Affaire des Rs 114 millions : de la charge provisoire au « main case », la FCC s’approche d’un tournant décisif

ByRédaction

July 20, 2026

Près d’un an et demi après l’ouverture de l’enquête sur la saisie de près de Rs 114 millions en espèces, l’affaire impliquant l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth semble entrer dans une phase décisive. Appuyée par d’anciens enquêteurs de Scotland Yard, la Financial Crimes Commission (FCC) intensifie ses investigations afin de finaliser un dossier qui pourrait prochainement être transmis au Directeur des poursuites publiques (DPP) en vue d’un éventuel dépôt du « main case ».

Après plusieurs mois de perquisitions, d’auditions, d’analyses financières et d’expertises médico-légales, la Financial Crimes Commission semble désormais s’approcher d’un tournant majeur.Selon les informations disponibles, les enquêteurs s’emploient actuellement à finaliser plusieurs volets techniques du dossier. Certaines dépositions doivent encore être complétées, tandis que les dernières analyses forensiques et financières sont attendues avant la clôture définitive de l’enquête. Une fois ces étapes achevées, le dossier pourrait être soumis au Directeur des poursuites publiques, seul habilité à décider de l’opportunité d’engager des poursuites formelles.

Par ailleurs , la Financial Crimes Commission a renforcé ses moyens d’enquête.Répondant récemment à une question parlementaire, le Premier ministre Navin Ramgoolam a confirmé que d’anciens enquêteurs de Scotland Yard assistent désormais la Commission dans certaines affaires complexes de criminalité financière. Cette collaboration s’inscrit dans la volonté affichée par la FCC de présenter des dossiers solidement documentés, reposant sur des preuves matérielles, des analyses financières approfondies et des témoignages corroborés, afin de limiter tout risque de fragilisation lors des procédures judiciaires.

La FCC concentre ses efforts sur la finalisation complète de son dossier

Depuis février 2025, l’ancien Premier ministre fait l’objet d’une accusation provisoire de blanchiment d’argent. Dans le système judiciaire , une charge provisoire permet aux enquêteurs de poursuivre leurs investigations tout en maintenant le suspect sous le contrôle de la justice. Elle ne constitue toutefois pas une accusation définitive et ne préjuge en rien de la culpabilité de la personne concernée, qui bénéficie pleinement de la présomption d’innocence.

Le passage au « main case » constitue une étape bien différente. Il intervient uniquement lorsque les enquêteurs estiment disposer d’un dossier suffisamment solide pour être présenté devant les tribunaux. Avant toute poursuite formelle, le Directeur des poursuites publiques devra examiner l’ensemble des éléments réunis afin de déterminer si les preuves offrent une perspective raisonnable de condamnation et si l’intérêt public justifie l’ouverture d’un procès.

Au fil des mois, les investigations se sont considérablement étoffées.Lors de différentes audiences devant le tribunal, la FCC a indiqué avoir déjà recueilli 91 dépositions et entendu 68 témoins, tout en précisant que plusieurs vérifications demeuraient toujours en cours.

Ces chiffres illustrent l’ampleur d’une enquête qui dépasse largement la simple découverte des valises contenant de l’argent liquide. Les enquêteurs cherchent notamment à retracer l’origine des fonds, leur circulation, leurs éventuels bénéficiaires ainsi que les responsabilités pénales susceptibles d’être engagées.

Le témoignage clé de Josian Deelawon

L’enquête trouve son origine dans une série de perquisitions menées par la FCC en février 2025.Les enquêteurs découvrent d’abord une valise contenant environ Rs 5,5 millions au domicile de Chandradeo Oomah. Peu après, deux autres valises ainsi qu’un sac renfermant près de Rs 109 millions en devises locales et étrangères sont saisis au domicile de Josian Deelawon.Plusieurs documents portant les noms de Pravind Jugnauth et de son épouse, Kobita Jugnauth, sont également retrouvés lors des opérations.Ces éléments matériels constituent une partie importante des pièces sur lesquelles repose l’enquête.

L’un des éléments les plus sensibles du dossier demeure le témoignage de Josian Deelawon, Chief Executive Officer de My Holidays Ltd et dirigeant de MyGroup.

Selon les éléments communiqués dans le cadre de l’enquête, il aurait déclaré aux enquêteurs que Pravind Jugnauth lui avait confié les valises contenant ces importantes sommes d’argent afin qu’il les conserve. Il aurait également affirmé que celles-ci lui avaient été remises par Devianee Ramchurn.Ces déclarations occupent une place centrale dans le dossier. Elles devront toutefois être corroborées par d’autres éléments de preuve objectifs et pourront être contestées dans le cadre d’un débat contradictoire si des poursuites sont finalement engagées.

Les conditions de la liberté sous caution maintenues

Après son arrestation le 15 février 2025, Pravind Jugnauth avait obtenu sa remise en liberté sous caution sous plusieurs conditions, notamment l’interdiction d’entrer en contact avec les témoins ou les témoins potentiels de l’enquête. En mai dernier, il avait sollicité un assouplissement de ces restrictions, faisant valoir que plusieurs personnes de son entourage avaient également été entendues par la FCC, compliquant ainsi ses relations personnelles et politiques.La magistrate Bheema Bhoyroo a toutefois rejeté cette demande, estimant que la motion ne relevait pas des dispositions légales permettant une révision des conditions imposées lors de sa remise en liberté.

Pravind Jugnauth, lui, continue de dénoncer ce qu’il qualifie de « persécution politique ». Lors d’une récente sortie publique, le leader du MSM a affirmé que plusieurs figures de l’opposition étaient ciblées pour des raisons politiques, ajoutant qu’il aurait été informé qu’il serait « le prochain sur la liste ».

De son côté, la Financial Crimes Commission affirme mener son enquête exclusivement sur la base des preuves recueillies. Elle souligne que ses investigations reposent sur les sommes saisies, les documents découverts, les analyses financières et forensiques ainsi que les témoignages collectés, dans le strict respect de la loi.

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