- Voyages arrangés sous couvert professionnel : sa directrice au cœur du scandale
- Le système mis à nu : un témoin explique comment tout fonctionnait
Le scandale entourant les billets gratuits distribués par la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), dans le cadre d’un accord de partenariat avec Air Mauritius, ne cesse de prendre de l’ampleur. Après nos révélations de la semaine dernière, l’affaire s’enfonce désormais dans un réseau complexe reliant l’île Maurice à la France, où se multiplient les soupçons d’abus de pouvoir, de détournements de fonds publics et de voyages personnels organisés sous couvert de missions professionnelles.
Un contrat de relations publiques au cœur de la controverse
L’ancien directeur de la MTPA, Avinash Teelock, s’est présenté à la Financial Crime Commission (FCC) pour signaler des transactions suspectes impliquant la firme française Interface Tourism, dirigée par Marion Granat. Cette société, chargée de la représentation de Maurice sur le marché français et européen, percevait environ 16 000 euros par mois de la part de la MTPA dans le cadre d’un contrat approuvé à l’époque où l’institution était sous la direction d’Ashvin Bundhun et Bala Boodhun.
Ce dossier avait déjà attiré l’attention du Parquet National Financier (PNF) à Paris, qui enquête sur plusieurs éléments suspects liés à ce partenariat. Le 27 août 2025, un haut cadre d’Interface Tourism aujourd’hui rebaptisée Hopscotch Tourism France a en effet déposé plainte contre certains employés de la société, mais aussi contre un ancien haut responsable de la MTPA, notamment Arvind Bundhun. Les accusations portent sur faux et usage de faux, association de malfaiteurs, corruption et recel aggravé.
Des fonds publics qui auraient bénéficié à des officiels mauriciens
Selon le témoignage d’une employée de l’agence française, une partie des fonds versés par la MTPA n’aurait jamais été utilisée pour les campagnes de promotion touristique, mais aurait été reversée illégalement à certains responsables mauriciens. Ces paiements auraient pris la forme de commissions occultes versées à un ancien directeur de la MTPA ainsi qu’à des officiers disposant d’un pouvoir décisionnel.
Dans ce dossier, le nom de Savin Teeha revient fréquemment. Cet ancien Housekeeping Supervisor au Maradiva, passé par le groupe Sofitel, aurait connu une ascension fulgurante au sein de la MTPA grâce à ses connexions avec le duo Bundhun-Boodhun. Il est aujourd’hui soupçonné d’avoir supervisé la distribution de près de 300 billets gratuits entre 2023 et novembre 2024. Ces billets, officiellement destinés à des partenaires touristiques, auraient en réalité largement bénéficié à des proches du MSM et de la famille Jugnauth. Le manque à gagner pour l’État est estimé à environ 18 millions de roupies.
Des voyages privés déguisés en missions de promotion
Les enquêteurs s’intéressent également à l’utilisation personnelle de billets gratuits par Marion Granat. Entre le 24 janvier et le 5 février de cette année, la directrice d’Interface Tourism aurait bénéficié de plusieurs billets financés par la MTPA, non seulement pour elle-même, mais aussi pour des membres de sa famille et de son entourage, dont Adèle Granat, Léa Anabelle Granat, Mathieu Paillaud et Lola Myriam Paillaud.
Officiellement, ce voyage devait servir au tournage de contenus promotionnels destinés à valoriser la destination Maurice. Cependant, selon les premières conclusions de l’enquête, le séjour aurait pris des allures de vacances, avec excursions et activités personnelles entièrement financées par l’Office du Tourisme mauricien. Là encore, Savin Teeha aurait facilité toutes les démarches administratives et logistiques, profitant de son influence interne pour valider les demandes.
Rupture du contrat et extension de l’enquête
Face à l’accumulation de ces dérives, Avinash Teelock, alors directeur de la MTPA, avait pris la décision de mettre fin au contrat unissant l’institution à Interface Tourism. Avec une enquête ouverte en France et de premières révélations embarrassantes pour l’image du pays, il estimait que Maurice risquait d’être gravement ternie sur la scène internationale.
Cette semaine, la FCC a intensifié ses investigations afin de déterminer précisément les responsabilités de chacun et d’identifier les circuits financiers qui auraient permis la mise en place de ce système de privilèges et de flux occultes. L’affaire soulève de nombreuses questions sur la gouvernance de l’ancien régime et sur la vulnérabilité d’institutions publiques face à des abus répétés, facilités par des réseaux de proximité.
Contactée à plusieurs reprises par le JDD, Marion Granat n’a pas répondu à nos appels.

