Affaire Epstein :  L’ancien Prince Andrew face à la justice, l’arrestation qui ravive les fantômes de la monarchie britannique

ByRédaction

February 27, 2026

Coup de tonnerre outre-Manche. L’ancien prince Andrew, frère du roi Charles III, a été arrêté jeudi, le jour même de son 66e anniversaire, dans le cadre d’investigations liées à l’affaire Epstein. Placé en garde à vue pour des soupçons de « faute dans l’exercice de fonctions officielles », Andrew Mountbatten-Windsor a finalement été libéré dans la soirée, après plusieurs heures d’audition. Mais cette arrestation spectaculaire relance une affaire qui n’a jamais cessé de hanter la monarchie britannique.

Selon les autorités, l’ancien duc d’York est soupçonné d’avoir partagé des informations sensibles avec le financier américain Jeffrey Epstein à l’époque où il occupait la fonction d’envoyé spécial du Royaume-Uni pour le commerce international, entre 2001 et 2011. Une position stratégique qui l’amenait à multiplier les déplacements et à entretenir un vaste réseau de relations politiques et économiques à travers le monde.

Des perquisitions à Royal Lodge et Sandringham

Dans le cadre de l’enquête, la police a procédé à des perquisitions dans deux résidences situées dans le Berkshire et le Norfolk, notamment Royal Lodge et Sandringham. Les enquêteurs auraient saisi du matériel informatique et divers documents susceptibles d’éclairer les échanges entretenus avec Jeffrey Epstein.

La garde à vue d’Andrew pouvait théoriquement durer jusqu’à 96 heures. À l’issue de son audition, il a toutefois été remis en liberté. Aucune inculpation formelle n’a été annoncée à ce stade, mais les investigations se poursuivent. Les autorités devront désormais déterminer si les éléments recueillis justifient l’ouverture de poursuites judiciaires. Photographié à sa sortie du commissariat, visage fermé, l’ancien prince n’a fait aucune déclaration publique. Son entourage, lui, continue de contester toute infraction pénale.

Une chute amorcée depuis l’affaire Epstein

L’arrestation d’Andrew s’inscrit dans une séquence judiciaire et médiatique qui dure depuis plusieurs années. Son nom est associé au scandale Epstein depuis les accusations d’agressions sexuelles portées contre lui par Virginia Giuffre, l’une des principales plaignantes du réseau du financier américain. Andrew a toujours nié ces accusations, mais l’affaire avait conduit à un accord financier à l’amiable et à son retrait progressif de la vie publique.

Le scandale avait déjà profondément entaché l’image de la famille royale. Une interview télévisée désastreuse en 2019, au cours de laquelle Andrew avait tenté de se défendre, avait accéléré sa disgrâce. En 2022, il avait perdu ses titres militaires honorifiques et ses patronages royaux, marquant une rupture officielle avec ses fonctions publiques.

Les révélations successives, les documents judiciaires américains et les témoignages ont progressivement isolé celui que la presse surnommait autrefois « Randy Andy », en référence à sa réputation de playboy flamboyant. À une époque de MeToo, ce surnom prêtait à sourire. Aujourd’hui, il symbolise surtout une ère d’impunité révolue.

Le rôle controversé d’envoyé commercial

C’est précisément sa fonction d’envoyé spécial pour le commerce international qui se retrouve aujourd’hui au cœur des soupçons. Entre 2001 et 2011, Andrew avait pour mission de promouvoir les intérêts économiques britanniques à l’étranger. Il voyageait fréquemment, rencontrait chefs d’État, investisseurs et dirigeants d’entreprise.

Or, ses liens avec Jeffrey Epstein durant cette période soulèvent de nouvelles interrogations. Les enquêteurs cherchent à établir si des informations obtenues dans le cadre de ses fonctions officielles ont pu être partagées ou exploitées de manière inappropriée. À cela s’ajoutent d’autres controverses, notamment ses contacts d’affaires jugés douteux ces dernières années, dont une polémique récente concernant des liens avec un ressortissant chinois soupçonné d’espionnage.

Même si aucune condamnation n’a été prononcée, l’image publique d’Andrew est durablement abîmée. L’arrestation du 19 février marque une nouvelle étape dans une descente aux enfers entamée il y a plusieurs années.

Réactions politiques et silence royal mesuré

Dans un communiqué rare, le roi Charles III a déclaré que « la justice doit suivre son cours », affirmant son respect pour les institutions judiciaires. Une réaction mesurée, destinée à préserver la neutralité de la Couronne face à une procédure en cours.

Aux États-Unis, Donald Trump a qualifié l’arrestation de « très triste », sans s’étendre davantage. Ces prises de position illustrent la dimension internationale du scandale Epstein, qui continue d’éclabousser des personnalités influentes de part et d’autre de l’Atlantique.

Une monarchie sous pression

Si Andrew ne joue plus aucun rôle officiel au sein de la monarchie, son arrestation remet la famille royale sous les projecteurs. À l’heure où Charles III tente de moderniser l’institution et de restaurer la confiance du public, cette affaire ravive les critiques sur la transparence et la responsabilité des élites.

La question n’est plus seulement judiciaire, elle est institutionnelle. Comment une monarchie constitutionnelle peut-elle gérer les dérives individuelles de ses membres sans entacher l’ensemble de l’institution ? La stratégie adoptée jusqu’ici mise à l’écart, retrait des titres, silence, sera-t-elle suffisante si l’enquête aboutit à des poursuites formelles ?