JUDEX LEFOU :  Une longévité animée par la passion du sport

ByRédaction

September 24, 2025

Pour les jeunes générations, le nom de Judex Lefou n’évoque peut-être pas grand-chose. Mais pour ceux qui ont vibré dans les années 1980 et 1990, il reste une icône : l’homme qui a placé l’athlétisme mauricien sur la carte du sport africain et international. Premier médaillé d’or mauricien aux Jeux d’Afrique, il symbolise à la fois l’excellence et l’humilité. Aujourd’hui encore, son parcours inspire ceux qui rêvent de franchir des haies, au sens propre comme au figuré.

Né à Vacoas, benjamin d’une fratrie de trois enfants, Judex a grandi dans un environnement simple et heureux. Son père pratiquait l’haltérophilie, mais lui se tournait davantage vers les jeux scolaires organisés à la Visitation RCA. À cette époque, le sport n’était pour lui qu’un divertissement, loin d’une carrière à venir.

Au collège JSS de Bambous, il s’intéresse davantage au théâtre qu’à l’athlétisme. Mais sa grande taille attire l’attention de ses enseignants, qui l’orientent vers le saut en hauteur. Ce n’est qu’à l’âge de 17 ans qu’il s’engage réellement, choisissant le 110 m haies. Ses débuts sont marqués par des moyens limités : un seul survêtement, des pointes empruntées. Pourtant, son talent naturel efface ces obstacles et l’amène rapidement parmi les meilleurs de sa génération.

L’éclosion aux Jeux des Îles

En 1985, les Jeux des Îles de l’Océan Indien se tiennent à Maurice. Pour la première fois, une piste synthétique remplace la traditionnelle piste cendrée. Judex s’y présente avec confiance, fort de stages en France et de compétitions en Inde.

Sur le 110 m haies, il domine la concurrence et offre à Maurice une victoire éclatante. Ce jour-là, lors de son tour de piste sous les acclamations du public, il prend conscience de l’engouement du pays pour l’athlétisme. Cette communion avec la foule l’ancre dans une philosophie simple : savourer chaque instant, garder les pieds sur terre et ne jamais laisser la gloire lui tourner la tête.

La consécration africaine

Deux ans plus tard, en 1987, à Nairobi, il entre définitivement dans l’histoire. Aux Jeux d’Afrique, Judex Lefou réalise l’exploit de décrocher la première médaille d’or mauricienne dans cette compétition. Le quadricolore flotte fièrement dans le ciel kényan : un moment fondateur pour le sport mauricien.

Cette année-là, il multiplie les rendez-vous prestigieux : Championnats du monde en salle à Indianapolis, Mondiaux en plein air en Italie. En 1988, il franchit une nouvelle étape : les Jeux olympiques de Séoul, où il représente Maurice avec fierté face à l’élite mondiale.

Une carrière jalonnée de médailles

Les années qui suivent confirment son statut. En 1989, il décroche trois médailles de bronze aux Jeux de la Francophonie et aux Jeux d’Afrique. En 1991 et 1992, il brille encore sur la scène continentale, décrochant plusieurs médailles et prouvant qu’il est capable de rivaliser avec les meilleurs du continent.

En 1998, alors que beaucoup le pensaient à la retraite, il surprend en remportant les championnats nationaux. Contre toute attente, il s’impose une dernière fois avant de raccrocher définitivement les pointes, après une carrière de quinze années au plus haut niveau.

Judex Lefou est aussi l’un des premiers Mauriciens à obtenir une bourse d’études-sports aux États-Unis. Cette expérience le marque profondément : loin de sa famille, il apprend à s’adapter, à conjuguer rigueur académique et performance sportive.

Grâce à l’athlétisme, il découvre le monde. Des stades américains aux championnats africains, en passant par les compétitions en Europe et en Asie, il accumule des souvenirs et une reconnaissance profonde envers ceux qui ont permis ce parcours.

Une reconversion réussie

En 1998, une nouvelle vie commence. Judex se reconvertit dans l’hôtellerie, devenant Spa Manager et thérapeute en massage. Si ce métier lui permet de voyager et d’évoluer dans un secteur en pleine croissance, il reste attaché au sport. Il accompagne de jeunes athlètes, conseille, partage son expérience. Pourtant, il confie que ce rôle de mentor ne procure pas les mêmes émotions que la compétition : « Rien ne remplace l’adrénaline d’une course », dit-il.

Depuis 2024, à la retraite du secteur hôtelier, il consacre son temps à sa famille et particulièrement à sa mère. Il continue d’exercer la thérapie de massage pour ceux qui en ont besoin et s’engage activement dans son église, où il sert dans plusieurs ministères. Membre du Trust Fund for Excellence in Sports, il apporte aussi sa voix et son expérience au ministère, au service des jeunes sportifs mauriciens.

Sa philosophie : humilité et passion

Judex Lefou résume son parcours en quelques mots : passion, discipline et humilité. Selon lui, la réussite sportive repose sur trois piliers : l’implication totale de l’athlète, un encadrement solide au-delà de la carrière, et la volonté de donner le meilleur de soi à chaque instant.

« Le sport, dit-il, doit avant tout rester une passion et une source de plaisir. C’est ce qui m’a guidé tout au long de ma carrière. » Avec ses victoires, ses sacrifices et son engagement, Judex Lefou reste une figure majeure du sport mauricien. Plus qu’un champion, il est un témoin vivant de la force de la passion et de la persévérance.