Nommé à la tête du Central Electricity Board le 16 octobre, Shamshir Mukoon a hérité d’un dossier explosif : la crainte d’un blackout national. D’entrée de jeu, il veut calmer les esprits et rétablir la vérité. « Il ne s’agit pas d’une panne généralisée, mais d’une limite temporaire de capacité de trois heures par jour, soit à peine 240 heures sur 8 760 heures de fourniture annuelle », martèle-t-il. Connaissant les rouages du système pour avoir dirigé le département de la production, le nouveau DG préfère parler de réalisme énergétique plutôt que de crise. Son mot d’ordre : stabilité, transparence et transition maîtrisée.
Une hausse de la demande due à la chaleur
Ces dernières années, la production d’électricité du pays a connu une croissance moyenne de 12 à 15 MW par an. Mais en février 2025, une vague de chaleur exceptionnelle est venue bouleverser cet équilibre fragile. En l’espace de quelques jours, la demande nationale a bondi de 42 MW, atteignant un pic historique de 568 MW le 5 février. Cette hausse soudaine a mis en évidence les limites du réseau, particulièrement durant les heures de pointe, entre 18 h et 21 h, quand les foyers et les entreprises sollicitent le plus d’énergie.
En temps normal, le CEB dispose d’une capacité ferme de 695 MW, combinant sa propre production, celle des producteurs indépendants (IPP) et les sources d’énergie renouvelable. Cependant, près de 65 % de ces installations ont plus de 35 ans et auraient déjà dû être remplacées. En intégrant une marge technique de 10 % pour les arrêts de maintenance et les imprévus, la capacité réelle tombe à environ 610 MW. Dès lors, lors des pics de consommation, la demande frôle dangereusement ce seuil, créant des tensions ponctuelles sur le réseau.
Des alertes bien encadrées pour éviter les coupures
Pour éviter tout risque de coupure non maîtrisée, le CEB a instauré un système d’alerte à trois niveaux : vert pour une fourniture normale, jaune pour une situation préoccupante et rouge pour un risque de délestage. En cas d’alerte rouge, un protocole spécial entre immédiatement en vigueur. Les hôtels équipés de générateurs se déconnectent volontairement du réseau pour fonctionner en autonomie, tandis que le public est invité à réduire sa consommation pendant les heures critiques.
Ce dispositif a été mis à l’épreuve le 15 octobre dernier, et l’expérience s’est révélée concluante. La demande nationale a baissé de 24 MW, dont 15 MW grâce aux hôtels et 9 MW grâce aux foyers, permettant ainsi d’éviter toute coupure. Pour le directeur, cette coordination prouve que la gestion proactive du réseau fonctionne et que la population comprend désormais l’importance d’une consommation responsable.
Un héritage lourd, mais un plan clair
Shamshir Mukoon reconnaît que les difficultés actuelles trouvent leurs origines dans des années de sous-investissement et de retards dans la planification énergétique. Il parle d’un héritage lourd, laissé par les précédentes directions et gouvernements.
Mais il entend agir vite. Le projet de centrale au gaz naturel liquéfié (GNL) d’une capacité de 150 MW a été réactivé, et les discussions de financement progressent, notamment à travers des partenariats gouvernement-à-gouvernement. Si tout se déroule comme prévu, la centrale pourrait devenir opérationnelle d’ici trois ans.
Dans le même temps, plusieurs projets d’énergie renouvelable restés en suspens en raison de blocages administratifs ou techniques vont être relancés. Le plan de sécurité énergétique sera également revu afin de garantir une transition maîtrisée vers le renouvelable, sans compromettre la stabilité du réseau. Mukoon veut inscrire le CEB dans une logique de modernisation durable, où innovation et prévoyance vont de pair.
Cap sur la stabilité et la transparence
Pour le nouveau DG, la priorité est claire : assurer la stabilité du réseau, restaurer la confiance du public et préparer l’avenir énergétique du pays. « L’électricité est un bien collectif, pas une ressource infinie. Chacun doit contribuer à la stabilité du système », souligne-t-il, appelant à la responsabilité de tous.
Le défi est de taille : réhabilitation du parc thermique, coopération avec les producteurs indépendants, digitalisation du service client et intégration progressive des énergies propres. Mais pour Shamshir Mukoon, ces défis ne sont pas une menace. Ils représentent au contraire une occasion unique de tourner la page d’un système vieillissant et d’ouvrir une nouvelle ère pour la sécurité énergétique de Maurice.

