Cyberfraudes : plus de 20 Mauriciens piégés en deux semaines, plusieurs millions de roupies envolés

ByRédaction

June 5, 2026

Google Meet, WhatsApp et faux agents MCB : les fraudeurs usurpent l’identité de la banque pour soutirer de l’argent.

Les fraudeurs frappent sans relâche. En l’espace de deux semaines seulement, plusieurs millions de roupies ont été dérobés à des Mauriciens ainsi qu’à des expatriés vivant dans le pays à travers une série d’arnaques électroniques de plus en plus sophistiquées. Faux agents bancaires, appels via Google Meet, comptes WhatsApp piratés, manipulations sur l’application Juice : les cybercriminels redoublent d’ingéniosité pour contourner la vigilance de leurs victimes.

Selon les différents cas rapportés à la police, plus d’une vingtaine de personnes ont déjà été piégées en moins de deux semaines. Pas plus tard qu’hier, deux nouveaux cas ont été signalés aux autorités. L’ampleur du phénomène inquiète autant la police que les institutions bancaires.

Derrière ces escroqueries se cache souvent le même scénario : un appel rassurant, une prétendue urgence liée à un compte bancaire et, au final, des économies qui disparaissent en quelques minutes. Face à cette recrudescence des cyberfraudes, les autorités multiplient les enquêtes et lancent un nouvel appel à la vigilance auprès du public.

Google Meet : la nouvelle arme des escrocs

Parmi les dossiers récemment signalés, plusieurs présentent un mode opératoire similaire. Les victimes reçoivent un appel provenant prétendument de la Mauritius Commercial Bank (MCB). Les fraudeurs utilisent parfois des logos officiels, des adresses électroniques trompeuses ou encore des applications de visioconférence afin de renforcer leur crédibilité.

C’est ce qui est arrivé à un étudiant de 26 ans habitant Eau-Coulée. Le 19 mai dernier, il reçoit un appel d’un individu affirmant travailler pour la MCB. L’interlocuteur lui explique que des transactions suspectes ont été détectées sur son compte bancaire.

Pour « sécuriser » ses fonds, il lui demande de partager son écran via Google Meet. Convaincu qu’il s’agit d’une procédure officielle, le jeune homme accepte. Au fil de la conversation, il reçoit plusieurs notifications ressemblant à des messages bancaires authentiques.

Le faux conseiller lui recommande alors de transférer l’argent détenu sur un compte joint familial vers son compte personnel, puis vers un prétendu compte temporaire censé protéger ses économies des fraudeurs. Quelques minutes plus tard, Rs 236 000 avaient disparu.

Une affaire pratiquement similaire a touché une directrice d’entreprise de 41 ans. Après un appel via Google Meet, des cybercriminels sont parvenus à accéder à plusieurs de ses comptes bancaires. Le préjudice est colossal : plusieurs millions de roupies ont été siphonnés à partir de son compte personnel ainsi que de cinq autres comptes MCB.

Les enquêteurs tentent désormais de déterminer si un logiciel de prise de contrôle à distance a été installé durant la conversation ou si des informations confidentielles ont été obtenues par manipulation psychologique.

Le faux conseiller bancaire continue de faire des victimes

La technique du faux agent bancaire demeure l’une des plus utilisées. À Castel, un retraité de 70 ans en a fait l’amère expérience. Contacté par téléphone par une personne se présentant comme un employé de banque, il est averti que des opérations suspectes sont en cours sur son compte.

Par précaution, il se rend même dans une succursale afin de faire bloquer son compte. Malgré cette démarche, plusieurs transactions frauduleuses avaient déjà été effectuées. Le montant perdu dépasse les Rs 523 000. Les enquêteurs soupçonnent que les fraudeurs avaient déjà obtenu suffisamment d’informations personnelles pour contourner certaines mesures de sécurité.

WhatsApp piraté : des proches tombent dans le piège

Les fraudeurs ne ciblent plus uniquement les comptes bancaires. Ils exploitent désormais la confiance entre amis, collègues et membres d’une même communauté. À Vacoas, plusieurs habitants affirment avoir été trompés après le piratage du compte WhatsApp d’un éducateur bien connu de la région. Une fois le compte compromis, les escrocs ont envoyé des messages à ses contacts en prétendant avoir besoin d’une aide financière urgente.

Le message était simple : « J’ai un problème, peux-tu me transférer de l’argent aujourd’hui ? Je te rembourse demain. » Pensant aider une connaissance de confiance, plusieurs personnes ont effectué des transferts via Juice. Un homme d’affaires de 50 ans, une enseignante du même âge ainsi qu’un autre habitant de Vacoas ont chacun perdu Rs 20 000 dans cette arnaque. Ce n’est qu’après avoir contacté directement l’éducateur qu’ils ont découvert que son compte WhatsApp avait été piraté.

Le piège du faux remboursement via Juice

Une autre méthode gagne également du terrain.Une habitante de Camp Fouquereaux a reçu un appel d’un homme affirmant avoir envoyé par erreur Rs 4 200 sur son compte via Juice.

Prétextant une simple erreur de manipulation, il lui demande de lui rembourser la somme grâce à une transaction sans carte. La victime accepte et communique le code à quatre chiffres générés par l’application.

L’escroc rappelle ensuite quelques minutes plus tard en affirmant que le transfert n’a pas fonctionné. La femme répète l’opération. Résultat : elle découvre finalement qu’elle n’avait jamais reçu les Rs 4 200 annoncées et que Rs 8 400 avaient été retirées de son propre compte.

La police intensifie la traque

Face à la multiplication de ces affaires, les unités spécialisées de la police ont intensifié leurs investigations. Selon des sources proches de l’enquête, plusieurs pistes conduiraient vers des réseaux opérant depuis l’étranger, certains suspects étant déjà dans le viseur des autorités.

Les enquêteurs collaborent avec les institutions bancaires, les opérateurs de télécommunications et des spécialistes en cybersécurité afin de remonter les filières et identifier les auteurs de ces escroqueries. Toutefois, les autorités restent prudentes et évitent de divulguer certains détails des enquêtes en cours afin de ne pas compromettre les opérations menées sur le terrain.

Un appel à la vigilance

Ces différentes affaires illustrent l’évolution rapide des techniques utilisées par les cybercriminels. Les escrocs ne cherchent plus seulement à voler des données bancaires ; ils manipulent psychologiquement leurs victimes, exploitent les nouvelles technologies et utilisent des plateformes familières comme WhatsApp, Google Meet ou Juice pour gagner leur confiance.

Les banques rappellent qu’aucun employé ne demandera jamais à un client de communiquer un mot de passe, un code de validation, un code PIN ou d’effectuer un transfert vers un compte tiers pour des raisons de sécurité. Les spécialistes en cybersécurité recommandent également de ne jamais partager son écran avec un inconnu, même si celui-ci prétend représenter une institution financière reconnue.