Escroquerie foncière : Le notaire Roopun dans le collimateur de la Land Fraud Squad

ByRédaction

September 12, 2025

Escroquerie foncière, abus de personnes âgées, maisons de retraite illégales et allégation de complicité notariée. Tous les ingrédients d’un scandale se retrouvent dans une affaire qui éclabousse une fois de plus le nom de Dharmaveersing Roopun, dit Soudesh, frère de l’ancien Président de la République. L’homme, notaire de profession et ancien député du MMM, traîne derrière lui un long passé de controverses. Cette fois, c’est la Land Fraud Squad qui le place dans son viseur, après une nouvelle plainte pour fraude immobilière.

Une maison de retraite illégale transformée en piège

Tout commence en mars dernier. Une habitante de Morcellement Beau Climat décide de placer son beau-père, K.R., 80 ans, dans une maison de retraite située à Pereybère, dirigée par Devi Narrainee Dakona, 25 ans. Pensant agir dans le meilleur intérêt du vieil homme, elle remet à la gérante les papiers personnels et documents bancaires du pensionnaire, estimant que son beau-père y serait pris en charge correctement.

Mais le 1er septembre, cette même belle-fille se rend à la police de Roche-Bois pour rapporter un cas d’escroquerie d’une gravité rare. Entre-temps, elle avait appris, en juillet, par le ministère de la Sécurité sociale, que la maison de retraite en question fonctionnait dans l’illégalité la plus totale. Aucun permis, aucune autorisation : l’établissement n’avait tout simplement pas le droit d’accueillir des personnes âgées. Le ministère lui avait demandé de récupérer son beau-père au plus vite.

C’est alors que le scandale éclate. Le 31 août, elle découvre avec stupéfaction que la maison et le terrain de son beau-père, situés à Roche-Bois, avaient été vendus… à Devi Narrainee Dakona elle-même. L’acte notarié, daté du 24 juin 2025, mentionne un prix de vente de Rs 1 million. Or, la famille affirme que K.R. disposait encore de Rs 5,9 millions sur ses comptes et qu’il n’a jamais donné son accord pour céder sa propriété.

Le rôle trouble du notaire Roopun

Au cœur de cette transaction se trouve le notaire Dharmaveersing Roopun, plus connu comme Soudesh. L’acte de vente transcrit dans le registre officiel TV 202507/000011 décrit le vieillard comme résidant chez un certain Shafick Matar, à Beach Lane, Péreybère. Une mention troublante, selon la famille, car K.R. n’a jamais habité cette adresse.

De plus, le vieillard affirme catégoriquement ne jamais s’être rendu dans le bureau du notaire, ni avoir signé le moindre document de cession. Aucun versement n’a été retrouvé sur ses comptes. Tout laisse croire que l’octogénaire a été manipulé et que la transaction aurait été réalisée à son insu.

La police a arrêté Devi Narrainee Dakona, placée en détention avant d’être libérée sous caution. Mais les soupçons les plus lourds portent désormais sur la complicité du notaire Roopun, dont les méthodes sont déjà dénoncées depuis de longues années.

Un nom déjà cité dans de multiples affaires

Loin d’être un coup d’éclat isolé, ce dossier s’inscrit dans une série de plaintes et d’accusations qui visent Soudesh Roopun depuis plus de deux décennies.

• En septembre 2020, des victimes dénoncent des ventes frauduleuses de terrains à Midlands. Le notaire aurait reçu Rs 1,4 million pour un terrain déjà enregistré au nom d’un autre propriétaire.

• En juillet 2023, une habitante de Pailles, Rose, 72 ans, entame une grève de la faim pour récupérer Rs 1 millions bloqués par le notaire. Ce n’est qu’après l’intervention de la Chambre des notaires que Roopun consent à lui remettre un chèque.

• Le 20 juillet 2023, un habitant de Triolet porte plainte pour la vente de son terrain effectuée à son insu. L’affaire est toujours pendante, mais le notaire invoque une défense récurrente : il aurait été piégé par de faux courtiers et de faux documents d’identité.

Ce modus operandi est toujours le même : des transactions immobilières douteuses, des victimes qui découvrent après coup que leurs biens ont été transférés, et un notaire qui se dit trompé par des tiers. Pourtant, les victimes se multiplient, et aucune sanction forte ne semble avoir été prise contre lui.

L’ombre de la politique

Pourquoi un tel laxisme face à des accusations répétées ? C’est là que l’affaire prend une dimension politique. Dharmaveersing Roopun n’est pas un notaire comme les autres. Ancien député du MMM entre 2000 et 2005, il est aussi le frère de Pradeep Roopun, qui a occupé la fonction suprême de Président de la République.

Ses accointances politiques sont connues, notamment sa proximité avec Alan Ganoo et le Mouvement Patriotique Mauricien. La Land Fraud Squad, la Financial Crimes Commission (FCC), la Chambre des notaires et même la MRA ont toutes été sollicitées dans le passé, mais les poursuites n’aboutissent jamais vraiment.

Le fléau des maisons de retraite illégales

Au-delà du cas Roopun, ce dossier illustre aussi le drame silencieux des personnes âgées dans des établissements opérant hors la loi. Le ministre Ashok Subron avait déjà tiré la sonnette d’alarme en mai dernier. Des abus physiques, psychologiques et financiers avaient été signalés dans plusieurs maisons de retraite non enregistrées. Le ministre avait promis un durcissement de la législation, avec la création d’un Ombudsperson for the Elderly et l’introduction de protection orders pour les seniors.

Mais l’affaire actuelle démontre que la réforme n’est pas arrivée à temps. Un vieillard vulnérable a été dépouillé de sa maison, de son terrain et peut-être de ses économies, avec la complicité de ceux qui avaient la responsabilité de protéger ses droits.

De nouvelles arrestations sont attendues dans les prochains jours, et l’enquête policière devra déterminer l’étendue des complicités. La famille de la victime a déjà annoncé qu’elle compte engager des poursuites civiles pour récupérer la propriété et demander réparation.