Vida Loca » ainsi que différents protagonistes malgaches. Au centre de ce puzzle se trouve surtout Jean-Noël Ferry, 47 ans, habitant Petit-Raffray, qui a toujours contesté avoir participé au trafic pour son propre compte. Sa version est tout autre : il affirme avoir infiltré le réseau dans le but de transmettre des informations aux autorités mauriciennes.
Une cargaison de 60 kilos et un voyage qui tourne mal
Selon les éléments du dossier, environ 60 kilos de cocaïne devaient rejoindre Maurice depuis Madagascar à bord d’une embarcation partie de Toamasina. Mais le bateau tombe en panne au large de Mananjary et reste à la dérive pendant près de 25 jours avant d’être remorqué jusqu’à Fort-Dauphin. La cargaison aurait ensuite poursuivi sa route par voie terrestre vers Antananarivo.Les autorités malgaches finissent par intercepter 16,45 kilos de cocaïne répartis dans 27 paquets. Une question demeure : où sont passés les plus de 40 kilos manquants ? Les arrestations s’enchaînent ensuite : Jean-Noël Ferry est interpellé le 27 janvier 2025 à Antananarivo, Jean Benjamin Albert et sa compagne le 8 février à Alasora, puis Jean Marc Édouard le 10 février à Toamasina. Au total, neuf personnes sont arrêtées dans le cadre de cette affaire.
Ferry affirme avoir infiltré le réseau
C’est cependant avec le cas de Jean-Noël Ferry que le dossier prend une dimension particulière. Depuis son arrestation, le Mauricien soutient qu’il n’était pas un trafiquant agissant pour son propre compte, mais qu’il avait pénétré le réseau afin de recueillir des renseignements et de les transmettre aux autorités mauriciennes. Selon les informations recueillies à l’époque, Ferry aurait été en possession de plusieurs éléments concernant le fonctionnement du réseau. Il aurait alors pris contact avec un sergent de l’ADSU à Grand-Baie et lui aurait transmis des vidéos, des enregistrements, des noms ainsi que des informations sur certains itinéraires. Un sergent de l’ADSU contacté par notre rédaction avait confirmé avoir reçu des renseignements de Ferry et les avoir transmis à sa hiérarchie.
Selon ce témoignage, un dispositif devait permettre aux autorités d’intervenir lorsque Ferry signalerait le départ de la cargaison. Mais l’opération n’a manifestement pas connu le dénouement attendu. Ferry est finalement arrêté à Madagascar et se retrouve lui-même poursuivi comme membre du trafic qu’il affirme avoir voulu infiltrer. C’est à partir de là qu’apparaît l’une des principales interrogations du dossier : les autorités malgaches ont-elles été officiellement informées de la collaboration que Ferry affirme avoir entretenue avec des policiers mauriciens ?
Le statement du sergent Agathe au cœur des interrogations
Pour les proches de Jean-Noël Ferry, un élément important permettant d’éclaircir cette question se trouverait à Maurice. Selon les informations recueillies par le JDD, un sergent aurait fourni un statement à la FCC concernant les informations que Ferry aurait transmises aux forces de l’ordre. Pour son entourage, ce témoignage est essentiel puisqu’il pourrait confirmer qu’un contact existait effectivement entre Ferry et les autorités avant son arrestation à Madagascar. L’existence de contacts avec la police mauricienne ne suffit pas, à elle seule, à remettre en cause la condamnation de Ferry. Mais ses proches estiment que ces éléments auraient dû être officiellement transmis aux autorités malgaches afin d’éclairer son rôle. Ils dénoncent aujourd’hui une véritable « trahison », estimant que la police mauricienne n’aurait pas suffisamment agi pour faire connaître son statut revendiqué d’informateur.
Bruno Laurette avait également entrepris des démarches
Un autre épisode vient renforcer les interrogations. Bruno Laurette avait entrepris des démarches afin que Jean-Noël Ferry puisse bénéficier d’une entraide judiciaire, ou Mutual Legal Assistance. Selon nos informations , cette initiative n’aurait toutefois pas abouti à une intervention concrète susceptible de modifier la situation judiciaire du Mauricien devant les autorités malgaches. Cette situation pose désormais une question plus large : lorsqu’un Mauricien détenu à l’étranger affirme avoir collaboré avec les forces de l’ordre de son pays et que des policiers seraient susceptibles de confirmer l’existence de contacts, à qui revient la responsabilité de transmettre officiellement ces informations à la justice étrangère ? C’est précisément ce que les proches de Ferry souhaitent désormais voir clarifié.
Jean Lino Albert et Wendip Appaya, autres pièces du puzzle
Le dossier ne se limite pas aux trois Mauriciens condamnés. Le nom de Jean Lino Albert apparaît à plusieurs reprises dans les éléments recueillis autour de cette affaire. Le JDD avait notamment rapporté que des informations provenant de Madagascar faisaient état de sa présence dans un hôtel d’Antananarivo et de son implication présumée dans certains aspects logistiques entourant la cargaison. En janvier 2026, la FCC a arrêté Jean Lino Albert à Maurice dans le cadre d’une enquête distincte pour blanchiment d’argent. Les enquêteurs se sont notamment intéressés à ses biens ainsi qu’à son déplacement à Madagascar avec Wendip Appaya en janvier 2025. Jean Lino Albert a par la suite obtenu la liberté conditionnelle en juin après s’être acquitté de trois cautions de Rs 100 000 chacune. Wendip Appaya avait, pour sa part, séjourné à Madagascar du 25 au 27 janvier 2025, soit quelques jours seulement avant les premières arrestations et la saisie de cocaïne. Les enquêteurs mauriciens ont cherché à déterminer s’il existait un lien entre ce déplacement et le trafic présumé. L’affaire s’est ainsi progressivement étendue jusqu’à Maurice, où les investigations ont porté sur les flux financiers, certains véhicules de luxe et les relations entre différents protagonistes
Jean-Noël Ferry clame son innocence dans une lettre à sa famille
La condamnation de Jean Benjamin Albert, Jean Marc Édouard et Jean-Noël Ferry à quinze ans de prison constitue un tournant majeur dans cette affaire. Mais pour Ferry, le combat judiciaire pourrait se poursuivre en appel. Il est le seul des trois à avoir plaidé non coupable et entendrait continuer à défendre la même version : celle d’un homme qui n’aurait pas participé au réseau pour s’enrichir, mais qui l’aurait infiltré afin de renseigner les autorités. Dans une lettre adressée à sa famille depuis Madagascar, Ferry réaffirme sa version des faits et assure qu’il n’était pas un trafiquant. Il maintient avoir agi dans le but de fournir des renseignements sur les activités du réseau. Ses proches affirment que des informations auraient effectivement été communiquées à des membres de la police mauricienne avant son arrestation.

