À Rrodrigues : Allocations de mauvais temps : morts et « bénéficiaires fantômes » sur les listes ? 

ByRédaction

October 5, 2026
  •  Des gardes-pêche interrogés « under warning » par les enquêteurs de la FCC cette semaine

Des allocations versées à des personnes non admissibles ? Des bénéficiaires fictifs, voire décédés, sur les listes ? Des contrôles contournés ? La FCC passe le système au crible. Selon le JDD, une dizaine de personnes, dont des gardes-pêche, devraient être interrogées « under warning » cette semaine. Jusqu’où remonteront les enquêteurs ?

À l’approche des élections à Rodrigues, un parfum de soupçons plane sur le système des allocations de mauvais temps destinées aux pêcheurs. La Financial Crimes Commission (FCC) s’intéresse désormais de près à de possibles irrégularités dans l’attribution de ces fonds publics et aux mécanismes de contrôle entourant les bénéficiaires. Selon les informations du Journal du Dimanche (JDD), une dizaine de personnes devraient être interrogées « under warning » cette semaine, parmi lesquelles des gardes-pêche. Au cœur des vérifications : des allocations auraient-elles été versées à des personnes qui ne remplissaient pas les critères requis ? Des contrôles auraient-ils été contournés ou facilités ?

L’affaire pourrait surtout dépasser quelques cas isolés. Notre confrère Kozé Rodrigues évoque l’existence présumée d’un « cercle » qui aurait accaparé le système. Registres, cartes de pêcheur, listes de bénéficiaires et paiements devraient désormais être passés au crible afin de déterminer l’ampleur réelle des anomalies présumées et d’établir si plusieurs intervenants ont pu agir de concert.

Qui se cache derrière les « bénéficiaires fantômes » ?

L’un des aspects les plus sensibles du dossier concerne l’identité des bénéficiaires.

Selon les informations recueillies par le JDD, des allocations auraient été versées au nom de personnes décédées. Des cas de bénéficiaires qui n’exerceraient pas réellement le métier de pêcheur sont également signalés. La FCC devra vérifier ces informations en confrontant les listes de paiements aux données d’état civil, aux dossiers individuels des pêcheurs et aux registres utilisés pour déterminer leur admissibilité aux allocations. À ce stade, il appartient à l’enquête d’établir si ces paiements ont effectivement été effectués, pendant quelle période et dans quelles circonstances.

Des cartes estampillées sans présence du pêcheur ?

Les investigations portent également sur le système d’identification et de suivi des pêcheurs. Affectés aux différentes régions, les gardes-pêche jouent un rôle central dans ce dispositif de contrôle. Ils assurent notamment le suivi de l’activité des pêcheurs et consignent les informations relatives à leur présence et à leurs sorties en mer. Ces données permettent ensuite aux services compétents de vérifier leur situation et leur admissibilité aux allocations de mauvais temps. Ces données peuvent intervenir dans le traitement des allocations accordées lorsque les conditions météorologiques empêchent les sorties en mer. Or, plusieurs témoignages font état de cartes de pêcheur qui auraient été estampillées alors que leurs titulaires n’exerçaient pas régulièrement une activité de pêche. D’autres informations évoquent des cartes qui auraient été regroupées, récupérées par des tiers puis présentées pour estampillage sans que leurs titulaires soient nécessairement présents. 

Des gardes-pêche appelés à s’expliquer

L’interrogatoire de certains gardes-pêche est considéré comme primordial pour la suite de l’enquête. Leur rôle retient particulièrement l’attention de la FCC en raison de leur intervention dans le dispositif de contrôle et de suivi des pêcheurs. Les enquêteurs chercheraient notamment à déterminer si des cartes ont pu être estampillées en l’absence de leurs titulaires et si de telles pratiques auraient permis à certaines personnes de continuer à apparaître comme admissibles aux allocations de mauvais temps. Les auditions prévues cette semaine devraient permettre à la FCC de confronter les explications des personnes concernées aux documents administratifs et financiers déjà recueillis. 

Interrogés dans le cadre de notre enquête , certains pêcheurs préfèrent ne pas piper mot sur les irrégularités présumées entourant les allocations de mauvais temps. D’autres acceptent de parler, mais avec beaucoup de prudence et, pour certains, sous couvert d’anonymat , « tout est possible », lâche l’un d’eux. Un autre pêcheur affirme que les pratiques aujourd’hui évoquées ne seraient pas récentes et qu’elles seraient connues depuis longtemps dans certains milieux. Cette affaire est suivie de près aussi bien à Rodrigues qu’à Port-Louis.

Rs 800 par jour de mauvais temps

À Rodrigues comme à Maurice, l’allocation de mauvais temps (Bad Weather Allowance) est destinée aux pêcheurs artisanaux enregistrés qui ne peuvent pas prendre la mer en raison de mauvaises conditions météorologiques. Le montant de l’allocation est de Rs 800 par jour de mauvais temps pour le pêcheur remplissant les critères d’admissibilité.

Le principe est précis : le bénéficiaire doit être enregistré comme pêcheur et détenir une carte valide. Son activité et sa présence font l’objet de contrôles. Une journée de mauvais temps est déterminée en fonction de l’état de la mer et des informations météorologiques officielles. Le paiement est effectué pour les journées reconnues comme impropres à la pêche, sous réserve que le pêcheur remplisse les conditions prévues.

C’est précisément cette chaîne de contrôle qui intéresse aujourd’hui les enquêteurs à Rodrigues : identité du bénéficiaire, carte de pêcheur, activité réelle, présence enregistrée, journées déclarées de mauvais temps et paiements effectués. À Rs 800 par jour et par bénéficiaire, d’éventuelles inscriptions fictives ou des paiements effectués au nom de personnes non admissibles pourraient rapidement représenter des sommes importantes lorsque les versements sont cumulés sur plusieurs mois ou plusieurs années

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